« Toucher du doigt le mystère et la grandeur du féminin »

À 24 ans, Marie-Anne Alexandre pilote l’exposition "Premières en chemin" qui se tiendra, du 8 au 16 mars, à la mairie du IIIe arrondissement, dans le cadre du "Marais chrétien". L’idée : faire dialoguer douze figures féminines de la Bible avec douze femmes d’aujourd’hui afin de réinterroger la place de la femme au sein de la société et de l’Église.

Paris Notre-Dame – Comment est né le projet Premières en chemin ?

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Marie-Anne Alexandre
© Isabelle Demangeat

Marie-Anne Alexandre – Dans le cadre du Master production et financement culturel que je finis actuellement dans une école à Paris, j’ai été invitée à créer un événement culturel. Nous avions carte blanche. J’ai rapidement eu envie de réaliser quelque chose qui me tenait à cœur. En tant que jeune femme, j’ai toujours essayé de comprendre ce que signifiait « être femme » en prenant un peu de distance avec tous ces « féminismes » que nous proposent notre génération. J’avais envie de revenir à nos mères, nos grand-mères et ces femmes de l’Ancien Testament. Des femmes que j’ai vraiment découvertes aux côtés d’une communauté anglicane, il y a six ans, lors d’un séjour au Royaume-Uni. Là, des cours de théologie m’ont ouvert les yeux sur des figures comme Myriam, la sœur de Moïse, Sarah ou encore Tamar, des femmes qu’on méconnaît parfois dans la tradition catholique française. J’ai eu envie de les faire sortir de l’ombre.

P. N.-D. – Qu’ont ces femmes à nous dire aujourd’hui ?

M.-A. A. – Elles peuvent nous permettre de toucher du doigt le mystère et la grandeur du féminin. Ces femmes n’ont pas voulu écraser l’homme. Elles ont toutes fait preuve d’une extraordinaire force dans les épreuves. Et ont accompli leur vocation, avec un courage extrême. Je pense notamment à Judith, qui n’a pas hésité à tuer Holopherne pour sauver le peuple d’Israël. Quand on aborde la femme dans la tradition biblique, on pointe toujours sa faute. C’est la femme qui est « stérile », pas l’homme. Ce n’est pas si évident que cela... J’aimerais que cette exposition réinterroge la place de la femme dans la société et dans l’Église. Je pense notamment qu’il serait important de trouver une place pour la femme autour de la table eucharistique, que celle-ci ne soit pas cantonnée à être « la dame caté » ou l’animatrice de chants.

P. N.-D. – Vous prévenez d’emblée : « Ceci n’est pas une expo catho. » Pourquoi ?

M.-A. A. – Parce que ce projet artistique ne s’adresse pas uniquement à un public catholique. Premières en chemin, qui se déroule dans le cadre du "Marais chrétien" [1], expose des portraits – écrits par Charlotte Jousseaume et peints par Laure Saffroy-Lepesqueur et Anne-Cécile Kovalevsky – de douze femmes de la Bible. Mais ces femmes dialoguent avec douze femmes contemporaines, catholiques ou non, ignorées par notre époque : mère célibataire, femme à la rue, grand-mère engagée, bénévole [2]… Il était également important, pour moi, de montrer que la foi catholique n’est pas aussi misogyne que certains peuvent l’avancer, que des femmes ont été fondatrices dans l’histoire du Salut. Le vernissage aura lieu le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. C’est un beau signe.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

Entrée libre. 2, rue Eugène Spuller, 3e. Du 8 au 16 mars, de 9h à 20h, sauf le samedi, de 9h à 12h.

[1Du 8 au 16 mars, dans différents lieux du quartier du Marais. Infos : maraischretien.com

[2Réunies lors d’ateliers, elles ont été invitées, aidées par Charlotte Jousseaume, à écrire leur histoire. Pendant ce temps, Laure Saffroy-Lepesqueur et Anne-Cécile Kovalevsky, les ont portraiturées.

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