Mourir dans la dignité ?

Le 4 décembre 2014

P.N.-D. – Quel point de vue avez-vous développé sur la question du « mourant parfait », lors de la conférence débat du 2 décembre au Collège des Bernardins ?

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Jacques Ricot, docteur en philosophie, spécialisé en éthique médicale.
© D.R.

Jacques Ricot – Spécialisé en éthique médicale, j’ai été confronté à la polysémie de la notion de dignité, avec l’expression « mourir dans la dignité » utilisée depuis plusieurs décennies dans deux sens contradictoires : celui d’interdire à la fois l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie comme le propose la loi Leonetti de 2005, et celui de pouvoir mourir quand on le souhaite en « bénéficiant » du suicide assisté, voire de l’euthanasie, pour éviter de se voir mourir trop longuement. Notre société considère en effet la bonne mort comme celle rapide, dont on ne s’aperçoit pas, et non celle qui arrive au terme d’une agonie. À mes yeux, le terme dignité revêt trois significations : la dignité intrinsèque inhérente à tout être humain ; la manière dont on se situe par rapport à une norme morale ou à une convention ; et l’exercice de sa liberté. Cette dernière signification est celle utilisée par les partisans de l’euthanasie : pourtant, elle peut entrer en collision avec la première signification. Par exemple, le toxicomane qui est libre de se droguer ne porte-t-il pas de cette façon atteinte à sa dignité première ? Toute liberté n’élève pas l’être humain.

P.N.-D. - En quoi cette question de dignité a-t-elle un lien avec la mort et la perfection ?

J. R. – La question est de savoir si mourir dignement est mourir en respectant simplement la liberté ou mourir en étant soulagé dans sa souffrance et aidé pour vivre jusqu’au bout sa vie d’être humain ? Sous prétexte de vouloir légitiment lutter pour améliorer les conditions de la naissance, de la vie adulte et de la mort, on se révolte contre la finitude de la vie, contre le tragique inéluctable de la condition humaine. Incarnés, nous avons pourtant des limites. Nous ne choisissons pas notre naissance, nous connaissons la vieillesse et la maladie, et bien sûr aussi de grands bonheurs ! Dans notre société sécularisée, l’idéal eschatologique est transféré dans une recherche de perfection ici-bas. En réalité, l’amélioration de notre condition d’homme s’accomplit dans une quête de perfection dans les relations humaines et non pas dans une perfection médicale largement imaginaire. C’est ce que nous avons cherché à montrer dans ce cycle de « questions de médecine ».

P. N.-D. - Les députés Alain Claeys et Jean Leonetti s’apprêtent à rendre une proposition de loi sur la fin de vie. Qu’en attendre ?

J. R. – Deux points risquent de faire couler salive et encre : d’abord les directives anticipées, soit la prise en compte des souhaits du patient concernant sa fin de vie qui, devenant plus contraignantes, pourrait être juridiquement opposables. Ensuite, la sédation que pourrait demander le patient et qui serait irréversible, même s’il n’est pas en phase terminale. Alain Clayes étant partisan du suicide assisté, contrairement à Jean Leonetti, ils pourraient avoir trouvé un compromis pas nécessairement satisfaisant. • Propos recueillis par Ariane Rollier

Plus d’infos sur www.collegedesbernardins.fr

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