Une histoire de confinement : début, centre et fin

La crise sanitaire nous oblige à imaginer d’autres formes d’initiatives pastorales. Elle soulève beaucoup d’interrogations sur la façon de maintenir le lien entre nous, de rester présent auprès des plus fragiles. Qu’en restera-t-il après la fin du confinement ? Le P. Arnaud Duban, curé du St-Esprit (12e) nous livre ici sa réflexion.

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Le P. Arnaud Duban est curé du St-Esprit (12e).
© D.R.

Alors que le confinement vient de se terminer, je voudrais méditer sur cette expérience à partir de trois dates : le 17 mars, qui a marqué son début ; le 12 avril, où nous avons célébré Pâques ; le 11 mai, où le déconfinement a commencé. Elles représentent pour moi un triple appel : à plus de liberté, à vivre davantage le mystère pascal, à créer un monde nouveau.
Le mardi 17 mars, le confinement imposé par le gouvernement commençait. C’était le jour où nous fêtions saint Patrick, qui avait passé six années comme esclave en Irlande, avant d’y retourner plus tard afin de l’évangéliser. On peut être enfermé physiquement, et libre intérieurement. « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3,17). La liberté est avant tout un don de Dieu, mais elle demande aussi un apprentissage. Nous étions encore en Carême, et nous nous préparions à célébrer Pâques, qui a signifié d’abord la fin de l’esclavage en Égypte. Allions-nous vivre le confinement comme des esclaves, ou saurions-nous nous laisser libérer par le Seigneur « de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien » (He 12,4) ?
Le dimanche 12 avril, nous célébrions Pâques, point de jonction entre les quarante jours du Carême et les cinquante jours du temps pascal. Pendant le Carême, nous sommes invités chaque année à suivre trois pistes : la prière, le partage et les privations, dans un esprit de pénitence. Ces directions s’accordaient bien avec le confinement. Prier pour toutes les personnes souffrantes. Partager avec les autres, notamment à travers les nouveaux moyens de communication. Se priver pour s’unir à ceux qui sont dans le besoin. Faire pénitence pour prendre conscience que la pandémie, même si elle n’est pas une punition de Dieu, nous dit quelque chose sur nos péchés collectifs, en particulier vis-à-vis de la Création, et sur nos fragilités, avec un monde paralysé par un virus minuscule et surtout par la peur de mourir.
Mais j’ai découvert que la pandémie s’accorde bien aussi avec le temps pascal, pendant lequel nous sommes appelés à nous réjouir de la victoire du Seigneur sur les forces de la mort. Chaque jour, d’innombrables actes de solidarité et de fraternité ont été posés ici et là.
Ainsi, le fait que le confinement se soit situé à cheval entre le Carême et le temps pascal me semble très significatif. Ces deux périodes ne sont pas disjointes, elles forment un tout qu’on peut appeler le mystère pascal, centré sur deux événements inséparables, la mort et la résurrection du Christ. Chaque soir à 20h, lorsque j’applaudis au son des cloches, j’éprouve une émotion profonde car je me sens au cœur de ce mystère, souffrant avec ceux qui souffrent (notamment les malades et les soignants) et me réjouissant de la fraternité qui nous unit à nos fenêtres, croyants et non-croyants.
Le lundi 11 mai, le déconfinement a commencé. Il reste encore beaucoup d’interrogations sur cette période qui s’est ouverte. Mais la question centrale, pour moi, est de savoir si nous reprendrons nos existences « comme avant », ou si nous saurons changer nos façons de vivre. La pandémie n’aura-t-elle constitué qu’une parenthèse, comme tant d’autres crises du passé dont nous n’avons pas su tirer les leçons ? C’est à nous de le décider. Créons un monde nouveau, avec la grâce du Seigneur.

P. Arnaud Duban

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