Centrafrique : La guerre, la croix et la fougue de la jeunesse

Suite et fin de notre série d’été sur les pas de séminaristes parisiens envoyés en mission à l’étranger. Cette semaine, rencontre avec Henry de Prémare, entré en 2014 à la Maison Saint-Augustin à l’âge de 20 ans. Le 4 août, il reviendra de République centrafricaine (RCA) où il a vécu pendant près d’un an.

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© Nabil Boutros / CIRIC

« Je suis parti le 18 septembre dernier à Bouar, ville située à l’ouest de la République centrafricaine (RCA). La Délégation catholique pour la coopération (DCC) m’a envoyé aider un capucin ayant fondé une école de musique – la première du genre en RCA – dans son couvent. J’enseigne, aux côtés de musiciens polonais, la théorie musicale, le rythme, le piano et le chant.

La République centrafricaine, ancien­ne colonie française, abrite un grand nombre de ressources naturelles : or, uranium, sources d’eaux, forêts, etc. Mais c’est le cinquième pays le plus pauvre du monde. L’enseigne­ment général y a été délaissé ; l’ensei­gnement culturel, abandonné. Depuis 2013, le pays est en guerre. Celle-ci a été déclenchée par les milices, majoritairement musulmanes, de la Seleka. Toute la partie est du pays, aux mains des bandes armées, est impraticable. En juin dernier, le P. Firmin Gbagoua, vicaire général du diocèse de Bambari, a été assassiné. Mais plus qu’un conflit religieux, cette guerre est plutôt, selon moi, une lutte de pouvoirs afin de maîtriser le pays et ses ressources.

Dans ce contexte très houleux, l’Église catholique est un pilier. Alors que les écoles publiques et les hôpitaux ferment leurs portes durant les émeutes, les communautés religieuses continuent à enseigner ou à soigner le plus longtemps possible. Ici, à Bouar, le couvent dans lequel je suis abritait, en 2013, quelque 10 000 réfugiés. Depuis trois ans, la ville n’a cependant pas connu de violences majeures. Cette année, la communauté catholique a fêté ses quarante années d’existence. Le deuxième évêque depuis la création du diocèse de Bouar a été ordonné. Près de cinq mille personnes se sont rassemblées pour l’occasion. C’était extraordinaire !

Le fonctionnement de l’Église est assez simple. Il s’articule autour de paroisses. Chaque paroisse est composée d’une église principale et de petites chapelles en brousse. Le curé, quand il y en a un, est aidé de catéchistes. Ceux-ci sont formés pour sauvegarder la présence enseignante de l’Église. À Bouar, une cathédrale a été construite il y a moins de trente ans ; une radio diocésaine tenue par les prêtres capucins diffuse des émissions culturelles ou religieuses. Pendant la messe, on chante et danse énormément. Les femmes sifflent. C’est assez bruyant et déstabilisant pour moi qui suis plus tourné vers le contemplatif. Cela m’a conforté dans l’idée que notre manière de vivre la liturgie est liée à notre culture. Même si ce sont les mêmes paroles qui sont prononcées, la même foi, elles sont exprimées différemment. C’est fou : ici, à Paris ou ailleurs, c’est le même Dieu qu’on adore ! Je ressens ici un fort sentiment d’unité. Unité de Dieu et unité de l’Église. Mais cette commu­nauté est jeune. Le pays, animiste pour l’essentiel, a été évangélisé il y a une centaine d’années par des religieux. Les églises sont aujour­d’hui bien remplies mais encore très dépendantes des prêtres et religieux missionnaires. Dans le diocèse de Bouar, une dizaine de prêtres diocé­sains, seulement, sont d’origine centrafricaine. Cela pose la question des vocations. »

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

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