« Un système au détriment des pauvres et des faibles »

Paris Notre-Dame – Le 19e cycle « Droit, Liberté et Foi », qui se déroule au Collège des Bernardins les mercredis 5, 12 et 19 octobre, portera sur « La Terre, quels droits pour quelle justice ? ». Pourquoi croiser philosophie, théologie et droit sur la question écologique ?

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P. Antoine de Romanet, curé de N.-D. d’Auteuil (16e), co-directeur du département de recherche « Société, Liberté, Paix » du Collège des Bernardins.
© Ariane Rollier

P. Antoine de Romanet – Lors d’une conférence de Jacques Attali à Rome, en 1994, une phrase m’avait frappé : « Nous en sommes à espérer que les progrès techniques de demain nous permettront d’effacer les conséquences négatives des progrès techniques d’hier et d’aujourd’hui ». Face à la crise écologique, le risque est de ne proposer que des réponses d’ordre technique. Il est facile de rêver la science comme capable d’apporter les réponses. En réalité, si elle peut poser un diagnostic, elle ne peut ni donner le sens ni décider. La caractéristique du cycle « Droit, Liberté et Foi » est de proposer une approche globale qui implique l’homme dans tout ce qu’il est. Il propose le langage de la fraternité, l’attention à la beauté, l’attitude d’émerveillement qui transforment notre tendance naturelle à être dominateurs et exploiteurs de tout et de tous.

P. N.-D. – Quel est le fil rouge qui parcourt le cycle de conférences ?

P. A. R. – L’idée fondamentale est la suivante : un système où l’homme est dans une logique de toute-puissance et exploite sans limite la Terre ne vit qu’au détriment des pauvres et des faibles. Le faible, c’est d’abord la nature, qui n’est pas en état de se défendre. Mais c’est surtout les hommes. Tout est lié : le respect de la Terre et le respect des hommes. Les intervenants développeront la notion d’écologie intégrale, qui réclame une conversion du regard et du cœur. Elle implique d’accepter de se situer comme une créature non pas propriétaire mais intendante des biens du Créateur. C’est la question de la Genèse : l’homme est-il dans une position de toute-puissance, peut-il tout plier à son désir ? Puis-je dire par moi-même ce qui est bien ou mal, en fonction de mes intérêts ? Si l’on pose la question ainsi, alors la question du respect de la Terre rejoint les questionnements anthropologiques les plus contemporains : est-ce que j’accepte que ma vie et que le sens de ma vie me soient donnés par un autre ?

P. N.-D. – C’est une perspective théologique ! En quoi a-t-elle des répercussions juridiques ?

P. A. R. – Parce que la Terre ne peut se défendre, et que nous avons besoin du droit pour que ne règne pas la loi du plus fort. Parce que la répartition des terres, de l’air et de l’eau, se fait avec du droit ! Christian Huglo interrogera donc le concept de droits de l’Homme. Il analysera comment ces derniers ont dérivé en droits de l’homme individuel. Il se demandera s’il ne vaut pas mieux parler de « devoirs de l’homme ». À travers ce débat, se rejoue un débat profond. Je peux dire avec Camus : « Un homme, ça s’empêche ». Je peux, au contraire, exploiter toujours plus la Terre. C’est bien ce que pourfend le pape François quand il vise les multinationales apatrides, dans une recherche de toute-puissance, souvent hors taxes et hors lois. Dans une telle situation, il est urgent de mettre l’homme au cœur du débat, entre cœur et raison, entre droit et justice, au service d’une écologie pleinement humaine. • Propos recueillis par Pauline Quillon

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