Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Installation du P. Thibault Verny

Notre-Dame de Lorette - dimanche 25 septembre 2005

Frères et Soeurs, Nous comprenons comment ces quelques versets de l’évangile de saint Matthieu nous mettent en face des choix décisifs de l’existence chrétienne ; ils le font d’une double façon. D’abord en faisant apparaître la différence entre ceux qui disent et ceux qui font. Dans l’évangile selon saint Matthieu, cette différence est particulièrement sensible et soulignée :

"Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, que l’on entrera dans le Royaume des Cieux ; mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux" (Mt 7, 21).

Autrement dit, ce qui est déterminant n’est pas que nous nous réclamions de Dieu mais que nous mettions ses commandements en pratique. Ce n’est pas que nous nous déclarions chrétiens mais que nous vivions en chrétiens ; ce n’est pas que nous nous référions à l’Évangile, ou à l’esprit de l’Évangile, mais que nous mettions l’Évangile en pratique. Plus nous avançons en âge, mieux nous savons combien le passage de l’intention à l’action, le passage de la parole aux actes, suppose une attention, une vigilance, et une capacité de conversion permanentes. Ce passage entre le moment où on se déclare chrétien et le moment où on essaye de mettre en pratique la parole du Christ est l’objet de la conversion de toute notre vie, jusqu’à la dernière minute.

Cette page de l’évangile selon saint Matthieu qui vient d’être proclamée fait aussi apparaître un clivage entre le premier et le second fils. Nous comprenons par les indications que nous donne l’évangile, qu’il faut transposer : ceux qui se déclarent pour la parole de Dieu et qui ne la mettent pas en pratique sont les chefs des prêtres et les anciens, les publicains et les pécheurs sont ceux qui ne se déclarent pas pour Dieu mais qui arrivent à se convertir et à mettre sa parole en pratique. Un passage se fait du premier fils au second, ou du second fils au premier, le passage entre ceux qui font partie de l’Alliance par héritage, mais qui ne laissent pas cette alliance structurer leur existence, et ceux qui sont désignés par l’organisation de la société comme des gens suspects au moins, comme des pécheurs connus, des pécheurs publics, et donc ce sont ceux qui ne sont pas répertoriés parmi les bons destinataires de l’alliance qui vont la mettre en ouvre, tandis que les chefs des prêtres et les anciens qui ont entendu cette alliance jusqu’à travers tous les prophètes, jusqu’à Jean-Baptiste, vont résister à la conversion.

Voilà à nouveau pour nous une lumière sur notre pratique chrétienne. Comment pouvons-nous courir le risque d’accaparer le titre de chrétien sans le vivre, alors que tant d’hommes et de femmes autour de nous aspirent à une parole d’espérance à laquelle ils n’ont pas accès pour toutes sortes de raisons, historiques, sociologiques, culturelles ? Comment pourrions-nous prendre notre parti que l’Évangile ne soit connu et partagé qu’entre un petit cercle et un petit cercle de gens qui le prennent avec des pincettes de peur qu’il ne bouleverse trop leur existence ? L’appel du Christ à faire la différence entre ceux qui font et ceux qui disent est aussi pour nous une élément de vérification, d’éclairage sur notre manière de vivre en chrétien.

En confiant la responsabilité pastorale de votre communauté à Thibault Verny et aux deux prêtres qui l’accompagnent, Antoine et Xavier, vous mesurez bien que nous avons essayé de faire un acte courageux. Cela nous arrive pas tous les jours, mais cela nous arrive quelquefois tout de même, quand on a la responsabilité d’une communauté. Cet acte courageux c’était mesurer combien le départ du P. Bernard Quéruel pouvait être un traumatisme pour cette communauté, en tout cas une perte importante. Et il nous a semblé qu’il fallait vous aider à vivre cela, non pas simplement sous le mode du deuil, en disant : "On avait un bon curé, on nous l’enlève, bon, c’est la vie, on va essayer de vivre sans lui", mais en vous disant : "il faut que ce soit non seulement l’occasion de continuer ce qui a été commencé depuis tant de générations, mais même une occasion de renouveau". Il faut que le départ de Bernard Quéruel ne soit pas simplement un acte de deuil et de tristesse mais que ce soit une opportunité pour tous, pour chacun de dire : "On est appelé à faire un nouveau pas en avant". Pour manifester notre désir d’appeler votre communauté si riche et si dynamique à faire ce pas en avant, nous avons voulu mettre en place une équipe qui puisse stimuler ce dynamisme de la foi et qui puisse appeler le plus possible de chrétiens à la mission qui est la leur.

Nous avons voulu aussi que ces prêtres acceptent de vivre ensemble avec le Père Etienne Damoiseau, dont on peut dire sans injure, qu’il est un « ancien des jours » quand même, - même si c’est un ancien qui tient le coup -, avec le Père Charbel qui concélèbre ici, une véritable vie de communauté. Si nous voulons susciter entre les chrétiens les relations fraternelles qu’évoquait l’épître aux Philippiens tout à l’heure, il faut déjà que nous essayons de le faire entre les prêtres qui ont la charge de la communauté. Il ne s’agit pas simplement pour eux de vivre sous le même toit, de partager des services communs par esprit d’économie, mais vraiment d’entrer dans une vie fraternelle de prière et d’échanges, et à travers cette vie fraternelle d’engager pour toute la communauté un renouvellement des relations des membres les uns avec les autres. Comme vous le verrez au long de la célébration, comme nous l’avons fait déjà à l’instant pour la lecture de l’Évangile, les différents aspects de la mission pastorale vont être détaillés, selon le plan bien connu du Concile Vatican II. Le Concile définit le ministère par les trois charges d’enseigner, de sanctifier, et de gouverner. L’enseignement, c’est l’annonce de l’Évangile et son commentaire, la profession de la foi telle que nous allons la faire tout à l’heure ; la sanctification, c’est la vie sacramentelle telle qu’elle doit être célébrée dans une communauté chrétienne ; le gouvernement, c’est la mise en ouvre des moyens nécessaires pour faire progresser la charité entre les membres d’une communauté.

Frères et Soeurs au début de cette nouvelle période de la vie de votre paroisse, nous pouvons évidemment faire mémoire des curés qui se sont succédés. Vous le ferez mieux que moi. J’ai évoqué Bernard Quéruel, Jean Courtes-Lapeyrat, il y en eut plusieurs auparavant, mais j’ai peur d’en oublier ; je vous laisse donc le soin de faire la liste. Nous les associons à notre action de grâce et à notre prière. Et nous prions avec confiance les uns pour les autres, pour que, comme le Pape Benoît XVI nous y a invités dés le début de son pontificat avec insistance, nous développions dans nos communautés chrétiennes la capacité de nous appuyer les uns sur les autres, de porter les fardeaux les uns des autres, et de devenir ainsi mieux capables de rendre témoignage à l’Evangile dans notre société.

+ A. VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

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