L’Église
Catholique
À Paris

Chronologie de la théorie du genre

Des études de genre à la théorie du gender, rétrospective d’un demi-siècle d’évolutions sociales et d’étapes législatives en France.

1935 : l’idée d’une distinction entre sexe biologique et sexe social apparaît chez l’anthropologue Margaret Mead qui conclut sa célèbre étude sur le sexe et le tempérament dans trois sociétés primitives ainsi : « Les traits du caractère que nous qualifions de masculins ou de féminins sont, pour nombre d’entre eux, sinon en totalité, déterminés par le sexe d’une façon aussi superficielle que le sont les vêtements, les manières et la coiffure qu’une époque assigne à l’un ou l’autre sexe. [1] »

1955 : Le psychiatre néo-zélandais John Money emploie pour la première fois le terme de "gender", (affirmant que des différences sont socialement construites entre hommes et femmes [2] ) et lance des études sur la chirurgie de réattribution sexuelle.

1968 : Robert Stoller publie en 1968 Sex and gender, synthèse du travail effectué à la Gender Identity Research Clinic en Californie. La finalité de ce savoir est certes thérapeutique mais il contribue à rejoindre les travaux des ethnologues en manifestant l’écart possible entre les données biologiques et les représentations sociales influençant le vécu [3].

1972 : la sociologue Anne Oakley, dans Sex, Gender and Society affirme que les processus de socialisation déterminent les attributs psychologiques et culturels, masculins ou féminins des individus. Elle ouvre la voie un usage intensif de la distinction entre sexe et genre dans une volonté de dénaturaliser la domination masculine, porté par les mouvements féministes.

1990 : parution de Gender Trouble [4], livre de l’américaine Judith Butler, professeur de littérature à Berkeley et philosophe féministe. Premier ouvrage grand public sur la question, traduit en plusieurs langues et vendus à plus de 100 000 exemplaires, il vise à supprimer tout référent permettant de fonder une norme sexuelle . « Il n’y a pas de genre plus “propre” à un sexe qu’à l’autre et qui serait propriété culturelle de ce sexe. [5] »

1995 : au sommet de Pékin, sous l’égide de l’ONU, le mot "gender" apparaît pour la première fois dans un texte officiel qui ne donne pourtant pas de définition du terme. Un programme d’action donne la priorité au "gendermainstreaming" (intégration transversale de l’égalité femmes-hommes dans toutes les politiques). Les 4 entités de l’ONU dédiées à la femme (aujourd’hui regroupées au sein de ONU Femmes) s’emploieront dorénavant à diffuser systématiquement l’utilisation du terme "genre" dans leurs publications et documents sans force juridique contraignante.

2000 : une directive de l’Union Européenne reconnaît « l’orientation sexuelle » comme critère de discrimination.

2002 : sommet mondial du développement durable de Johannesburg. Il est demandée aux Etats l’élaboration d’indicateurs d’égalité femmes-hommes, d’une information "sexospécifique".

2005 : publication de la traduction française du livre de Judith Butler, Trouble dans le genre.

2009 : l’idée de discriminations fondées sur "l’identité de genre" apparaît dans un rapport parlementaire européen.

2010 : l’Institut d’études politiques (Sciences-Po Paris) décide d’enseigner la théorie du genre à ses élèves, en créant la "Queerweek", la semaine du genre et des sexualités.

Septembre 2011 : inscrite officiellement dans les nouveaux programmes de SVT de Première (S, L et ES), la théorie du genre fait désormais partie de l’enseignement obligatoire des lycées français.

2012 : au sommet de Rio de Janeiro, le groupe de contact français « Genre et développement soutenable » aborde la question du genre comme une des solutions au développement durable. Néanmoins, le genre n’est pas cité explicitement dans la déclaration finale.
En France, naît à l’initiative de l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS, l’Institut du Genre : Groupement d’Intérêt Scientifique qui réunit 30 partenaires institutionnels.

Février 2013 : un amendement, dit Sommaruga, est adopté en commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale incluant l’enseignement de la théorie du genre dans le programme des écoles élémentaires en France. Il est retiré par le Sénat en mai 2013.
Parallèlement, signature par Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, de la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif (2013-2018).

Juin 2013 : le Comité national consultatif des Droits de l’homme publie un avis qui « estime nécessaire une refonte de la législation française concernant l’identité de genre et le processus de changement de sexe à l’état-civil. [6] »

Juillet 2013 : le rapport de Michel Teychenné, visant à faciliter l’accès des associations LGBT aux établissements scolaires, est remis à M. Vincent Peillon, qui déclare que l’éducation nationale prendra toute sa part au « programme d’actions contre les violences et discriminations commises en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. [7] ».

Septembre 2013 : la sénatrice Esther Benbassa dépose un amendement visant à remplacer la notion d’"identité sexuelle" par celle d’ "identité de genre". Rejeté en séance, mais la ministre Najat Vallaud-Belkacem s’engage à faciliter les changements de genre à l’état civil dès 2014.

Janvier 2014 : Le programme « ABCD » de l’égalité est lancé à titre expérimental dans les établissements scolaires de dix académies volontaires. Une généralisation est prévue en septembre 2014, après évaluation des premiers résultats [8]. Il vise à « agir dès l’école primaire pour lutter contre la formation d’inégalités [de traitement, de réussite scolaire, d’orientation et de carrière professionnelle entre filles et garçons] dès le plus jeune âge, en agissant sur les représentations des élèves et les pratiques des acteurs de l’éducation »

Novembre 2016 : Le terme « genre » entre dans le droit français. Il permet de vivre, penser, normer et instituer autrement la condition sexuée.

[1Publiée en français sous le titre Mœurs et sexualité en Océanie p. 219

[2David Haig, The Inexorable Rise of Gender and the Decline of Sex : Social Change in Academic Titles, 1945–2001 » [archive], Archives of Sexual Behavior, avril 2004

[3Traduction française par M. Novodorsqui, Recherches sur l’identité sexuelle, Paris, Gallimard, 1978.

[4Trouble dans le genre, (1990) trad. Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, 2005.

[5Thibaud Collin, Genre : Les enjeux d’une polémique,article de la Revue Communio, Novembre 2011

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse