Toxicomanes : un accueil discret

L’église St-Leu-St-Gilles (1er) accueille, samedi 27 mars, un colloque sur « la dépression et la dépendance ». A cette occasion, Paris Notre-Dame s’est penché sur les initiatives de l’Eglise pour les jeunes touchés par la toxicomanie.
A Paris, les associations « la Luciole » et « Fraternité Marie Espérance » sont à l’écoute des dépendants de la drogue, et de leurs parents.

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A la maison Galluis, jeunes et parents se ressourcent dans un lieu “sans drogue". Photo La Luciole

En face de l’église St-Georges (19e), le local de « la Luciole » ne paie pas de mine. Au milieu d’un bloc d’appartements, une porte discrète mène à quelques pièces aux murs couverts d’affiches sur la toxicomanie. Tabac, alcool, héroïne, cannabis : depuis 1995, l’association accompagne des jeunes dépendants et des parents atteints par la situation de leurs enfants. Devant un ordinateur, Jean-Baptiste, membre de la Luciole, joue avec Sébastien, venu discuter plutôt que de rester seul chez lui. Tous les après-midi, le salarié et quatre bénévoles accueillent ceux qui viennent poser une question, passer du temps ou éviter les tentations de leur addiction. Parfois, ils demandent directement un rendez-vous avec le P. Pierre de Parcevaux, président de l’associa­tion et chargé de mission au Vicariat pour la solidarité pour les questions liées à la toxicomanie.

Laisser s’exprimer les peurs, le mal être

« Nous proposons un accompagnement spirituel et un “groupe d’auto-support” pour les jeunes touchés par toutes sortes d’addictions et pour les parents, explique le P. de Parcevaux. Quelle que soit la forme, notre but est de créer un espace dans lequel les mots peuvent sortir. » La méthode de la Luciole : laisser s’exprimer les peurs, les angoisses, le mal être. Pour Grégoire, 29 ans, cela a été une bouée de secours et « une vraie entrée dans la spiritualité ». En 2006, le jeune homme accro « à la fumette » quitte le nid familial pour commencer une carrière de pianiste et perd pied. « La thérapie consiste à parler de tout. Au fur et à mesure, le P. Pierre a fait sauter les jalons de ma culpabilité et j’ai pu vaincre mon addiction », se souvient-il.

Droit à l’amour

Après des rechutes, ou simplement sur demande, il a passé quelques jours à Galluis, une maison donnée au diocèse par les Sœurs Notre-Dame de l’assistance maternelle et mise à la disposition de l’association pour des « séjours de rupture ». Nichée dans les Yvelines, au cœur de quatre hectares, deux animateurs et une équipe de bénévoles y accueillent jeunes et adultes. Pendant une heure ou quelques jours, ils les sollicitent pour du jardinage ou de menus travaux. Dans ce lieu « sans drogue », les jeunes coupent avec leur environnement et les parents oublient le poids de l’addiction de leur enfant. L’accompagnement de ces derniers passent surtout par le groupe d’auto-support basé sur l’entraide entre les parents touchés, et animé par Sœur Marie-Bernard, psychologue bénévole à la Luciole depuis quinze ans. « Pour eux, je ne suis pas médecin mais accueillante, insiste-t-elle. Dans l’association, nous n’avons pas un but thérapeutique, nous redirigeons si on nous le demande ; mais des psy, ils en ont vus à la pelle. » Si l’association est non confessionnelle, la religieuse sait qu’elle est « un témoignage silencieux ». « Ils peuvent tout exprimer chez nous, y compris leur révolte, et nous nous attachons à leur rappeler qu’ils ont droit à l’amour, autant les parents qui se sentent responsables que les jeunes qui se sentent coupables. »

La grandeur de la miséricorde de Dieu

Des pères et des mères qui se disent « fautifs », Didier Ferriot en connaît beaucoup. Une fois par mois, le responsable de la Fraternité Marie Espérance retrouve, à l’église St-Leu-St-Gilles, les autres membres de son association qui regroupe une quinzaine de parents d’enfants toxicomanes. Echanges de nouvelles, discussions sur leur façon de vivre la dépendance en famille, et prière : la réunion est placée sous le regard de Dieu. « Nous finissons toujours par un chapelet qui commence par une dizaine pour les trafiquants, nos ennemis, afin que le Seigneur ouvre leur cœur, confie-t-il. Autour d’une icône ornée des noms de nos enfants, et avec l’aide du vénérable Alfred Pampalon, déclaré patron des alcooliques et des toxicomanes par Jean-Paul II en 1991, on se redit l’espérance de chrétiens que l’on porte.  » Entre un fils qui a tué pour une dose de cocaïne, un autre en prison ou une fille qui a volé pour payer son alcool, c’est en se rappelant la grandeur de la miséricorde de Dieu qu’ils tiennent.

Des alcooliques aux toxicomanes, en passant par les dépendants au cannabis, la paroisse St-Leu-St-Gilles met à disposition ses salles paroissiales pour différents groupes de soutien anonyme. Pour le P. Bernard-Marie Geffroy, « la dimension spirituelle est primordiale, si ce n’est moteur, dans la libération des dépendances. Quand une blessure a été ouverte et que la personne en prend conscience, la prière vient alors combler la plaie béante. » • Sophie Lebrun

Pour en savoir plus :
- La Luciole, 5 rue Edouard Pailleron (19e). Tél. : 01 40 34 17 66 ou www.laluciole.info
- La Fraternité Marie Espérance,
à l’église St-Leu-St-Gilles, 95 rue Saint-Denis (1er) : www.fmesp.org

DES LIVRES POUR ALLER PLUS LOIN

« Eglise, drogue et toxicomanie », manuel de pastorale réalisé par le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé (2001) ; Les drogues, du P. Pierre de Parcevaux ; La liberté détruite, de Tony Anatrella ; Enfin libre !, du P. Bernard-Marie Gef­froy.

3 questions à Frère Ambroise Pic, de la congrégation Saint-Jean

P. N.-D. : Pourquoi organiser ce colloque ?

A. P. – L’objectif est d’ouvrir les regards, de confronter les expériences. Aujourd’hui, l’approche des problèmes de drogues reste trop psychiatrique quand les dimensions spirituelle, sociale et philosophique sont autant d’armes contre la dépendance. Depuis trois ans, nous invitons les associations chrétiennes de la région parisienne, comme « Jaïre » [1] (Boulogne-Billancourt) mais aussi laïques, comme « Parents contre la drogue ».

Cette année, le thème met en regard la dépression et la dépendance. En quoi sont-elles liées ?

A. P. – Ce sont les deux maladies de notre société sur le plan de la santé. Toute personne dépendante vit une dépression très profonde, que cette dernière soit un symptôme, un facteur aggravant ou l’élément déclencheur. Quand on est dans le cercle vicieux, il ne suffit pas d’arrêter de prendre de la drogue, il faut aussi retrouver une joie de vie.

Comment mettre la foi au service de cette guérison ?

A. P. – La dimension spirituelle donne un sens à la vie. L’homme n’est pas qu’un corps que l’on soigne avec des médicaments. Il est aussi une personne humaine avec un esprit et une âme : il faut le prendre dans son unité. Pour cela, on a souhaité aborder ce sujet avec des personnes de différentes disciplines et qui ont une connaissance de la réalité, sur le terrain, comme Jean Vanier par exemple. Et l’intervention de Mgr Michel Aupetit, vicaire général du diocèse de Paris et chargé des questions de bioéthique pour le diocèse, rappelle que nous travaillons main dans la main avec l’Eglise universelle. • Propos recueillis par Sophie Lebrun

Colloque : « Dépression et dépendance, quelle issue ? », samedi 27 mars, de 10h à 17h, à St-Leu-St-Gilles (1er), avec le curé de la paroisse, le P. Bernard-Marie Geffroy,
Fr. Ambroise, Jean Vanier, et Mgr Michel Aupetit.

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