Suivre le Christ, jusqu’au martyre

Retraçant la vie et le destin du frère mariste Henri Vergès, mort assassiné à Alger (Algérie) en 1994, Le 5e évangile revient sur le martyre des religieux français, récemment béatifiés, en livrant à la lumière le visage de l’un d’eux, décidé à rester dans ce pays, malgré les dangers.

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Le F. Henri Vergès, quelques mois avant sa mort en 1994
© D. R.

Sur scène, un homme seul. À ses côtés, un peu en retrait, un musicien. À intervalles réguliers, quand les mots retombent et que le silence s’installe, les sonorités métalliques du hang résonnent sous les voûtes de la chapelle N.-D. des Anges (6e) [1]. Francesco Agnello est à la fois musicien et metteur en scène. C’est à lui qu’on doit la naissance de cette pièce, signée du dominicain Adrien Candiard, fruit d’une correspondance imaginaire entre le frère mariste Henri Vergès, assassiné en 1994 en Algérie, et Ahmed, un de ses élèves. « À l’origine, cette oeuvre est une commande des Maristes de la communauté de Lyon (Rhône), qui souhaitaient faire découvrir le personnage d’Henri Vergès. À l’époque, je ne savais pas qui il était. Je me suis plongé dans sa vie et j’ai découvert un homme simple et humble. Une figure profondément bouleversante. » Cette simplicité, on la devine sur la photo qui illustre l’affiche de la pièce. Le F. Henri sourit à l’objectif, les mains dans la terre, un tablier bleu ceinturant sa taille. Professeur de mathématiques durant plusieurs années en Algérie, puis directeur d’une biblio-thèque à Alger, il a, comme d’autres religieux français, décidé de rester durant la décennie noire des années 1990. Fidèle jusqu’au martyre. « J’ai proposé l’idée de la pièce à Adrien Candiard, déjà auteur du texte Pierre et Mohamed, retraçant la vie de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné avec son chauffeur en 1996. » En quelques traits, il lui brosse le portrait de ce personnage effacé mais lumineux. « Quatre jours après, j’avais la pièce. » Depuis trois ans, plusieurs centaines de représentations ont été données un peu partout en France. Sur la scène de la chapelle N.-D. des Anges, c’est Gérard Rouzier – remarquable de sobriété et de justesse – qui incarne à tour de rôle Henri et Ahmed. Mais ce qui fait la force de cette pièce, ce sont ces mots, placés dans la bouche du religieux. Par ces paroles, Adrien Candiard illumine le choix de ces religieuses et religieux français qui, au péril de leur vie, décidèrent de rester en Algérie durant ces années sanglantes. Ils ne le firent pas parce qu’ils recherchaient le martyre : « je ne cherche pas la mort, je ne la désire aucunement, mais j’ai déjà dit oui, oui à tout », explique avec une infinie patience le F. Henri à son élève. Ils le firent par amour. Par amour du Christ et par amour des autres, de ces Algériens qu’ils étaient venus servir. Cet acte de foi, l’auteur aurait pu tout aussi bien le placer dans la bouche du P. Christian de Chergé, prieur du monastère trappiste de Tibhirine, assassiné avec six autres frères, en 1996. Ou dans celle de Sr Paul-Hélène Saint-Raymond, exécutée avec le F. Henri Vergès en 1994, dans cette bibliothèque d’Alger, qu’ils avaient érigée de leurs mains pour les jeunes du quartier. Ce oui est celui des dix-neuf martyrs béatifiés le 8 décembre dernier à Oran. Ces hommes et ces femmes, en choisissant de suivre le Christ jusqu’au bout, ont fait de leur vie un Évangile vivant, ce 5e évangile « que tout le monde peut lire, expliquait le F. Henri, dix ans avant sa mort à son ami Christian de Chergé. Ainsi le Christ pourra rayonner à travers nous. »

Priscilia de Selve

[1Chapelle N.-D. des Anges, 102 bis, rue de Vaugirard, 6e.
Tous les dimanches, à 17h, jusqu’au 23 juin.
Entrée avec libre participation.
Contact : aircac@free.fr ; 06 64 64 01 51.

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