Interview de Mgr Michel Aupetit par Paris Match

Hors-série « Au secours de Notre-Dame » de Paris Match – 4 décembre 2019

Interview réalisée par Caroline Pigozzi.

Monseigneur, où étiez-vous quand l’incendie de Notre-Dame a débuté ? Avec qui étiez-vous ? Qui vous a prévenu et comment avez-vous réagi ?

J’étais à l’archevêché avec la responsable de la communication du diocèse. Elle a reçu sur son portable une première alerte, une photo de la cathédrale avec un filet de fumée. Nous n’avons pas pris immédiatement la mesure de la gravité de ce qui se passait, puis nous avons reçu des photos de plus en plus inquiétantes… Du coup nous avons rejoint la préfecture de police, face à la cathédrale, où le général Gallet nous a donné une idée précise de la situation, ce qu’il a fait ensuite heure par heure. Je salue à nouveau le travail exceptionnel des pompiers. J’ai immédiatement prié pour qu’il n’y ait pas de victimes humaines, et le Seigneur m’a exaucé.

Pouvez-vous me parler de la reconstruction de Notre-Dame ?

Maintenant que la loi a été votée le 16 juillet, tout est clair. Tant sur le plan de la restauration, de la collecte, de l’utilisation des dons, que de leur défiscalisation… Il y a désormais un établissement public à caractère administratif dont le président Macron a choisi comme responsable le général Georgelin et nous avons un siège au Conseil détenu par Monseigneur de Sinety, qui m’y représente.

Saviez-vous que le bureau du général Georgelin à l’Elysée se trouve dans l’ancienne chapelle de Charles de Gaulle ?

Il est donc béni de Dieu, ça va nous aider !

Comment suivez-vous cela ?

On se réunit régulièrement et j’ai nommé une commission pour réfléchir à la réhabilitation de la cathédrale. De multiples questions se posent : comment l’occuper une fois restaurée et comment participer à l’aménagement du parvis, de la place, de l’Hôtel-Dieu, et de l’Île de la Cité ? Nous sommes associés à cela. J’ai demandé par ailleurs au Père Gilles Drouin qui enseigne la liturgie à l’Institut catholique de Paris et a écrit une thèse sur “architecture et liturgie” de travailler là-dessus en atelier avec des théologiens, des historiens et le recteur de Notre Dame.

Commencer les travaux de restauration implique de poser un diagnostic précis des lieux. Nous ne connaissons pas exactement la solidité de la pierre qui a été soumise à une température de mille degrés entraînant un risque de délitement. Sans compter le problème de l’échafaudage de cinq cents tonnes au-dessus de la cathédrale qu’il va falloir démonter pièce par pièce puisqu’il a été comme soudé par l’incendie... Nous n’aurons donc pas vraiment une idée du prix et du temps que cela va prendre avant le printemps 2020. Nous en sommes toujours à la consolidation. Les travaux ne commenceront pas avant 2021.

Où avez-vous “migré” provisoirement ?

L’église de l’archevêque est maintenant celle de Saint-Germain L’Auxerrois pour la messe du dimanche soir que je célébrais auparavant à Notre-Dame. Située à côté du Louvre au centre de Paris, c’est-à-dire bien placée et également vaste, elle peut accueillir la maîtrise de Notre-Dame. Très lumineuse, elle est idéale pour la télévision. Ainsi notre chaîne “KTO” peut-elle filmer quotidiennement les vêpres et autres événements.

Un archevêque tout terrain en somme ?

Ma fonction est d’ouvrir les portes du Ciel et d’annoncer l’Évangile de multiples façons, mêmes les plus imprévisibles comme vous pouvez le constater. Ce qui signifie bien sûr aller dans les églises de la capitale. Je les sélectionne en fonction de celles où les fidèles n’ont pas rencontré depuis longtemps l’archevêque de Paris. Cela me permet de rencontrer les membres du conseil pastoral. Je me rends aussi à certains événements particuliers tels les anniversaires de la dédicace des églises. Je me réjouis de cette diversité, non seulement architecturale, mais plus encore humaine. J’aime passer de communautés populaires à des quartiers plus aisés, plus traditionnels… Quand je vais de Saint-Michel des Batignolles à l’église Saint-Germain des Prés ou à Saint Honoré d’Eylau au cœur du 16e cossu et le dimanche suivant à Sainte-Claire en haut du 19e arrondissement pour dire la messe, c’est aussi différent qu’enthousiasmant.

Les fidèles ne se sentent plus orphelins ?

Les habitués de Notre-Dame sont souvent des personnes simples, des pauvres qui avaient de l’affection pour cette église, la leur. On voit bien à travers l’émotion que cela a suscité dans le monde et près de nous, un choc, une sidération. Aujourd’hui ces gens viennent à Saint-Germain-l’Auxerrois, je les invite à s’y rendre toujours plus nombreux, ainsi qu’à Saint-Sulpice pour les grands événements.

Vous identifiez-vous à Notre-Dame de Paris ?

C’est le lieu où l’évêque enseigne la Parole de Dieu. Or si je dois maintenir un équilibre entre le spirituel et le temporel, ma mission essentielle est d’être témoin de l’avenir de l’homme et de sa vocation à la rencontre de Dieu. Ce qui n’empêche pas néanmoins que j’entretienne de bonnes relations avec les hommes politiques. Nous devons cultiver le souci du bien commun. La dignité de l’homme est de rappeler comme le fait le Pape François que la force d’une société se mesure à sa capacité d’accueillir les plus fragiles.

N’y a-t-il pas justement un décalage entre le message du Pape François et les sommes que vont demander la reconstruction de Notre-Dame ?

Cela n’a aucun rapport. J’insiste là-dessus car Notre-Dame est d’abord l’église des pauvres. Récemment un petit garçon m’a interrogé : “As-tu reçu mon euro ?” Un autre m’a raconté : “Pour mes huit ans, j’ai demandé à mes amis de ne pas me faire de cadeau mais que cet argent serve à Notre-Dame.” Les pauvres sont chez eux dans la cathédrale. N’importe qui peut y entrer. C’est pourquoi il y a eu un tel élan dans tous les milieux. À côté des grands donateurs fort généreux grâce auxquels on va pouvoir restaurer Notre-Dame, d’autres s’y sont joints. Quarante-six mille personnes ont donné déjà trente-six millions d’euros. Ce n’est pas rien ! Et je viens de signer deux conventions, avec la famille Arnault et la famille Pinault, afin que ces deux grands donateurs puisse être informés des étapes de la reconstruction et de l’affectation précise de leurs dons.

Comment avez-vous rencontré Bernard Arnault ?

Pour le remercier et mieux le connaître, Monsieur Arnault est venu déjeuner à l’archevêché.

Revenons à votre mission sociale.

Si la Fondation Notre Dame est essentiellement faite pour s’occuper des pauvres, elle n’a pas attendu l’incendie pour être réactive. Nous organisons à travers “Hiver solidaire” seize mille nuitées à Paris pour ceux qui sont dans la rue. Nous assurons près de cinq cent mille repas par an. Notre Fondation a d’abord comme vocation de s’occuper des “accidentés” de la vie. Nous avons aussi au-delà de la nourriture et du logement un volet éducatif culturel pour les enfants. Telle est la fonction première de notre Fondation, je tiens à le souligner. D’ailleurs, il ne faut pas opposer ces deux thèmes, l’un est notre quotidien, l’autre a déclenché un émouvant mouvement de solidarité mondiale. Tel par exemple celui d’un modeste chauffeur de taxi qui venant me chercher à l’aéroport de Rome a refusé que je le règle en décrétant : “Non, c’est pour Notre-Dame !” Tout cela démontre l’hommage unanime d’une conscience universelle. On avait auparavant créé aux États-Unis “Friends of Notre-Dame” pour réparer la flèche. C’était plus laborieux. Là, ça s’est passé autrement…

Vous avez pris position vigoureusement contre le projet de loi bioéthique, sans participer à la Manifestation du 6 octobre. Quelle est votre position ?

Ma position est toute simple. Elle est celle du bon sens et celle de l’Évangile qui privilégie toujours les plus petits. Par ailleurs je suis médecin. La médecine est faite pour soigner, pas pour combler les désirs de quelques-uns. L’enfant est un don à recevoir, pas un dû à fabriquer. Il a le droit de connaître son père et sa mère et d’avoir accès à ses origines afin de déployer les ailes de sa liberté. L’absence d’un père est une blessure que l’on peut subir, mais il est monstrueux de l’infliger volontairement. Je me réjouis du succès de la manifestation citoyenne de ceux qui défendent la nature même de la vie et j’appelle chacun à réagir en conscience pour que cesse cette dérive mercantile de pays nantis, qui se payent le luxe d’organiser le trafic des plus petits d’entre les hommes.

L’ancien médecin pose quel diagnostic pour l’avenir ?

Je prends le pouls des gens. J’ai pour cela demandé une étude sociologique et démographique de la ville de Paris. Il paraît important de voir ce qui va se passer dans les cinq ou dix années à venir dans la capitale car 1,6 % des habitants quitte Paris, devenu trop cher pour eux. Cela signifie s’adapter à ces évolutions socio culturelles quasi inéluctables. Comment s’ajuster quartier par quartier, anticiper, aider les gens, prévoir au lieu de devoir subir.

Revenons au cœur de votre “métier”, combien avez-vous ordonné de prêtres cette année ?

Six pour la capitale et nous avons plus de 80 jeunes au séminaire. Paris compte de nos jours cinq cent cinquante prêtres.

Le Pape François viendra-t-il chez nous ?

Il n’y songe pas trop, me semble-t-il, préférant privilégier les pays qui ont vraiment besoin de lui ; vous le savez bien ! Un jour, peut-être… s’il a l’occasion d’entrer dans Notre-Dame…

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