« Au service de Sa grâce dans le cœur des gens »
Paris Notre-Dame du 25 juin 2026
En plein cœur de l’été, du 11 juillet au 30 août, la cathédrale Notre-Dame de Paris cherche à renforcer les équipes de bénévoles habituels – et pour certains, en vacances – en accueillant des volontaires, pour une à cinq journées de service au sein de l’édifice. Une mission originale et riche de sens. Mais qu’est-ce qu’être bénévole à la cathédrale ? Immersion.
En ce lundi 22 juin, quelques minutes avant la messe de midi, le parvis écrasé de chaleur voit la file ininterrompue de visiteurs franchir les tout neufs portiques d’accès à la cathédrale, à la fois – en cet épisode caniculaire – terre promise d’un périple et oasis de relative fraîcheur. À l’intérieur, ces centaines d’hommes et de femmes sont accueillis avec le sourire, et le geste sûr et appuyé d’un bras désignant le collatéral nord, comprenez « à gauche » en entrant. Reconnaissables à leur veste rouge siglée « -Dame de Paris / Volontaire », les bénévoles du jour sont fidèles au poste… au pluriel. Six points névralgiques, identifiés dans l’édifice : l’entrée, pour indiquer le bon sens de la visite et garantir la sérénité du mouvement giratoire de la foule ; la nef, pour accueillir ceux qui voudraient s’asseoir un instant et maintenir une ambiance de recueillement ; le transept nord et le transept sud, pour assurer l’entrée et la sortie du déambulatoire, aider à l’accès PMR et à la descente des marches ; le reliquaire de la Couronne d’épines et l’accès au chœur, pour permettre aux fidèles de prier devant la plus insigne des reliques de la chrétienté ou le tabernacle.
Faire l’expérience d’une rencontre
Un maillage serré porté par la communauté de 300 bénévoles que compte la cathédrale et un roulement savamment orchestré afin d’assurer la présence d’une vingtaine de gilets-rouge par jour, soit 170 par semaine. Un défi logistique, mais il n’en faut pas moins pour bien accueillir les 30 000 visiteurs qui franchissent le seuil par jour en moyenne (soit 100 à la minute). Car « bien accueillir » est l’objectif premier de leur feuille de route, ainsi définie par le P. Stéphane-Paul Bentz, chapelain, et Pauline Delhumeau, responsable réseau bénévoles, autour de quatre piliers : l’accueil inconditionnel, la médiation douce (afin de répondre aux questions des visiteurs), la gestion des flux et le service de la liturgie, en coordination avec le célébrant. Une attention particulière à la relation qui prend sa source à la conception même d’une visite à Notre-Dame : « Ici, nous ne distinguons pas les touristes des fidèles, mais nous accueillons des visiteurs, souligne le P. Bentz. Notre souhait est qu’en déambulant dans cette cathédrale, ces personnes fassent l’expérience d’une rencontre, de la découverte d’un lieu habité – notamment lorsque la liturgie est célébrée – et ouvert à tous, gratuitement. Mais pour que tous comprennent qu’ils ne visitent pas un musée, mais bien une Église – et même l’Église-mère du diocèse –, il faut qu’ils soient accueillis par des personnes qui portent, par leur engagement gratuit, ce message que Dieu se donne gracieusement. L’accueil et la disponibilité du bénévole dit quelque chose de la disponibilité de Dieu. Il y a une dimension importante de témoignage missionnaire dans cet engagement. » Et d’ajouter : « Nous sommes au service de cette grâce de l’œuvre de Dieu dans le cœur des gens, car à Notre-Dame, il se passe toujours quelque chose. »
Accueillir « le monde entier »
Une conviction partagée, ou plutôt vécue par tous ceux interrogés. Si beaucoup de questions portent sur des besoins impératifs – « Où sont les toilettes ? » – ou des marottes précises – « Où est saint Antoine de Padoue ? », très prisé des étrangers –, beaucoup de bénévoles sont émerveillés du contact facile et immédiat avec les visiteurs. « Des avalanches de remerciements », des embrassades ou autres effusions démonstratives ne sont pas rares, ni même les cadeaux : des bracelets, des éventails ou des souvenirs apportés de leur pays que ces voyageurs du jour souhaitent laisser ici, comme on s’ancre quelque part. Accueillir « le monde entier », selon leurs mots, et les « éveiller à la beauté du patrimoine » est un moteur pour beaucoup, mais pas seulement. « Nous sommes souvent les premiers témoins d’une vive émotion qui les étreint », confie ainsi Jean, posté au pilier Nord et aidant chacun à franchir les marches du déambulatoire. Même constat chez Isabelle, touchée de voir si souvent « des gens, les larmes aux yeux, confier leur émotion si spontanément ». « Un jour, j’ai assisté à une conversion, se souvient Didier, encore marqué. Un homme est venu et m’a dit : “J’ai enfin trouvé ce que je cherchais depuis quarante ans !” Nous avons longuement discuté, il y avait beaucoup d’émotion. Il se passe toujours quelque chose ici ; c’est beau, mais ce n’est pas que ça, il y a une transcendance. »
« Un service de la gratitude »
S’ils donnent beaucoup – à raison d’un minimum de deux créneaux de trois heures par mois –, les bénévoles ne reçoivent pas moins. Diane, engagée depuis dix-huit mois, est coordinatrice depuis six mois. Une à deux fois par semaine, elle veille à ce que le ballet des bénévoles se chorégraphie parfaitement, tant au niveau des postes que pour la célébration des messes : quête, lecture, aide à la distribution de la communion, etc. Un rôle de « maillon intermédiaire » qu’elle apprécie, afin de « faciliter l’organisation ». Au fil des mois, elle a vu « naître une communauté, une famille au niveau de l’ensemble des bénévoles » : « Se retrouver assez régulièrement en équipe crée des liens assez forts entre nous. Cette communauté grandit, et pour chacun, cela nourrit notre foi et notre spiritualité. » « C’est un service de la gratitude, confie ainsi Bertrand, qui renoue avec la pratique religieuse depuis son engagement. Les gens viennent nous poser des questions, nous confier leurs émotions, et cela nous met en route à notre tour. On se nourrit de ces instants-là. » Pour Mylène, qui vient parfois jusqu’à quatre fois par semaine, sa seule présence dans l’édifice est synonyme de joie, peu importe sa mission du jour : « Là où je suis, je me sens bien, car je suis dans la maison de mon Père. » Un sentiment largement partagé par ceux qui, chaque jour, habitent ce lieu anonymement et discrètement – malgré le rouge flamboyant de leur gilet –, renseignant les uns, écoutant les autres, et leur laissant percevoir, peut-être, qu’ici, tous sont bienvenus, et même attendus.
Par Charlotte Reynaud
Devenir volontaire à Notre-Dame cet été :
La saison de volontariat « été 2026 », se déroulera du samedi 11 juillet au dimanche 30 août, chaque jour de 10h à 17h. Vous pouvez participer de 1 à 5 jours.
Toutes les informations à retrouver ici
Sommaire
Consulter ce numéro
Acheter ce numéro 1 € en ligne sur les applications iOs et Android