« L’enfant est un sujet, non un produit ! »

Paris Notre-Dame, le 13 octobre 2016

Paris Notre-Dame – Le 27 septembre dernier, on apprenait la naissance au Mexique d’un enfant doté de trois « parents ». La technique employée permettait à l’enfant de ne pas souffrir d’une maladie mitochondriale qui lui aurait été fatale. Que vous inspire ce genre d’avancée technique ?

Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre, médecin et membre du Conseil famille et société à la Conférence des évêques de France.Mgr Michel Aupetit – Il faut distinguer avancées scientifique, technique et humaine. La première nous donne une connaissance à laquelle la seconde trouve des applications. Avec la fission nucléaire, nous pouvons faire de l’électricité. Nous pouvons aussi créer la bombe atomique. La question posée par la technique est donc celle du discernement moral. Apporte-t-elle un progrès humain ou non, renforce-t-elle ou non l’humanité de l’homme ? Dans ce cas précis, la question concerne cet enfant. Comment va-t-il se sentir fils ? Fils de qui ? Qu’est ce qui définit la parentalité ? La génétique, la gestation, l’éducation ? On voit bien que ça introduit un trouble dans la filiation.

P. N.-D. – C’est pourtant un progrès pour les parents qui souffraient de ne pouvoir donner naissance à un enfant en bonne santé.

Mgr M. A. – Leur grand désir d’enfant est légitime. La Bible parle de cette souffrance énorme des femmes qui n’ont pas d’enfant. Rachel dit à son mari, Jacob : « Fais-moi un enfant, ou je meurs ». Un jour, un sénateur m’a même dit qu’il y avait une mère porteuse dans la Bible : Agar ! Certes, mais à cause d’une loi humaine, mésopotamienne, qui dit : « Si ta femme ne peut pas avoir d’enfant, c’est la servante de ta femme qui le portera ». Et on sait que le conflit entre Ismaël, l’enfant né de la “mère porteuse”, et Isaac, son frère, n’est pas réglé depuis 4000 ans, tout de même ! Cela signifie que les solutions humaines pour répondre à ce désir légitime ne sont pas adéquates. Dieu dit à Abraham : « C’est de la femme que tu aimes que tu concevras ». Malgré leur âge avancé, Sara et lui ont eu un enfant. La véritable fécondité ne peut naître que de l’amour, et non d’une technique. C’est la question de la différence entre la productivité et la fécondité. La fécondité, c’est bien plus que la simple émergence d’un produit. Dans le cas d’une naissance par la technique, l’enfant est considéré comme un objet, puisqu’il est produit. Il n’est pas considéré comme un sujet.

P. N.-D. – Vous publiez Construisons-nous une société humaine ou inhumaine ? [1] où vous reprenez des éléments d’histoire antique ou de philosophie. Pourquoi ?

Mgr M. A. – Quand je rencontre des personnalités politiques, si je commence par une argumentation biblique, je ne suis pas écouté. Alors, je commence par exposer ce que dit la science, l’histoire, la philosophie. Ensuite, la Bible nous apporte un éclairage qui nous permet d’aller plus loin dans la réflexion.

P. N.-D. – Que nous apprend-elle pour rendre nos sociétés humaines ?

Mgr M. A. – La Torah n’est pas seulement un ensemble de règles qui contraignent. Elle place la personne au centre. « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime », dit Dieu. C’est un peu comme des parents qui interdisent à leur enfant de mettre la main dans le feu. Quand celui-ci grandit, il comprend que l’interdit est un acte d’amour. J’essaie de montrer comment la Bible fait de la loi un acte d’amour. • Propos recueillis par Priscilia de Selve et Pauline Quillon

[1Construisons-nous une société humaine ou inhumaine ?, Mgr Michel Aupetit. Éd. du Moulins.

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