Vivre

Akira Kurosawa

Paris Notre-Dame du 23 février 2023

Chaque semaine, une œuvre cinématographique est présentée par le P. Denis Dupont-Fauville, afin de prolonger la réflexion et adopter une autre perspective sur le thème choisi et abordé par Mgr Bernard Podvin le dimanche qui suit.

Dieu fait du neuf aujourd’hui – Ouvrons les yeux !

« Ouvrons les yeux » nous invitent, cette année, les Conférences de Carême… Proposer un autre regard, voilà la démarche suivie par Paris Notre-Dame tout ce temps de Carême. Chaque semaine, une œuvre cinématographique est présentée par le P. Denis Dupont-Fauville, afin de prolonger la réflexion et adopter une autre perspective sur le thème choisi et abordé par Mgr Bernard Podvin le dimanche qui suit.

Renaître ?

© Tōhō

« Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (Jn 3, 4). La question de Nicodème trouvera une réponse éclatante dans la lumière de la résurrection et dans la communication de la vie divine par le baptême à une humanité qui semblait destinée à la mort. Mais elle reprend elle-même une interrogation lancinante, commune à toutes les civilisations, qui parfois débouche sur des avant-goûts de résurrection. Témoin le chef d’œuvre Vivre d’Akira Kurosawa (1952) [1].

Un petit fonctionnaire japonais, se découvrant condamné par un cancer, décide de “vivre” enfin. Dépassant l’indifférence de proches auxquels il avait pourtant tout sacrifié, la tentation du confinement désespéré ou l’illusion des plaisirs sans consistance, il consacrera le temps qui lui reste, malgré les forces de pouvoir et d’argent, à faire surgir un jardin public où les enfants de son quartier pourront jouer et grandir.

Nombre de séquences sont inoubliables : les procédures administratives proprement mortifères, le mensonge “compassionnel” du corps médical évitant un échange véritable, la cérémonie des obsèques où la vérité se fait jour au fur et à mesure des témoignages…

Trois scènes, notamment, justifient chacune de voir le film. D’abord celle où le héros hébété et sourd déambule dans la rue, avant de frôler un accident et de renaître au fracas du monde environnant, dont le son nous transperce comme le cri d’un nouveau-né. Puis le moment où il comprend, devant un lapin mécanique et le rire d’une jeune femme, que la joie d’un petit donne une raison de vivre, échappant à un bar rempli de chants d’anniversaire. Enfin la miraculeuse séquence de son départ, seul sous la neige, fredonnant un refrain d’enfance au rythme d’une balançoire, illuminé par la joie d’avoir donné plus qu’il n’aurait jamais conçu.
Oui, même quand on est vieux le négatif peut devenir lumineux [2] et le quotidien se découvrir habité de sourires d’éternité, ouvrant la voie à ceux qui nous succèderont. Sans être en rien chrétien, Kurosawa nous aide, comme tout génie, à acquérir un regard plus lucide sur notre époque et plus émerveillé encore sur ce que le Christ nous apporte.

Père Denis Dupont-Fauville


Lire le Texte de la conférence de carême de Notre-Dame de Paris du 26 février 2023.

[1Un remake d’Oliver Hermanus est sorti fin 2022.

[2Comme le suggère le premier plan du film ! Les trouvailles visuelles abondent, jamais gratuites.

Cinéma