L’Église
Catholique
À Paris

Veillée de prière pour la vie 2019

Le mardi 21 mai 2019 à Saint-Sulpice, les évêques d’Île-de-France ont invité les Franciliens pour la 11e édition de la Veillée pour la vie.

Revoir la célébration

Après quatre témoignages et un moment d’échanges avec ses voisins, l’Évangile a été proclamée et Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a prononcé une homélie.
- Lire l’homélie de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris.

Devant le Saint-Sacrement, la prière des évêques a ensuite porté les intentions de tous les fidèles.

La veillée s’est terminée par la lecture, par tous, d’une prière d’intercession et d’engagement. Il s’agissait de la “Prière pour notre terre” du pape François extraite de l’encyclique Laudato si’ :

Dieu Tout-Puissant
qui es présent dans tout l’univers
et dans la plus petite de tes créatures,
Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,
répands sur nous la force de ton amour pour que
nous protégions la vie et la beauté.

Inonde-nous de paix, pour que nous vivions
comme frères et sœurs
sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres,
aide-nous à secourir les abandonnés
et les oubliés de cette terre
qui valent tant à tes yeux.

Guéris nos vies,
pour que nous soyons des protecteurs du monde
et non des prédateurs,
pour que nous semions la beauté
et non la pollution ni la destruction.

Touche les cœurs
de ceux qui cherchent seulement des profits
aux dépens de la terre et des pauvres.

Apprends-nous à découvrir
la valeur de chaque chose,
à contempler, émerveillés,
à reconnaître que nous sommes profondément unis
à toutes les créatures
sur notre chemin vers ta lumière infinie.

Merci parce que tu es avec nous tous les jours.
Soutiens-nous, nous t’en prions,
dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix.

- Lire l’encyclique Laudato si’.

Revoir l’invitation des évêques d’Île-de-France

Témoignages

Gilles de Soye
Greffé d’un rein

Bonjour,
Tout commence lorsque je rencontre un médecin à l’hôpital parce que je ne me sens pas bien. A cet instant, il me parle du reste de ma vie, en heures voire en minutes. Ma situation bascule dans ce même laps de temps, sans symptôme probant. Le docteur ne comprend pas mon désarroi caché par mon refus d’accepter la vérité.
Le diagnostic est simple : capacité rénale à moins de 10% et avec une tension à 28, les dommages collatéraux s’aggravent Mes deux reins sont en train de mourir.
Il me faut annoncer cette situation irréversible à ma femme et à mes enfants. Voulant toujours faire front, sans leur soutien et leur présence c’est impossible. Mon épouse est restée à mes côtés tout au long de cette folle aventure, avec le pire et le meilleur que celle-ci allait nous réserver.
Necker devint mon lieu d’affectation avec des visites à Pompidou, Cochin, Foch. Dans un premier temps, il fallait me remettre sur pied et prendre le temps de comprendre pourquoi mes reins ne fonctionnaient plus.
Après cette pause jalonnée de nombreux examens et diagnostics et sous traitement à haute dose, un nouveau problème surgit rapidement et me met encore une fois en péril. A ce moment-là, je n’ai plus d’autre choix que d’accepter ce que je redoutais depuis le début : La Dialyse. Les médecins me parlent également de greffe et, particulièrement, compte tenu de mon jeune âge, de don vivant.
Après une opération pour la mise en place de ma dialyse péritonéale, je plongeais à nouveau dans l’inconnu. J’ai pu obtenir d’effectuer mon traitement à la maison après l’approbation des médecins venus visiter notre appartement afin de s’assurer qu’il était « sanitairement et médicalement acceptable ». Notre chambre se médicalisa et devint mon lieu de dialyse.
Puis notre vie familiale est devenue rythmée avec mes connexions, 3 fois par jour. J’ai pu reprendre une vie presque normale et effectuer des déplacements professionnels. Je me suis même dialysé dans des hôtels.
Cette période était cadencée par les visites hebdomadaires au centre de dialyse pour des contrôles. Là aussi, nous avons parlé de transplantation rénale et de don vivant. Il fallait que j’en parle rapidement à mon entourage. C’est ainsi que je me suis retrouvé dans le bureau du professeur en charge des transplantations rénales de Necker avec ma femme, ma mère et mon frère Alexandre. D’autres personnes se sont spontanément proposées aussi. J’ai été subjugué par la générosité spontanée et bienveillante de ces personnes qui me sont chères. L’heure du choix était arrivé.et je devais faire en sorte d’aller le mieux possible pour que la greffe soit réalisable. Alexandre était l’heureux élu !
Le protocole du choix du donneur était amorcé. Alexandre est bien mon frère génétiquement parlant car les tests effectués nous ont prouvé que notre capital génétique équivaut à celui de jumeaux mais avec deux ans d’écart.
Mon frère venait de me rejoindre dans mon aventure, avec tout son amour fraternel, sa confiance en la médecine et en notre avenir et avec courage, même s’il s’est évanoui dès la première prise de sang ! Puis, enfin, la nouvelle tant attendue est arrivée : L’opération aura lieu de 29 mai 2012.
La veille, nous avons intégré le service de transplantation ensemble, avec nos épouses toujours présentes et combattives à nos côtés. Je venais de faire ma dernière dialyse, avec soulagement et angoisse à la fois. Pourvu que tout se passe au mieux pour Alexandre ! Le jour dit, Alexandre est parti 5h avant moi au bloc. En salle de réveil je l’ai aperçu à mes côtés, dans le même état vaseux que le mien, mais soulagé par la réussite de l’opération. La greffe avait parfaitement marché ! Nous nous sommes réellement retrouvés le lendemain dans sa chambre, grâce à l’aide des brancardiers qui m’ont amené aux côtés de mon frère. Nous avons passé le reste de la semaine en soins intensifs ensemble à nous balader, courbés et en blouses, pour faire de l’exercice. Avec nos épouses, nous étions là pour rire et profiter de ce renouveau.
Pour moi, une nouvelle vie a commencé le 29 mai 2012, il y a 7 ans. Ce jour-là, Alexandre ma redonné la vie et m’a permis de reprendre la vie la plus normale possible aux côtés de ma femme et de mes enfants. Je suis toujours sous contrôle médical mais je suis passé d’une visite par semaine à l’hôpital au début, à une visite tous les quatre mois aujourd’hui. C’est le minimum. Pour les médicaments, j’ai arrêté la cortisone au bout de 6 ans et mon traitement est à minima grâce à Alexandre.
Ainsi que l’a dit notre Pape Benoît XVI, "le don d’organes est une forme particulière de témoignage de la charité".
La greffe d’organe est un acte d’amour. Mon frère Alexandre m’a fait ce cadeau.

Alexandre de Soye
Donneur dans la transplantation rénale

Ce matin-là, ce n’est pas mon réveil qui m’a tiré du lit mais l’infirmière du pavillon Hamburger à l’hôpital Necker et qui me demande de me préparer pour la douche antiseptique. Il est 6h, c’est le jour de l’opération. Le brancardier vient me chercher à 7h30 et me demande de décliner mon identité. Arrivée au bloc, un membre de l’équipe me redemande mon identité. Pourquoi ? Pourquoi ai-je accepté ce parcours d’obstacles qui dure depuis plus de 3 mois ? Alors que je commence un nouveau travail épineux dont les conditions sont difficiles ?
J’ai mis du temps à comprendre l’ampleur du désastre qui s’étendait sur mon frère : la nécrose des reins, la dialyse, le recours à la transplantation. Je croyais alors que la transplantation rénale ne pouvait se faire qu’à partir du donneur décédé. Quand Gilles m’a dit que le donneur pouvait être vivant, je me suis proposé spontanément, sans trop y croire : ferais-je un bon candidat ? Pendant l’entretien avec le professeur Legendre, chef du service du pavillon Hamburger, nous écoutons stoïque, ma belle-sœur, ma mère et moi, les indications sur le parcours de préparation pour une transplantation. A la fin de l’entretien, le professeur me garde à part et me dit : « je ne veux pas vous influencer, mais c’est vous le meilleur candidat ! ». J’ai accepté alors ce qui devait advenir, sans révolte ni résignation mais avec la certitude que c’était moi qui pouvait apporter le meilleur pour guérir Gilles.
Sur les conseils de mon ostéopathe, je me prépare comme pour une compétition sportive. Je reprends le sport. J’enchaîne les 7 rendez-vous médicaux, le rendez-vous avec la psychologue, celui avec le comité éthique, celui avec le juge des tutelles et ceux pour les examens complémentaires, soit environ 1 rendez-vous tous les 10 jours pendant 3 mois. A cela s’ajoute les réunions professionnelles difficiles, les nouveaux projets dans mon travail. Mais j’avance, comme porté, par la certitude que rien ne m’empêchera d’atteindre mon but. J’écris à cette époque : « Tout se mêle dans mon esprit : le travail avec ses projet, les examens médicaux. Pourtant, au fond de moi, je reconnais une force tranquille qui veille sereinement sur ce chemin à venir ». Pour achever notre préparation, nous recevons Gilles et moi, le sacrement des malades. Il nous tarde d’atteindre le jour J.
A peine conscient dans la salle de réveil, j’éprouve un soulagement, l’opération est terminée. Gilles arrive peu après moi. L’infirmière place son brancard à côté de moi, j’entends une autre infirmière s’approcher de lui, elle confirme que Gilles urine normalement, le rein fonctionne déjà. J’en ressens alors une joie profonde malgré mon corps endolori.
Alors pourquoi ? Pourquoi moi ? Il n’y a que l’Amour qui puisse répondre à cette question. Celui d’une fratrie. L’Amour du Seigneur qui donne par son Esprit Saint la claire vision de ce que nous devons faire et nous donne la force de l’accomplir. Dans la 2ème lettre à Timothée, verset 7, saint Paul écrit : « Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi. » La confiance dans une équipe médicale qui chaque semaine accomplit dans l’ordinaire de sa mission, l’extraordinaire. Le soutien des proches, de ma femme, de mes enfants et de mon directeur spirituel à l’époque, moine à Solesmes, et qui, dans l’humour inimitable de la Providence, s’appelait Don Reinale.
Je remercie tous ceux qui ont permis cette réussite et vous remercie ce soir pour votre attention.

Joseph Moukoko Tossoukpe
Réfugié de Côte-d’Ivoire

Bonjour, j’espère que vous allez bien. Je suis devant vous car aujourd’hui, je vais vous raconter une partie de mon histoire. Je m’appelle TOSSOUKPE Moukoko Joseph et je suis né en 1988 à Korhogo en Côte d’Ivoire. Je suis le dernier d’une fratrie de 4, 3 garçons et une fille. Mon Père est d’origine Togolaise et ma Mère d’origine Camerounaise. Ma Famille est Chrétienne et engagée au sein de la Communauté locale, du coup, j’ai grandi avec la Foi à mes côtés, mais je n’ai pas toujours compris de quoi il s’agissait. Je ne manquais de rien, nous vivions dans une grande maison et je n’avais aucun souci particulier, je n’en comprenais donc pas trop l’utilité. Ma vie a pris un tournant lorsqu’en 2001, la situation politique du pays a basculé. Le 16 septembre était la rentrée scolaire, je commençais la 3ème. 3 jours plus tard, le 19 Septembre, nous nous sommes réveillés et apprêtés comme d’habitude pour aller à l’école mais au moment d’enfourcher nos vélos, notre Père nous a fait remarquer les coups de feu qu’on entendait à l’extérieur et nous a donc défendu de prendre la route. En écoutant les informations locales, on a découvert qu’il y avait un soulèvement d’une partie de l’armée et que la ville où nous habitions, Bouaké, serait là d’où tout serait parti. Nous n’avions pas l’expérience de conflit, et nous ne savions pas quelle réaction adopter. A ce moment-là, nous étions 5 dans la maison : Mon Père, mes 2 frères et notre servante. Ma Sœur et ma Mère étaient parties en France, pour préparer un « pied à terre », de façon à ce que nous puissions les rejoindre pour nos études.
Nous avons attendu sur place, espérant que la situation conflictuelle change. Il s’agissait de la Côte d’Ivoire, on a pensé que la situation reviendrait au calme assez rapidement. Jour après jour, nous essayions de vivre relativement normalement, les sorties étaient limitées et il fallait être assez vigilant mais cela restait possible, par contre nous n’allions plus à l’école. Il est arrivé quelques fois, que dans une tentative de retour à l’ordre, l’armée du pays tente de reprendre le contrôle de la partie Nord du pays, ce qui engendrait des conflits assez violents, et pour la première fois de ma vie, j’ai eu le sentiment que j’allais peut-être mourir. C’est une des rares fois, où ma Foi est ressortie de mon cœur et s’est manifestée spontanément. Je pense que je n’avais jamais autant prié de toute ma vie à ce moment. 3 mois après le début du conflit, celui-ci ne s’arrêtait pas, bien que les messages à la radio, prétendaient que la situation était revenue à la normale. Nous avons donc pris la décision de quitter le pays et d’aller au Togo, chez notre Père. Le voyage ne fut pas de tout repos, et après plusieurs péripéties, nous sommes arrivés au Togo, le 23 Décembre 2002, l’avant-veille des fêtes de Noël.
C’était une nouvelle vie qui commençait, tout était à refaire, des amis, les habitudes, le confort, bref tout. Après plusieurs recherches nous avons pu trouver un établissement qui acceptait de nous prendre, mon frère et moi pour que l’on puisse continuer l’année scolaire entamée en Côte d’Ivoire, avec plus ou moins de succès. Tout ceci a précipité notre venue en France. Ainsi le 8 août 2003, nous arrivions en France avec un visa de tourisme. Retrouvailles avec notre Maman et notre Sœur qu’on avait plus vu depuis des années. On résidait à ce moment-là à Grigny, en banlieue sud, on passait d’une maison à un appart, la population et les coutumes n’étaient plus les mêmes, notre Père nous avait prévenu, notre vie ne serait plus la même. Et il fallait encore une fois, tout refaire.
Passé le temps du mois de notre visa, notre Père est reparti et nous, nous sommes restés, devenant ainsi hors la loi car nous n’avions plus le droit, officiellement, de rester sur le territoire. Etant au lycée, les inscriptions et la poursuite de nos études n’a pas trop posé de problème, on commençait à s’habituer de plus en plus à la vie en France, on découvrait la neige, le froid, des mots et expressions, le RER, la carte navigo, bref tout un univers encore bien différent. Une chose que je n’ai pas dite mais qui a toujours été présente quel que soit la situation, c’était un ancrage avec la Foi. En Côte d’Ivoire, j’étais dans un groupe de Jeunes Chrétiens, la JEC, dans lequel nous essayions d’approfondir notre Foi, de mieux la comprendre, et surtout de la mettre en pratique au quotidien. En arrivant au Togo, nous avons continué dans cette voie. Ce biais de rencontre facilitait pas mal l’insertion et l’acclimatation et forcément, en arrivant en France, nous avons cherché ce même mouvement mais on a découvert qu’il était mort localement à ce moment-là. Du coup sur notre paroisse, on a demandé à intégrer une chorale de Jeunes, ce qui nous paraissait assez proche en termes de public même si les actions n’étaient pas les mêmes. Et c’est à ce moment où pour moi tout a commencé. La vie en France a revelé pas mal de choses de nos vies dont le fait que mes parents ne désiraient plus être ensemble, un gros coup de théâtre tant on ne l’avait jamais vu venir, les inscriptions à l’université étaient bien plus compliquées car il fallait avoir un titre de séjour pour y avoir droit, et pour avoir droit au titre de séjour étudiant, il fallait avoir une inscription à l’université… Bref le serpent qui se mord la queue. En quelques temps, je suis passé d’une vie où tout allait bien à une vie où mon monde se décomposait tout doucement. On essayait de maintenir le cap notamment avec les études mais ce n’était pas simple.
A ce moment-là, les instants entre amis, ou avec ces jeunes de notre Église, étaient des moments de pause et d’apaisement. Ma Foi n’était plus seulement abstraite ou idéaliste, elle était une échappatoire de ma vie, vie sur laquelle je n’avais plus contrôle. Je ne pouvais plus dissocier ma Vie « classique » et ma Foi, les deux étaient imbriquées.
Puis, notre communauté cherchait des animateurs en aumônerie pour accompagner régulièrement des plus jeunes, leur parler de foi, de notre vie et de notre expérience. Il fallait transmettre ce qu’on avait nous-mêmes reçus. C’est là que mon engagement a commencé. Je me rappelais plus jeune, avoir demandé un petit frère à ma Mère, qui m’avait gentiment expliqué que ce ne serait pas possible, et là d’un coup, je me suis retrouvé avec plein de « petits Frères » et de « petites Sœurs ». Un lien de plus en plus fort s’est créée avec ces jeunes : ils traversaient des épreuves que j’avais expérimenté également et je me reconnaissais dans certains témoignages. Je me sentais utile pour ces jeunes. Ma vie n’était pas parfaite, toutes mes situations personnelles n’étaient pas arrangées, j’avais quelques amis qui évoluaient plus vite que moi, mais de plus en plus, j’étais en paix avec moi-même et avec ma Famille.

En 2008, autre coup d’éclat dans ma vie, d’autres diraient la chance, moi je dirai la Grâce. J’ai participé aux Journées Mondiales de la Jeunesse, à Sydney. Rien ne m’y prédestinait, en particulier mes moyens économiques de l’époque. Le prix était très élevé. Tout a changé à ce moment-là, j’ai vécu une expérience plus que formidable, Je me suis senti privilégié, je ne pensais pas que ce genre de « miracles » étaient possibles et pour autant, j’en était témoin. Cela a renforcé mon engagement envers les jeunes. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse tout, pour rendre possible à d’autres cette rencontre merveilleuse. Il fallait se battre pour que l’impossible devienne possible, comme cela l’a été pour moi. Cet engagement me poursuit jusqu’ aujourd’hui et je n’imagine pas ma vie sans lui. Ma vie personnelle, professionnelle et administrative vont relativement bien aujourd’hui même si certaines choses n’ont pas changé, malgré les efforts en ce sens. La vie ne sera pas toujours tendre avec moi ou avec mes proches et toute situation peut basculer d’un opposé à un autre, mais une chose me semble importante dans tous les cas, c’est un ancrage. Dans mon cas, la Foi a généré cet ancrage, qui s’est manifesté par l’engagement auprès de Jeunes, auxquels je me suis identifié, tant nos vies ont plus de similitude que de différence, malgré les distances, les couleurs, les pensées ou tout autre caractéristique.

Laurent Catelain
De l’épreuve subie à la vie re-choisie

Introduction par le médecin général Bernard Rouvier
Le lieutenant-colonel Laurent Catelain, debout devant vous sur ses deux prothèses tibiales, était, le 4 août 2011, à 23 heures, le chef des commandos montagne lorsqu’il fut gravement blessé par l’explosion de 40 kilos d’explosif en Afghanistan.
30 mois d’acharnement thérapeutique, de doute et de vains espoirs n’ont pas entamé sa volonté de se reconstruire. Ses prières et celles de sa famille et de ses nombreux amis l’ont porté dans cette épreuve douloureuse et invalidante.
Cette foi qui l’anime et la force morale qui le caractérise ont-elles influencé son choix irréversible de demander la double amputation de ses deux pieds ?

Bernard - Mon colonel, pour le chrétien que tu es, comment perçois-tu l’intervention de Dieu dans ton choix courageux et certainement contre nature ?

Laurent - Était-ce un choix courageux, un choix de raison ou un choix de survie ? Choisir, c’est renoncer. Pour ce qui me concerne, ce fut renoncer à mes pieds mais surtout, ce fut, grâce à Dieu, retrouver une vie dynamique, active, familiale et professionnelle.
Je pense que l’intervention de Dieu dans mon histoire personnelle se fait prégnante à Lourdes en mai 2013 mais je vais y revenir.
J’étais, jusqu’à l’échéance du choix irréversible, un chrétien en colère, balloté au gré des épreuves que je subissais, subir étant le mot juste. Ma foi était fragile, mal assumée. Il me semblait que mes prières et celles de mes nombreux amis ne trouvaient aucun écho, alors Je m’en remettais à moi-même, persuadé de pouvoir m’en sortir sans aide, fusse-t-elle d’origine divine.
Mais il y eut cette terrible et douloureuse rechute à Lourdes en mai 2013, et, vous en fûtes témoin Bernard. Une nuit terrible, une douleur jusque-là inconnue, intense, violente, insupportable malgré les fortes doses de morphine. Un ultime signe pour me sortir du déni en quelque sorte.
Les conclusions des spécialistes seront sans appel, il fallait réopérer et immobiliser pour plusieurs mois sans certitude sur l’avenir. Cette nouvelle épreuve a imposé le silence à mon égo. J’ai repris Dieu à témoin, implorant rageusement son aide. Ensemble, nous avons pu prendre une décision lourde malgré les larmes de mon épouse et la colère de mes enfants.
Avec le recul, je pense sincèrement que l’intervention de Dieu s’est manifestée à Lourdes pour m’imposer une réflexion constructive. Dieu m’a aidé à réfléchir calmement, sans colère ni ressentiments. Il m’a donné à entendre et analyser les avis contradictoires puis à faire mon propre jugement me permettant de prendre sereinement la seule décision vitale pour moi. Je devais en passer par la double amputation, ma décision est la volonté de Dieu. Mais ce n’est que bien plus tard que j’ai vraiment compris sa présence à mes côtés.

Bernard - Bien plus tard dis-tu, parce qu’après cette terrible expérience quelque chose de pire est arrivé ?

Laurent - Oh que oui ! Car il y a plus terrible que perdre ses deux pieds, il y a la mort d’un être cher, la mort de mon épouse il y a à peine un an, elle qui fut à mes côtés pour me soutenir et m’encourager pendant 3 ans à chacune de mes opérations.
J’ai cru mourir moi aussi ce 22 mars 2018, j’ai failli sombrer corps et âme, maudissant Dieu de m’infliger cette nouvelle et trop cruelle épreuve. Et là, je ne sais ni comment ni pourquoi, j’ai décidé de me réfugier huit jours dans le silence d’un foyer de charité à la Flatière pour une retraite spirituelle. Huit jours à prier et à écouter les enseignements bibliques, huit jours pour retrouver la foi et évacuer ces colères inutiles et destructrices qui ont failli m’emporter.
J’ai prié longuement, pleuré chaudement aussi. J’ai fait la paix avec moi-même et repris confiance en Dieu.
J’ai quitté la Flatière apaisé et confiant, heureux de vivre pour servir non plus la France mais la volonté de Dieu, heureux malgré les larmes qui m’étreignent et la solitude qui me pèse, heureux de m’investir pour les autres. Aujourd’hui je n’ai plus de doute sur le sens à donner à ma vie.

Bernard - Si je te comprends bien, il a fallu toute ton énergie et la présence de Dieu pour vaincre et te relever.
Laurent - Oui absolument, l’énergie et la volonté humaine ne sont pas suffisante pour affronter des épreuves exceptionnelles ou hors du commun, elles sont nécessaires mais pas suffisantes. Comme la foi seule ne l’est pas à mon avis. C’est la conjonction de ces deux forces qui permet de trouver les ressorts pour se relever et aller de l’avant.
L’une ne va pas sans l’autre et je pense que l’une se nourrit de l’autre. La foi sublime les aptitudes de l’homme, elle exerce une force d’entrainement indispensable lorsque tout semble perdu. Je peux affirmer que sans la foi je ne serai pas debout ce soir devant vous, j’aurais lamentablement sombré.
La résultante de ces forces qui s’exercent sur des plans différents, spirituel d’un côté et physique et moral de l’autre peut se traduire par la capacité de résilience.

Bernard - Justement mon colonel, toi qui t’es aguerri à l’entrainement et sur les nombreux théâtres d’opérations où tu as servi la France, crois-tu que nous tous ici présents, sommes capables de cette capacité à se relever, à faire preuve de résilience comme on dit maintenant ?

Laurent - La résilience est la faculté à « rebondir » et à vaincre des situations traumatiques exceptionnelles ou répétitives, à aller de l’avant. Pour moi, la résilience est un don de Dieu, on l’a reçoit pour partie en héritage puis on l’affermit à travers les épreuves et les prières.
C’est de cette capacité à accepter les épreuves que se forge tout au long de notre vie notre faculté à rebondir.
Je pense que le don de Dieu ne se suffit pas à lui-même, il vient en complément de nos propres aptitudes à réagir ou non, à souffrir ou non, à vouloir ou non.
Ma grande expérience des situations traumatiques me permet de dire qu’il n’y a pas de règles, seulement des êtres qui souffrent et qui supportent plus ou moins bien les tourments et qui croient plus ou moins fort. Dans ces moments-là, l’effet de groupe, quel qu’il soit, est vraiment bénéfique. Il faut éviter de se retrouver seul, car le doute s’insinue vite dans l’esprit.
Il n’est pas naturel pour l’homme qui souffre de se dire que c’est Dieu qui l’a voulu pour accomplir son dessein que lui seul connait. Cependant, il faut lui faire confiance car seuls, nous ne trouverons pas la réponse.

Bernard - Laurent, toi qui sembles invincible, car tu ne le dis pas mais tu as été déclaré mort clinique, et si fervent, quel message veux-tu délivrer en conclusion ?

Laurent - J’aimerais juste laisser un message d’espoir à toutes celles et ceux qui souffrent dans leurs chairs et leur esprit. Il n’y a pas de colère salvatrice, il n’y a pas de fuite possible. Il faut croire en soi et en l’amour de Dieu qui ne nous envoie que des épreuves que nous sommes capables de surmonter. Dieu nous demande de lui faire confiance mais nous laisse le libre arbitre.
Rien ne vient au hasard, il faut chercher des réponses à ce qui nous arrive pour faire de nos épreuves une opportunité pour soi-même et les autres.
En cela les retraites spirituelles sont des moments hors du temps qui peuvent aider à comprendre.

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