Une formation interreligieuse pour faire reculer la violence

P. Thierry Vernet, responsable du service diocésain des relations avec le judaïsme.

P. N.-D. – À partir de cette rentrée, Sciences Po accueille un nouveau programme baptisé « Emouna – L’amphi des religions », dont vous êtes l’un des responsables. Comment est né ce projet qui réunit des représentants de toutes les religions ?

P. Thierry Vernet, responsable du service diocésain des relations avec le judaïsme.
P. Thierry Vernet, responsable du service diocésain des relations avec le judaïsme.
© Alix Bourel

P. Thierry Vernet – L’idée de cette formation interreligieuse a d’abord germé dans l’esprit de Pauline Bebe, première femme rabbin en France. S’il a été simple de coordonner juifs et chrétiens, il a été plus complexe de trouver des représentants de la communauté musulmane. Dans le contexte actuel, tout est plus difficile pour l’Islam et pour les musulmans qui veulent entrer dans le dialogue. Puis, les bouddhistes ont également souhaité être associés au projet. Au début, l’initiative pouvait paraître utopique. Mais avec le temps, la mobilisation de ces religieux, issus de tous ces courants, a capté l’attention des pouvoirs publics et de Sciences Po. Nous nous félicitons, d’ailleurs, que la formation se déroule dans cette école à la fois neutre et reconnue de tous.

P. N.-D. – Quels sont les objectifs de cette formation ?

P. T. V. – Elle se déroule en dix-huit jours sur neuf mois et s’adresse, en priorité, aux cadres et futurs cadres religieux. Nous avons privilégié des jeunes car nous espérons qu’ils créeront des réseaux amicaux capables de perdurer. Les méthodes de travail en groupes devraient favoriser ces liens. Nous souhaitons apporter aux stagiaires une bonne maîtrise du concept de laïcité, une connaissance approfondie des autres religions et des notions de « management » pour qu’ils prennent des responsabilités dans leurs communautés. Le dialogue devrait aussi permettre à chacun d’enrichir sa foi grâce au regard de l’autre qui interpelle et pousse à la réflexion.

P. N.-D. – La mise en place de ce type d’initiative vous semble-telle urgente ?

P. T. V. – Les événements récents montrent à quel point les terroristes tentent de monter les religions les unes contre les autres. J’ai senti une exaspération, une peur de l’avenir chez certains paroissiens. Des musulmans désemparés sont aussi venus me voir. Ce contexte rend, en effet, cette initiative urgente. Même si c’est une goutte d’eau, il est vital d’essayer de rapiécer ce tissu social qui se déchire et de faire reculer la violence. Il faut rappeler que les religions peuvent être des agents de paix et d’harmonie. Elles doivent prendre toute leur place dans une laïcité à la française. Cela suppose que chacun en connaisse les règles.

P. N.-D. – Ne craignez-vous pas que naissent des tensions au sein de la promotion ?

P. T. V. – S’il n’y a pas de tensions c’est qu’il ne se passe rien ! Certains textes prêteront à débat. Des thèmes sensibles, comme la place des femmes, seront abordés. Nos intervenants sont choisis pour ne jamais enfermer mais pour montrer toute la complexité des choses. Nous veillerons à ce que les débats soient de qualité et que les religions soient sur un pied d’égalité. Le nom même de la formation est symbolique de cette volonté : Emouna, amen et amana, présents dans nos différentes traditions spirituelles, ont la même racine et signifient « spiritualité », « loyauté », « confiance ». • Propos recueillis par Anne-Louise Sautreuil

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