Pour sortir de la crise, penser de nouveaux paradigmes

Comment construire une société plus juste ? En faisant le pari d’un changement complet de paradigmes, le département Politique et religions du Collège des Bernardins lance un séminaire de recherche dédié au thème de la transition spirituelle. Une première journée d’étude a eu lieu le 17 octobre dernier.

Antoine Arjakovsky, historien, co-directeur du département Politique et religions du pôle de recherche du Collège des Bernardins.
Antoine Arjakovsky, historien, co-directeur du département Politique et religions du pôle de recherche du Collège des Bernardins.
© D.R.

Paris Notre-Dame – Pourquoi une telle initiative ? Quelles sont les convictions profondes qui animent l’équipe de chercheurs qui vous entoure ?

Antoine Arjakovsky – Notre conviction, c’est que le monde traverse une période extrêmement critique. On dit souvent que nous vivons en ce moment une crise à la fois sanitaire, sociale, économique et écologique. Nous, nous allons plus loin. Nous disons que c’est également une crise intellectuelle, morale et même spirituelle. Or les crises sont à la fois des constats d’échecs mais aussi des moments d’opportunités pour penser de nouveaux paradigmes. Et notre intuition – que nous voulons vérifier avec une cinquantaine de chercheurs, philosophes, théologiens, physiciens, etc. – c’est que nous sommes en train de passer d’une conscience moderne et post-moderne à une conscience plus spirituelle. Il est important de réaliser cela, afin de pouvoir nous donner les moyens d’avancer vers une conception plus spirituelle de l’État, de la société, et voir comment les traditions religieuses, les différents courants intellectuels ou les institutions universitaires, peuvent contribuer à faciliter ce passage.

P. N.-D. - Qu’entendez-vous par transition spirituelle ?

A. A. – Certains comprennent cette expression de façon un peu « mystico-gazeuse », d’autres comme quelque chose d’impossible, car selon une certaine conception de la laïcité, l’État ne peut pas avoir de spiritualité, il ne peut avoir que des valeurs. Le 17 octobre, dans mon discours d’ouverture, j’ai expliqué que cette transition spirituelle vers une société plus juste, plus fraternelle, plus respectueuse de l’environnement est d’abord une transition intellectuelle. C’est une nouvelle épistémologie. Selon nous, l’intelligence doit être plus personnaliste, c’est-à-dire plus centrée sur la notion de personne, concept travaillé, entre autres, par Emmanuel Mounier dans les années 1930. La personne, c’est non seulement l’individu mais aussi l’être en relation qui ne s’accomplit que par et pour autrui. Le deuxième point de cette transition spirituelle, c’est que notre vision du monde, notre compréhension des sciences, est binaire. On ne pense qu’en mode ouvert ou fermé. Or l’intelligence humaine, personnaliste, est pour nous nécessairement ternaire. C’est capital, car sans cette étape intermédiaire nous n’avons pas de médiation, pas de corps intermédiaires, si importants dans la doctrine sociale de l’Église et pour toute vie sociale équilibrée. Troisième point : l’État, depuis Hegel, était compris comme l’esprit du peuple en voie d’accomplissement. Un État sans obligation morale. Notre conception de l’État est différente. Il doit être le lieu d’une sagesse qui, pour les chrétiens, trouve son origine dans la Bible. Or, la sagesse est porteuse de vertus : l’humilité, la justice, la miséricorde... Comment, dans les politiques publiques aujourd’hui, au niveau national et international, pouvons-nous mettre en équilibre ces différentes vertus ? C’est ce fil rouge qui va nous guider tout au long de cette année de séminaire. Comment cet esprit de sagesse, cette dimension personnaliste et cette compréhension ternaire de l’intelligence peuvent nous aider à formuler de nouvelles propositions, qui puissent recevoir l’assentiment non seulement des Églises mais aussi de l’en- semble de la société. L’objectif, à l’issue de ce séminaire, est de pouvoir faire des propositions audacieuses sur un certain nombre de sujets économiques, sociaux, politiques et culturels afin de peser sur le débat public, en vue des élections présidentielles et législatives de 2022.

Propos recueillis par Priscilia de Selve @Sarran39

  • Programme de l’année de séminaire : www.collegedesbernardins.fr/ recherche/quels-nouveaux-paradigmes-pour-construire-une-societe-juste
  • Un livre à paraître en 2021, présentant les principales propositions élaborées au cours de la journée d’étude du 17 octobre et du séminaire.
  • Le colloque conclusif est prévu le 26 janvier 2022.
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Tél : 01 78 91 92 04
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