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Notre-Dame : « Prendre le temps de l’analyse »

Après l’incendie tragique de la cathédrale Notre-Dame, église-mère du diocèse, le défi de sa restauration se pose, avec plusieurs points d’interrogation. Économe diocésain et directeur général des Ressources financières, Philippe de Cuverville nous livre un premier diagnostic.

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Vue de Notre-Dame de Paris le 17 avril 2019 depuis l’église Saint-Sulpice
© Yannick Boschat

Paris Notre-Dame – Que sait-on de l’état de la cathédrale ?

Philippe de Cuverville – Étant donnés l’écroulement de la voûte de la nef et de la voûte du transept nord, il y a fatalement un risque pour l’ensemble de la structure qui reste fragilisée. En outre, les différents chocs thermiques dus à la chaleur du feu (la température est montée jusqu’à 800°, NDLR), et à l’humidité résultant de tonnes d’eau envoyées sur le bâtiment, peuvent impacter fortement la pierre y compris au moment du séchage. Cela va prendre plusieurs semaines avant de déterminer les conséquences de ces éléments sur la structure en particulier sur la voûte restante et sur l’architecture qui surplombe l’orgue, actuellement fragilisée. Avant de parler de restauration à proprement parler, il faut prendre le temps d’une analyse très fine. Le transept nord face à la Maison diocésaine a notamment besoin d’être solidifié. Il faut rappeler aussi que dès avant l’incendie, en plus de la flèche, plusieurs arcs-boutants du chevet, notamment le n° 10, étaient déjà en rénovation urgente.

P.N.D – Quelle est l’urgence ?

P. C. – Au-delà de l’audit, comme le disent de nombreux architectes, l’urgence est certainement d’étanchéifier l’édifice par la mise en place d’un parapluie, sorte de grande toiture protectrice, qui pourrait permettre, à moyen terme, après restauration de la voûte, de réintégrer l’édifice pour certaines célébrations religieuses. Mais même cela peut prendre des années. Concernant les éléments abîmés mais qui peuvent être sauvés : Grands Mays, haut-relief du chœur… Ils sont actuellement déposés pour partir en rénovation.

Une fois les lieux sécurisés, les choix architecturaux et technologiques vont – et font déjà – l’objet de débat. La nouvelle flèche sera-t-elle conçue en architecture moderne ou identique à celle de Viollet-le-Duc ? Comment reconstruire la charpente en partie multiséculaire ? En béton, ou au contraire, refaire à l’identique la fameuse forêt, à condition de trouver le bois nécessaire (estimé à 1300 chênes, NDLR) ? Sachant que l’utilisation des techniques traditionnelles anciennes prendraient beaucoup de temps… Le pilotage efficace de ces futurs travaux est aussi un défi.

P.N.D – En voyant les images de l’intérieur de la cathédrale dévastée, quel est votre sentiment ?

P. C. – C’est d’abord un effondrement, matériel et personnel, car nous avons vécu, en diocèse, énormément de célébrations et de moments forts au sein de notre cathédrale. Et en même temps, nous pouvons constater des choses étonnantes comme cette Vierge du Pilier, toujours debout, contemplant les dégâts. Et, à quelques mètres du maître-autel plein de cendres, cette croix dorée et glorieuse, siégeant au-dessus de l’ensemble. On peut donc être totalement désolés, et en même temps, dans la contemplation de quelque chose qui nous dépasse. C’est comme si notre cathédrale nous envoyait un signe fort. Cela rejoint l’avalanche de dons reçus du monde entier par le biais de nos deux fondations de mécénat privé, déjà existantes, abritées par la Fondation Notre-Dame [1]. L’élan de prière ajouté, tout cela nous donne des signes particulièrement beaux en cette veille de Pâques, alors que l’Église est secouée par ailleurs.

Propos recueillis Laurence Faure

[1Dès 2018, le diocèse de Paris a ouvert deux fondations de mécénat privé, abritées par la Fondation Notre Dame : le département Notre-Dame de la fondation Avenir du Patrimoine à Paris, et Friends of Notre-Dame de Paris (États-Unis).

Pour faire un don : onglet « Donner pour la cathédrale » sur fondationnotredame.fr

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