Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Fête de l’Épiphanie - Cologne

Cathédrale de Cologne, mardi 6 janvier 2008

A l’invitation du Cardinal Meisner, le Cardinal André Vingt-Trois s’est rendu à Cologne en Allemagne, ce lundi 5 et mardi 6 janvier, pour célébrer la fête de l’Epiphanie.

Éminence, Excellence,
Chers frères et sœurs,

Les Trois Rois venus des lointains de la Terre ont toujours été considérés par la tradition catholique comme des représentants symboliques des nations païennes qui cherchent la lumière de Dieu et qui la découvrent dans la nuit de Bethléem.

Sur le chemin de leur recherche ils ont eu recours à la tradition juive comme celle qui était la mieux préparée à leur indiquer la venue du Sauveur et le lieu où ils pourraient le trouver.

La longue marche qu’ils ont accomplie à la lumière de la raison humaine et en s’appuyant sur leur connaissance du monde doit nous aider à reconnaître des cheminements de l’humanité vers la lumière divine et à regarder dans notre monde d’aujourd’hui la situation de la foi au Christ avec un regard d’espérance. Le Pape Benoît XVI nous invite, à la suite d’une longue tradition théologique, à mieux comprendre que l’acte de foi n’est pas opposé à la raison humaine passionnée par la vérité. Au contraire, l’acte de foi donne à cette raison un accomplissement particulier et il profite de l’expérience de la raison pour chercher les chemins d’une expression vraiment universelle.

Dans les derniers siècles, nous avons souvent compris notre mission d’annoncer l’Evangile comme un acte dont nous avions seuls l’initiative et comme un devoir d’aller à la recherche des peuples qui ne connaissaient pas encore le Christ. Ce magnifique élan missionnaire, dont nous devons rendre grâces, ne prêtait sans doute pas assez attention aux attentes et aux recherches de cette humanité. Cette attente était déjà habitée du désir de Dieu et ce désir s’exprimait dans ses cultures et ses diverses religions traditionnelles.

Le développement de la circulation des personnes et une certaine mondialisation de la culture a changé notre approche de la mission. Il ne s’agit plus seulement de parcourir les cinq continents pour y annoncer le Christ. Nous avons maintenant une forte présence de tous les peuples de la terre dans notre environnement proche. Ce n’est plus l’Europe qui va vers le monde, c’est le monde qui vient en Europe.

Des hommes et des femmes du monde entier, appartenant à toutes sortes de religion, et notamment à l’Islam et aux religions d’Extrême-Orient, sont maintenant présents dans nos pays. Pour beaucoup c’est leur première rencontre avec le christianisme et avec les chrétiens. Notre tâche missionnaire commence en nous posant la question suivante : quelle image donnons-nous du Christ et de l’Évangile à travers notre conception du monde et à travers notre manière de vivre ?

Aujourd’hui les Trois Rois qui viennent chez nous sont-ils turcs, philippins ou africains ? Quelle lumière peuvent-ils recevoir dans nos Églises chrétiennes ? Que voient-ils de notre foi en Dieu ? Que voient-ils de l’amour qui est le grand commandement donné par le Christ à ses disciples ? Nous ne devons pas nous inquiéter de la rencontre de la foi chrétienne avec d’autres religions aujourd’hui présentes chez nous. Nous devrions nous réjouir de l’occasion qui nous est donnée, non pas de nous concurrencer ou de nous combattre, mais de laisser transparaître à travers nos existences la puissance du message évangélique. Si nous sommes tellement inquiets de cette rencontre, c’est peut-être qu’elle met notre propre foi à l’épreuve.

Quelle est notre foi en Dieu si nous ne sommes plus capables d’être fidèles aux Dix Paroles de l’Alliance que nous partageons avec nos frères juifs ? Comment vivons-nous le respect de Dieu, si nous ne sommes plus capables de respecter le Jour du Seigneur et de le sanctifier par la participation à l’eucharistie ?

Quelle est notre foi en la Parole de Dieu si nous ne sommes plus décidés à transmettre le trésor que nous avons reçu aux nouvelles générations ?

Quelle est notre foi au Dieu créateur si nous méprisons ses créatures en les transformant en objets de plaisir ou de manipulations scientifiques ?

Quelle est notre foi en la fidélité de Dieu si nous ne respectons plus la parole qui nous lie les uns aux autres par le sacrement du mariage et par les engagements que nous prenons dans le sacerdoce et la vie religieuse ?

Toutes ces questions, et d’autres que nous pouvons nous poser, nous mettent devant l’épreuve à laquelle nous sommes exposés pour des hommes et des femmes qui n’ont pas encore connu le Christ mais qui cherchent honnêtement à mener une vie bonne à partir des lumières qu’ils ont reçues.

Ce jour que nous célébrons est un grand jour de fête qui nous remplit d’espérance. Il nous rappelle que la Nativité du Christ est la manifestation humaine de la miséricorde de Dieu. Et nous nous appuyons sur cette miséricorde pour progresser dans la foi et dans l’amour. Aujourd’hui, Seigneur, malgré nos faiblesses et notre tiédeur, nous voulons venir ici dans cette magnifique cathédrale pour t’adorer, te bénir et te chanter.

Ce jour est un jour d’espérance. Il ouvre nos yeux et nos cœurs à la multitude des hommes avec leurs espérances et leurs croyances. Il nous rappelle que toi, Seigneur, tu nous envoies pour annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations.

Ce jour est un jour d’espérance. Par la puissance de ton Esprit, tu peux saisir nos libertés, convertir nos cœurs, renouveler notre manière de vivre et faire de nous de vrais témoins de ta présence agissante en ce monde.

Seigneur, que la joie que tu mets en nos cœurs fasse de nous des témoins de la vérité et de l’espérance ! AMEN !

+André cardinal Vingt-Trois,
Archevêque de Paris

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