Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Ordinations des Diacres permanents

Cathédrale Notre-Dame de Paris - samedi 7 octobre 2006

Frères et Sœurs, chers amis. En traversant tout à l’heure notre assemblée je ne pouvais manquer de porter en imagination, et c’était vraiment de l’imagination historique, sinon de la science fiction, ce que pouvait être la communauté chrétienne de Paris au temps de saint Denis. Quelques centaines d’hommes et de femmes, qui peu à peu vont mettre en œuvre l’Évangile du Christ pour arriver, de nos jours, à ce corps imposant et vivant que représente l’ensemble des membres de notre Église à travers l’immense capitale qu’est notre ville.

Quand, à l’instant, je voyais la procession des diacres traverser votre assemblée en apportant l’Évangile, je voyais que cette procession liturgique qui nous permet de solenniser l’entrée de la Parole de Dieu au cœur de notre assemblée était le symbole du ministère que nous sommes appelés à accomplir à travers la ville. Certes, nous ne portons pas l’évangéliaire en procession à travers les rues de Paris. Mais l’Évangile de Dieu n’est pas d’abord un livre, c’est une parole écrite dans vos cœurs. Nous ne distribuons pas la Parole de Dieu comme des tracts, nous portons la Parole comme un témoignage d’existence qui rayonne à travers la vie de chacun des membres de notre Église. Si bien que tout au long de nos journées, partout où nous sommes, dans les lieux de travail, dans les quartiers, dans les lieux de loisir, dans les lieux de sport, dans les lieux de rencontre, dans les familles, chacun de nous porte l’Évangile du Christ. Et notre ministère, qui a été signifié à travers cette procession, est le sacrement qui soutient ce témoignage de l’Évangile.

Nous sommes ordonnés pour manifester la puissance de Dieu à l’œuvre à travers la pauvreté des existences humaines, pour attester que ceux qui se réclament du Christ font partie de notre Église, pour soutenir, encourager, raviver le témoignage des chrétiens, accompagner toutes les situations dans lesquelles ils sont engagés, par leur existence, à manifester la présence du Ressuscité.

Ainsi, chers amis que je vais ordonner à l’instant, le ministère que vous recevez prend évidemment, - et il ne peut pas en être autrement -, une figure liturgique. Cette figure liturgique est apparue dès l’instant où vous êtes présentés revêtus d’une aube pour accepter l’appel au diaconat. Mais cette figure liturgique de votre ministère est liée à la figure liturgique de l’Église qui est rassemblée comme corps, comme un corps organisé dans lequel il y a des fonctions, des missions différentes, mais rassemblée comme corps pour signifier la vitalité de l’Évangile dans le monde.

Notre action liturgique, - je veux dire l’action liturgique de l’Église entière -, et a fortiori l’action liturgique des ministres dans l’acte ecclésial, n’est pas une fin en soi. On n’ordonne pas des prêtres et on ordonne pas des diacres pour assurer le spectacle, excusez-moi l’expression. L’action liturgique de l’Église, c’est l’hommage de l’humanité porté par les croyants à la face de Dieu pour lui rendre gloire. L’action liturgique de l’Église, c’est le témoignage de la présence active de Dieu en ce monde pour renouveler l’existence des hommes. Si bien que nos eucharisties sont toujours le rassemblement d’une réalité vécue à travers le tissu de l’existence humaine telle que nous la connaissons, telle que nous pouvons en faire mémoire, et plus largement encore telle que nous l’ignorons, mais telle que nous l’assumons par notre désir de récapituler toutes choses dans le Christ ainsi que nous y invite saint Paul. Notre action liturgique, c’est la manifestation de la tendresse de Dieu à l’égard de l’humanité, qui s’accomplit par la vocation d’un peuple choisi pour faire alliance avec Dieu, et cette « alliance nouvelle et éternelle » est ouverte par définition sur la multitude.

Ainsi votre service liturgique exprime la récapitulation des contacts de toutes sortes que votre existence comporte naturellement par votre insertion personnelle dans la société, par votre vie familiale, par votre place dans une communauté chrétienne, par le ministère que je vous confie et qui vous permettra d’entrer en relation avec toutes sortes de gens. Mais votre participation liturgique est aussi une médiation pour que l’action de grâce rendue par l’Église devienne vraiment bonne nouvelle, non seulement pour ceux qui ont la chance et la joie d’y participer effectivement, mais encore pour tous ceux qui en sont tenus éloignés pour des raisons de tous ordres, depuis des raisons pratiques jusqu’à des raisons plus profondes d’ignorance ou de refus. Sortant du cœur de l’amour de Dieu manifesté dans l’eucharistie, serviteurs liturgiques de cette eucharistie, vous devenez témoins de l’amour irradié par l’eucharistie. Ordonnés au service liturgique de l’eucharistie et de la proclamation de la Parole, vous êtes envoyés pour témoigner de l’Évangile et pour soutenir les témoins de l’Évangile. Vous êtes envoyés pour mettre en œuvre la charité divine à travers les institutions humaines et soutenir tous ceux qui s’engagent dans cette action irremplaçable de la mise en pratique de la charité à travers les structures de notre société.

Le diaconat pour le service, n’est donc pas défini simplement par la place que vous occupez dans la liturgie. Il est défini par la place que vous occupez dans l’économie générale du mystère de l’Église et de sa mission qui est de réaliser à travers les temps et les espaces l’acte pastoral du Christ qui livre sa vie pour le salut des hommes.

Votre ministère vous constitue spécialement pour porter cette figure du serviteur. Serviteur souffrant tel que le prophète Isaïe l’a annoncé, serviteur livré tel que le Christ l’a accompli, serviteur glorifié tel que Dieu l’a réalisé. A travers votre manière d’être, votre manière de vivre, votre manière d’être chrétien, votre manière de vivre dans l’Église, à travers les missions qui vous sont confiées, le premier objectif qui doit être le vôtre est comme l’obsession de ce service. Vous le savez : au long des âges, le diaconat a revêtu bien des formes différentes, et aujourd’hui encore, à travers la richesse de l’expérience de l’Église dans le monde, il revêt des formes diverses. Même dans notre petit groupe, dans notre petit corps de diacres parisiens, - il n’est pas si petit que cela mais il n’est pas immense -, nous avons quand même le moyen de manifester bien des manières d’exercer le ministère diaconal. Aucune de ces formes n’épuise la totalité du ministère, aucune des missions que je vous confie n’épuise la totalité du ministère, aucun diacre n’assume la totalité du diaconat. Chacun, selon son histoire, ses talents, ses charismes, ses appels, est capable de porter sa part de cette figure que le Christ a voulu donner à son ministère : se faire le serviteur de tous.

Pour terminer, je voudrais vous inviter tous à une action de grâce très profonde pour la vitalité de notre Église, pour la multitude des hommes et des femmes qui se dévouent au service de cette Église et au service de sa mission, pour la vigueur de vos communautés chrétiennes, pour la richesse de l’appel que Dieu fait retentir à travers ces communautés, appelant les uns et les autres au service nécessaire de son Église. Pour la générosité de ceux qui répondent à cet appel, soit en se proposant pour être prêtre, soit en se proposant pour être diacre pour le service, soit en offrant sa vie dans la consécration religieuse, soit tout simplement en essayant d’être chrétien tous les jours à travers les circonstances de la vie.

Soyons heureux et joyeux de voir que la puissance de l’Évangile agit aujourd’hui pour nous et parmi nous. Soyons remplis d’action de grâce que Dieu aujourd’hui nous associe tous à la manifestation de la vigueur de cet Évangile au cœur du XXIè siècle. Rendons grâce plus particulièrement pour nos trois frères qui vont être ordonnés pour signifier sacramentellement et mettre en œuvre l’amour de Dieu pour le monde.

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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