Une douche, et leur dignité

Elle sera garée au chevet de St-Jean-Baptiste de Grenelle (15e) et ouverte au public à l’occasion de la Journée mondiale des pauvres, samedi 17 novembre. La mobildouche est un camping-car qui tourne dans les rues du sud-ouest parisien, pour permettre aux personnes sans-abri de se laver et de (re)trouver leur dignité.

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David, sans-abri, habitué de la mobildouche.
© Laurence Faure

« Par ici, c’est bon ! » David, grand gaillard aux yeux clairs, âge incertain, écouteurs dans les oreilles, agite ses bras en direction du trottoir, à deux pas du métro Gaîté (14e). L’air frais de novembre pique. Éric, bénévole régulier de l’association Mobil’ douche, manœuvre le lourd camping-car et éteint le moteur. David apparaît à la porte. « Moi, je suis un ancien, à la rue depuis ma jeunesse », lâche-t-il. Il se douche ici une fois par semaine – « c’est plus écolo ! » –, dans ce camping-car blanc aux inscriptions bleues qui fait le tour des 14e et 15e arrondissements de la capitale, trois fois par semaine, l’après-midi. « Si on veut se laver, il faut aller dans des endroits publics qui ont leurs règles et leurs horaires… on peut pas toujours, raconte David. Ici, on est bien. On nous donne des chaussettes neuves (voir encadré) et des sous-vêtements, du savon, des produits d’hygiène. » Cathy, 59 ans, salariée de Mobil’ douche, lui tend un pantalon à sa taille… « Dans le monde de la rue, si les hommes sont plus visibles, il faut chercher les femmes, qui se cachent pour ne pas être des proies, explique-t-elle. Elles se méfient de tout. Parfois, on arrive à les capter. » À l’intérieur, tout est simple mais cosy. Des couvertures couvrent les banquettes, du café chauffe, le calme règne, contrastant avec le bruit de la rue. « Il est rare d’avoir ce type de relation, intime, avec une personne de la rue, poursuit Cathy. C’est très beau de voir le visage métamorphosé de ces personnes souvent abîmées, à la sortie de leur douche. »

La mobildouche permet ainsi à une quarantaine de personnes par semaine de prendre soin d’elles, à raison de six douches par tournée – potentiel maximum du réservoir d’eau (voir encadré). Et cela fait bientôt trois ans qu’elle démarre depuis le parking de son hébergeur, l’association Depaul France, fondée par des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul, au cœur de la cité des Périchaux (15e). Dans leurs locaux, des sans-abri viennent chaque jour, entre 9h et 12h30, prendre une douche, laver leur linge, rencontrer l’équipe infirmière… ou trouver une aide administrative. « Chez Depaul, notre première préoccupation est la dignité de la personne, explique Andrew McKnight, directeur de l’antenne France de cette association internationale. Or ces dernières années, nous avions constaté les besoins croissants des personnes de la rue en termes d’accès à l’hygiène, en particulier dans les 15e et 14e arrondissements. Début 2016, nous avons apporté la mobildouche à ceux qui ne pouvaient pas venir à nous. » Et pour les rejoindre, Depaul France et Mobil’ douche s’appuient sur un vaste réseau de solidarité local, dont les paroisses du quartier font partie, comme St-Antoine-de-Padoue ou St-Jean-Baptiste de Grenelle (15e), qui leur signalent des besoins. « La mobildouche est aussi un premier contact avec des sans-abri qui pourraient se réadapter à la vie sociale », ajoute Andrew McKnight. En deux ans, une vingtaine d’entre eux a pris la route de la réinsertion grâce à ce court instant au léger goût d’éternité.

Laurence Faure

Pour aider Mobil’ douche

  • L’association recherche des points d’eau privés dans les 14e et 15e arron-dissements afin de remplir le réservoir de la caravane en semaine.
  • Elle accueille également des dons de chaussettes neuves.
  • Pour devenir bénévole : depaulfrance.org ; info@depaulfrance.org

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