Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Notre-Dame de Paris – Quatrième dimanche de Pâques – Année C

Dimanche 17 avril 2016 - Notre-Dame de Paris

La figure du Christ, Bon pasteur illustre le modèle du ministère pastoral que Jésus a donné en exemple à son Église. La mission de Jésus parmi les hommes est présentée en référence à l’autorité et à la puissance du Père dans l’Esprit Saint. La mission pastorale confiée aux disciples et à l’Église ne peut être dissociée des relations entre les personnes de la Trinité. Cette mission pastorale est confiée aux ministres ordonnés par l’imposition des mains et le don de l’Esprit Saint. Elle requiert une réponse totale et sans réserve. Les fautes de quelques-uns ne doivent pas masquer le désintéressement et l’élan missionnaire de la plupart. Ainsi se construit l’Église jour après jour à travers l’annonce de la Bonne nouvelle.

- Ac 13, 14.43-52 ; Ps 99 ; Ap 7, 9.14b-17 ; Jn 10, 27-30

Frères et Sœurs,

En ce quatrième dimanche de Pâques, après nous avoir invités à méditer sur les apparitions du Christ ressuscité, la liturgie nous conduit à porter notre regard, notre attention et notre prière sur la figure du Christ pasteur de son peuple. C’est pourquoi, ce dimanche est traditionnellement intitulé dimanche du Bon pasteur, car selon l’évangile de saint Jean, Jésus lui-même dit : « je suis le Bon pasteur, le vrai pasteur qui donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,14). Cette réflexion sur la figure du Christ pasteur nous conduit à comprendre l’organisation et le fonctionnement de notre Église autrement que comme un organisme politique ou un organisme social, dans lequel le pouvoir et la responsabilité, le service de l’ensemble du peuple seraient dévolus à telle ou telle personne pour un temps donné et sans que cela engage sa propre vie. Tel n’est pas le modèle du ministère pastoral que le Christ nous a donné en exemple à travers son histoire personnelle et son interprétation.

Dans ces quelques versets de l’évangile de saint Jean, il nous faut remarquer que Jésus parle de lui-même en se plaçant toujours en référence par rapport au Père. La mission de Jésus parmi les hommes n’est pas son œuvre personnelle, c’est la mission que le Père lui a donné d’accomplir et c’est en référence à l’autorité et à la puissance de ce Père que Jésus agit à l’égard des hommes. S’il se désigne comme le pasteur, ce n’est pas pour se substituer à la présence du Père mais au contraire pour donner une image concrète de cette présence. Le pasteur, c’est celui qui a soin du troupeau, celui qui veille sur le troupeau et sur chacun des membres du troupeau. D’une certaine façon, le seul pasteur, c’est Dieu : Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu l’Esprit. C’est dans cette relation intime entre le Fils et l’Esprit Saint que la vigilance, l’attention de Dieu à l’égard des hommes s’expriment et se réalisent. La mission pastorale que Dieu confie à ses disciples et à son Église ne peut donc pas être dissociée de cette relation trinitaire du Père, du Fils et de l’Esprit. En tout cas, elle ne peut pas être isolée comme une simple fonction organique. L’Église, comme toutes les institutions humaines, requiert une certaine organisation interne pour son fonctionnement, mais ce n’est pas par ce biais que Jésus définit la fonction pastorale. Il définit la fonction pastorale par le lien qui l’unit au Père et par le lien qu’il veut établir avec les membres de son troupeau. De même que lui et le Père ne font qu’un, de même il veut ne faire qu’un avec les membres de son troupeau et manifester cette présence active de Dieu au milieu des hommes.

Peu à peu, au cours du temps, cette mission pastorale a été attribuée à ceux qui recevaient le don de l’Esprit Saint, non pas comme une qualification ou un métier mais comme la marque du don de Dieu. Ainsi, les évêques, les prêtres et les diacres, appelés par Dieu lui-même, ordonnés par l’imposition des mains et le don de l’Esprit Saint, participent de la mission pastorale de Jésus à l’égard de son Église, et de sa mission pastorale à l’égard de l’humanité entière. Cette participation requiert de leur part qu’ils soient donnés tout entier, sans réserve, au service qui leur est confié. Nous devons reconnaître avec force que la plupart – pour ne pas dire la quasi-totalité des prêtres – exercent cette mission dans le sens que Jésus leur a donné. Que quelques-uns soient déficients et abusent de leur situation pour se servir du peuple plutôt que le servir, pour abuser de ceux qui leur sont confiés, c’est une grande douleur et une grande tristesse pour nous tous, mais c’est aussi en contrepoint par rapport à l’immense majorité des prêtres qui exercent avec amour et désintéressement leur ministère. Ce ministère et son contenu nous sont précisés par les lectures que nous venons d’entendre. Il s’agit d’annoncer la Bonne nouvelle, d’annoncer la parole de Dieu, non seulement à ceux qui l’ont déjà reçue, comme c’était le cas pour les Juifs au moment où se situe le récit des Actes des apôtres, comme c’est le cas pour nous aujourd’hui, mais encore à tous ceux qui ne l’ont pas encore accueillie. C’est une parole destinée à rejoindre les extrémités de la terre, ou pour reprendre le vocabulaire du Pape François, à aller aux périphéries existentielles, c’est-à-dire rejoindre ceux qui sont loin de cette Bonne nouvelle. C’est pourquoi, ce ministère des prêtres doit toujours être marqué par l’élan missionnaire qui vise à rejoindre l’humanité dans sa plus grande dimension et qui ne se laisse jamais enfermer dans les limites actuelles et connues du peuple déjà rassemblé.

C’est une mission universelle, c’est une mission de rassemblement qui vise à mettre progressivement en œuvre la prophétie annoncée dès le Premier Testament et reprise par le Livre de l’Apocalypse du rassemblement de tous les peuples, de toutes les cultures, langues, tribus, nations. Tous ceux qui peuplent la terre, qui l’ont peuplée et qui la peupleront sont appelés à entrer dans cette relation de confiance avec le Père universel, avec le Pasteur que Dieu nous a donné, et avec ceux qu’il a envoyés pour rassembler le peuple nouveau.

Cette espérance de la dimension universelle de l’annonce de la Bonne nouvelle est source d’une grande joie, comme nous le voyons dans le récit des Actes des apôtres. Chaque épisode est conclu par un refrain : tout le monde était dans l’admiration, dans la joie, dans l’action de grâce en voyant les prodiges, non pas de ce que les apôtres pouvaient faire, mais de ce que l’Esprit Saint faisait à travers leur présence et leur action. C’est à cette action de grâce que nous sommes invités jour après jour, et spécialement dans notre célébration dominicale, à nous réjouir que la parole de Dieu soit encore proclamée aujourd’hui, non seulement pour nous ici et maintenant, mais au-delà des limites visibles de notre Église, à travers le monde entier. Que cette parole puisse toucher les cœurs et rassembler le peuple que Dieu veut construire comme sa famille ! Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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