Sans-abri, ancien détenu : ils nous content le chemin de croix

Gérard vit depuis vingt ans dans la rue. Il participe au chemin de croix organisé par St-Leu St-Gilles (1er) et l’association Aux captifs la libération, le Vendredi saint. Claude, lui, est un ancien de détenu, aujourd’hui paroissien engagé de St-Dominique (14e). Pour Paris Notre-Dame, ils livrent leurs méditations, brutes et denses, sur la passion du Christ.

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Chemin de croix paroissial de St-Antoine des Quinze- Vingts (12e), mars 2013
© Yannick Boschat

Première station : Jésus est condamné à mort

Claude : Jésus a été condamné, injustement. Je n’ai jamais aimé sa condamnation : elle me rappelle ce que j’ai vécu avant de purger ma peine en prison. Le Christ a connu ça, lui aussi : un jugement de la société qui n’était pas juste. Comme moi.

Deuxième station : Jésus porte sa croix

Claude : Je pense que Jésus a une préférence pour ceux qui souffrent, qui sont vulnérables, écrasés sous le poids de leurs croix. Jésus aurait-il été gilet jaune ? On ne peut pas savoir mais je pense quand même que oui. Avec une nuance : le Christ ne regarde pas qui a fait quoi : qu’ils soient riches ou pauvres, il aime les hommes. Il est un exemple pour moi. Lui, il est capable de tendre l’autre joue et il nous demande : « Aimez vos ennemis »… Chez moi, il y a des limites à l’amour, parfois. Lui, il n’en a pas. Mais il m’inspire : quand j’ai une dispute avec un collègue ou quelqu’un de mon entourage, mon réflexe, c’est la bagarre. Alors au lieu d’aller me bagarrer, je vais discuter. Et chacun, après, peut repartir en paix.

Gérard : Le Christ porte ma croix. Est-il la cause de tout ce mal que l’on vit ? Non, je crois qu’il n’y est pour rien. Ce n’est pas à cause de lui que je suis dans la rue. Il est juste là avec moi. Il me cause, et je lui cause. L’autre jour, un matin, Jésus m’a dit : « Gérard, tu passeras une bonne journée. » Et la journée s’est bien passée. Quand je vais manger le soir à la soupe saint Michel, je dis merci Seigneur. C’est grâce à lui, si j’ai à manger une fois par jour, le soir. C’est une évidence, que Dieu est avec nous. Il y a des choses terribles dans le monde, des gens qui vivent des souffrances terribles. Nous on se plaint tout le temps...

Cinquième station : Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix

Gérard : Simon de Cyrène, c’est un saint. Moi ? Non. Un saint, pour moi, c’est un exemple, c’est une personne en qui on peut avoir confiance. Cela fait bien longtemps que moi, dans la rue, je ne fais confiance à personne. Je me méfie même de mon ombre ! Mais un peu comme Simon de Cyrène, j’aime aider mon ami de la rue, qui s’appelle aussi Gérard. Il est en fauteuil roulant. Quelque part, je l’aide à porter sa croix. Et lui aussi. Je l’ai déjà vu pleurer dans mes bras !

Dans le chemin de croix, après Simon de Cyrène, il y a aussi Véronique, celle qui lave le visage de Jésus. Je l’aime beaucoup. C’est une sainte remarquable, il faut oser faire ce qu’elle a fait ! Dans la foule, elle n’a pas eu peur de s’approcher de Jésus, condamné par tous, pour lui nettoyer le visage.

Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois

Claude : Quand Jésus tombe pour la troisième fois, cela me rappelle ma propre situation, il y a quelques années, lorsque j’ai été condamné. Après avoir fait appel deux fois, j’ai voulu tenter une troisième fois. Mais on m’a conseillé de m’arrêter là pour ne pas risquer d’augmenter ma peine. Je suis tombé pour la troisième fois. Mais la différence entre Jésus et moi, c’est que lui, il a accepté. Pas par faiblesse, non. Au contraire : il s’est positionné au-dessus de gens qui le condamnaient : sans orgueil, mais par amour. Il n’a pas cherché à se défendre. Moi, j’ai cherché à me défendre, et je n’ai pas réussi.

Comme chaque année ou presque depuis 2011, je lis une station du chemin de croix qui passe devant la prison de La Santé (14e), avec les paroissiens de St-Dominique (14e). J’ai toujours hâte de le faire ! C’est un moment très important pour moi parce qu’il me sort de ma solitude : je suis en communauté, avec toute la paroisse qui est présente. On est tous ensemble. C’est aussi un moment où je suis en dialogue avec ceux de l’intérieur de la prison, où j’ai été moi aussi, et ceux de l’extérieur.

Quatorzième station : Jésus meurt sur la croix

Gérard : Jésus meurt sur la croix à cause de nos péchés. Il s’est laissé crucifier pour nous. Cette station de la Passion me rejoint car moi aussi, je suis un crucifié : c’est ma vie. Cela fait vingt ans que je suis sans-abri. Mais quelque part, ça me choque de voir Jésus mort ainsi, sur la croix. Moi j’en ai fait, des conneries. Mais lui ? Nous, dans la rue, on n’est pas des saints. Pourtant Jésus nous cause, pas comme à des SDF, mais comme à des êtres humains.

Par Laurence Faure

En pratique

Le Vendredi saint, 19 avril :

- Rendez-vous à 14h45 à la Fontaine des Innocents (1er), place Joachim du Bellay, pour un Chemin de croix animé par et pour les personnes de la rue avec Aux Captifs la libération et la paroisse St-Leu St-Gilles (1er).
- Rendez-vous à 13h à l’église Saint-Dominique (14e), 20 Rue de la Tombe Issoire, pour un Chemin de croix paroissial qui s’arrêtera, comme chaque année, devant la prison de la Santé (14e), en union avec tout le monde pénitentiaire.

Retrouvez tous les Chemins de croix proposés par les paroisses parisiennes sur paris.catholique.fr

Article de Paris Notre-Dame – 18 avril 2019

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