Vivre l’addiction sous le regard du Christ

L’addiction revêt des visages bien différents et touche des publics divers. À Paris, la Fraternité saint Jean-Baptiste propose un accompagnement spirituel et un soutien fraternel aux personnes qui en sont victimes. Enquête alors que des associations lancent, en ce début de janvier, un « mois sans alcool ».

Cinq millions. C’est le nombre estimé, en France, de personnes qui connaissent des problèmes médicaux et des difficultés psychologiques ou sociales liés à une consommation d’alcool. Un nombre considérable. Et pourtant, le mot « alcoolisme » et les personnes qui en sont victimes sont souvent tus, cachés ou méprisés. Dans la société française, le problème lié à l’alcool, et plus généralement à toutes formes de dépendance, est encore tabou. « La personne malade est enfermée dans une grande solitude, remarque le P. Marc Soyer, religieux spiritain. Une solitude vis-à-vis de son entourage qui souffre et une solitude dans sa propre personne. » L’alcool est très puissant. Il détruit physiquement. Moralement. Et socialement. « Les personnes qui en sont victimes sont toutes des blessés de la vie », souligne le P. Marc Soyer. « Mon père était un malade de l’alcool », confie-t-il. Le prêtre en garde un regard de compassion et une compréhension vis-à-vis des personnes touchées. Alors, il y a quatre ans, quand on lui a proposé de rejoindre, en tant que prêtre accompagnateur, la Fraternité saint Jean-Baptiste de Paris, c’est avec joie qu’il a accepté.

La Fraternité saint Jean-Baptiste. Un mouvement d’Église né dans les années 1970 dans le sillage de la Croix d’Or, association apparue au début du XXe siècle. À l’époque, les Alcooliques anonymes ou associations affiliées n’existent pas. « Des prêtres lancent alors un mouvement pour venir en aide aux personnes atteintes de “la maladie de l’alcool” », explique Élisabeth, membre de la fraternité. En Bretagne, le père du P. Soyer s’en sort grâce à eux. Dans les années 1970, l’assemblée générale de la Croix d’Or vote la déconfessionnalisation de l’association. L’aumônerie disparait. Certains, pour qui la dimension spirituelle est importante, montent la Fraternité saint Jean-Baptiste en complémentarité de tous les mouvements d’entraide. L’idée et le fonctionnement de ce groupe d’échange et d’amitié fraternelle sont simples. Les adhérents se retrouvent une fois par mois, à Paris, chez les Lazaristes, dans le 6e arrondissement, de 19h à 22h. « D’abord, l’eucharistie est célébrée avec du jus de raisin, présente Élisabeth. Puis, nous échangeons à la lumière de l’Évangile en partageant nos difficultés et nos joies. Nous confions nos intentions à la prière de chacun. Et finissons par un moment convivial. » Le tout se vit dans la confidentialité, par respect de chacun. Les membres de la fraternité sont des personnes victimes d’addiction ou des personnes dont un membre de leur entourage – conjoint, enfant, parent, etc. – l’est. Ils sont une vingtaine. Peu importe le nombre. « Jésus n’a jamais dit qu’il fallait être nombreux pour qu’il soit au milieu de nous, sourit le P. Soyer. Ici, les paroles d’Évangile éclairent nos expériences humaines. Nous essayons de convertir notre regard porté sur nous-même et sur toute personne souffrant d’addictions en comprenant que celles-ci veulent combler un manque. Nous tentons d’être un relais du regard, compatissant et aimant, du Christ. » Et de conclure : « Ici nous lisons nos vies blessées à la lumière de la Résurrection ».

Isabelle Demangeat@LaZaab

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