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Assistance médicale à la procréation : la filiation en question

Le 19 mars 2009

L’assistance médicale à la procréation soulève plusieurs problèmes, aussi bien sur le plan éthique que sur le plan psychologique. Faute de recul, les conséquences n’en sont pas encore complètement mesurées.

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P. Brice de Malherbe, enseignant à l’Ecole Cathédrale (5e)
Photo : D.R.

Il y a trois enjeux éthiques de l’Assistance Médicale à la Procréation. Le premier est le respect de la dimension procréatrice de l’acte conjugal. En France, presque toutes les naissances issues de ces techniques sont intraconjugales. Cependant, l’enfant est conçu par la substitution d’un acte technique à l’acte conjugal. Or, on sait aujourd’hui que l’enfant hérite de toutes les dimensions de la filiation, aussi bien psychologiques que biologiques. Autrement dit, le fait d’avoir été conçu en dehors de l’union des époux, grâce à toute une équipe biomédicale, a une incidence sur l’enfant. Cette conception d’un enfant qui dissocie la dimension corporelle et intellectuelle (« projet parental ») et introduit un tiers (l’équipe médicale) dans l’identité de l’enfant est-elle digne de l’homme ?

Deuxième enjeu : le respect de l’embryon humain. Le développement de l’AMP a conduit à la production, à la congélation et à la destruction d’un nombre considérable d’embryons. Aujourd’hui, les équipes cherchent à limiter le nombre d’ovocytes fécondés et d’embryons transférés. En même temps, certains réclament d’autoriser sans limites les recherches sur les embryons restants. Or, étant donné la continuité du développement embryonnaire depuis la conception, il est illusoire de fixer un seuil d’entrée en humanité de l’embryon. La seule démarche éthique responsable est de préserver sa dignité humaine dès le début de sa vie.

Troisième enjeu : celui des liens familiaux. Ceux-ci sont mis à mal par le recours dans certains cas à un donneur de gamètes extérieur au couple. L’anonymat du donneur ajoute une injustice vis-à-vis de l’enfant, privé de la connaissance de ses origines. L’extension de l’AMP à des personnes seules ou des partenaires de même sexe constituerait une distorsion volontaire des relations familiales atteignant jusqu’aux notions mêmes de paternité et de maternité. Ces enjeux touchent notre relation à Dieu. Même au nom de sa souffrance, l’homme peut-il maîtriser la procréation jusqu’à bouleverser les relations humaines fondamentales et sa propre dignité ? La sagesse biblique nous appelle plutôt au respect de tout être humain en sa double dimension corporelle et spirituelle, dans l’adoration « du Père de qui toute paternité [et toute maternité] au ciel et sur la terre tire son nom » (Ep 3, 14-15). • Par le P. Brice de Malherbe, enseignant à l’Ecole Cathédrale (5e)

L’avis d’un expert

Benoît Bayle, psychiatre, consacre ses recherches à la pathologie et la psychologie de la conception.

« La conception de chaque être humain joue un rôle important. La clinique le confirme, et montre l’émergence possible de problématiques psychologiques dès la conception d’un enfant. Pour prendre un exemple extrême, on pressent qu’être conçu d’un viol constitue un poids. Cela va marquer les relations entre la mère et l’enfant, dès la grossesse. En réalité, non seulement la biographie de la personne humaine commence dès la conception,mais aussi l’embryon humain possède déjà ce que j’appelle une “identité conceptionnelle”. Cela s’ajoute à son identité génétique, même si c’est immatériel. Nous n’avons pas encore assez de recul pour connaître les conséquences d’une AMP. Des études sur plusieurs dizaines d’enfants issus des AMP se veulent rassurantes, mais il existe des biais : par exemple, sont exclus les jumeaux et les triplets. La psychologie de la conception montre qu’on devrait davantage prêter attention à différents points. D’abord, l’être humain conçu artificiellement ne peut incarner l’échange charnel de ses parents. C’est un enfant de la technique… Ensuite, un enfant qui naît d’une procréation médicalement assistée est souvent le fruit d’un long processus, au cours duquel de nombreux autres embryons périssent. Il y a des chances non négligeables pour que cette histoire conceptionnelle marque le développement psychologique de l’enfant. Les parents investissent parfois cet enfant comme un être à part, exceptionnel, qui a surmonté une épreuve. Ils peuvent aussi se culpabiliser de la mort des autres embryons. Cette configuration risque de favoriser chez l’enfant un sentiment de survivance. Enfin, cet être humain a conscience qu’il ne doit pas la vie à ses seuls parents, mais également à une équipe biomédicale. Autrement dit, son sentiment d’appartenance et d’identité s’enracine aussi dans la sphère “publique”. Cette dette de vie à l’égard de la science est essentielle. »

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