Sur les pas des chevaliers

À l’occasion des Journées du Patrimoine, l’association des Trésors de Paris propose une Journée des Enfants du Patrimoine, avec un parcours spécialement dédié. Cette année, c’est le quartier du Temple qu’une soixantaine d’enfants de CM1 ont découvert. Une plongée dans un quartier marqué par l’histoire de France.

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Visite du quartier du Temple par l’association Les Trésors de Paris.
© Priscilia de Selve

Les visages sont attentifs, les regards fixés sur la grande plaque qui, à l’angle de la rue Dupetit-Thouars et de la rue Gabriel Vicaire (3e), rappelle que ce quartier, aujourd’hui bourgeois, fut un temps au cœur de la tourmente révolutionnaire. Sur un périmètre restreint, s’élevait là la tour du Temple, où fut enfermée la famille royale, et d’où partirent, pour être décapités, Louis XVI, Marie-Antoinette et Madame Élisabeth, sœur du roi. Aucun vestige ne subsiste de cette période tourmentée de l’histoire de France, et Aline du Beux, bénévole aux Trésors de Paris, doit s’aider de croquis pour faire comprendre aux enfants la géographie et l’histoire de ce quartier. « L’un de vous sait-il pourquoi nous nommons ce quartier le Marais ? » Face au mutisme des enfants, elle reprend avec le sourire, « parce qu’au Moyen Âge, cette zone était inondée, ce qui permettait aux maraîchers d’y faire pousser les légumes ».

« Avançons un peu dans le temps, poursuit-elle. Pourquoi a-t-il pris ce nom du quartier du Temple ? » Là, quelques mains s’élèvent puis s’abaissent, hésitantes. « Parce que cet endroit fut longtemps la propriété des Chevaliers du Temple. » Et de dérouler l’histoire de cet ordre fondé à Jérusalem en 1118, après la première croisade, afin de protéger les pèlerins. « Après la chute de Jérusalem, poursuit Aline du Beux, les Chevaliers s’installèrent à Paris, où leur grandes richesses leur permirent d’acheter des terrains. » Et de constituer une véritable ville fortifiée au cœur même de la capitale, avec des droits spéciaux octroyés aux marchands : « Par exemple, reprend Aline, dans l’enclos du Temple, les joailliers pouvaient vendre des bijoux dits fantaisie, sans payer l’impôt qu’ils devaient habituellement au roi de France. » Une tradition qui perdure aujourd’hui, avec la présence de nombreux magasins de vente en gros de bijoux, rappelle Philippe Duris, membre de l’association du Marais chrétien. « Mais cette grande richesse, reprend Aline du Beux, n’est pas du goût de tous, en particulier du roi de France, Philippe le Bel. » Et de raconter ce qui restera un des épisodes fameux du Moyen Âge : l’arrestation et la condamnation des chevaliers du Temple, l’exécution du dernier grand maître de l’ordre, Jacques de Molay, brûlé vif. « Avec eux disparaît l’ordre du Temple. Le roi s’empare alors de leur richesse, en garde une grande partie et donne l’enclos du Temple aux Chevaliers de Saint-Jean, ordre hospitalier, fondé au XIe siècle, qui deviendra l’ordre de Malte. »

En poursuivant la visite autour du square du Temple, c’est un peu de l’histoire de France que découvrent les élèves : le Moyen Âge, dont les traces perdurent à travers les noms et les traditions du quartier, la période révolutionnaire, et plus tard, symbolisées par une plaque, l’arrestation et la déportation de 85 très jeunes enfants juifs du quartier qui, rappelle la stèle, « n’eurent pas le temps de fréquenter une école ». L’après-midi se clôt par une visite de l’église Ste-Élisabeth-de-Hongrie (3e) et par la présentation de l’ordre de Malte et de ses activités. Si la dimension religieuse est quelque peu atténuée lors de cette Journée des Enfants du Patrimoine, c’est « volontairement, rappelle Isabelle Fleury, l’autre guide des Trésors de Paris présente ce vendredi. Car lors de ces journées, ce sont souvent des écoles publiques qui nous sollicitent. Nous leur expliquons donc que les églises sont des lieux de prière, qu’il faut respecter, mais que tout le monde peut y entrer. » « La difficulté avec ces visites est double, souligne Aline du Beux. Beaucoup de ces enfants n’ont aucune culture religieuse, mais ils connaissent également mal l’histoire de France. À nous de leur faire découvrir un peu de ce patrimoine qui fait l’histoire de notre pays. »

Priscilia de Selve, @Sarran39

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