« Creuser la largeur de notre foi »

L’assemblée plénière des évêques de France s’est déroulée en visioconférence, du 2 au 8 novembre, sur fond de crise sanitaire et de contexte terroriste. À l’issue de cette assemblée, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, décrypte différents chantiers et défis abordés.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort
Mgr Éric de Moulins-Beaufort
© Diocèse de Reims

Paris Notre-Dame – À l’issue de leur assemblée plénière, les évêques ont pris acte de la décision du Conseil d’État qui maintient, à ce jour, l’interdiction de célébrer des messes publiques [1]. Un certain nombre de catholiques font part de leur incompréhension. Que répondez-vous ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort – Le manque vital et charnel induit par l’interdiction des assemblées liturgiques est évident. Tout comme le sont la déception et la tristesse de nombreux fidèles, qui sont aussi celles des prêtres et des évêques, devant la décision du juge des référés. Ce dernier a néanmoins réaffirmé la liberté de culte comme liberté fondamentale, dans son exercice collectif, autant qu’individuel. Le juge a rendu clair qu’il était possible d’aller prier dans une église proche de son domicile, même à plus d’un kilomètre, ce qui est important pour les ruraux. Tout l’enjeu est de pouvoir concilier la nécessaire affirmation de notre liberté de culte, avec la protection de la santé de tous, et le soutien au système hospitalier. Le rejet de notre recours a été uniquement motivé par des raisons sanitaires, dans un contexte d’aggravation de la situation. Nous devons consentir un effort supplémentaire, en espérant retrouver des célébrations communes dans les semaines à venir. Il nous faut faire preuve de responsabilité et d’exemplarité dans le respect des règles fixées par les pouvoirs publics. Je sais que prêtres et paroissiens s’organisent pour que chaque fidèle puisse s’unir malgré tout au sacrifice eucharistique, qui est offert en chaque messe, toujours en union avec le peuple de Dieu tout entier. L’enjeu de notre vie est là : unir nos vies au sacrifice du Christ, le Fils bien aimé, pour qu’elles deviennent un sacrifice spirituel. Comment vivre de manière encore plus intense la fraternité chrétienne, en famille, entre paroissiens, nourris par l’adoration eucharistique, l’oraison, mais aussi le partage de la Parole de Dieu ? Ce dimanche, la première lecture nous a invités à nous nourrir de la sagesse de Dieu. Celle-ci ne se traduit pas par une inconsistance ni par la recherche d’un consensus mou, mais par une invitation à creuser la largeur de notre foi. Si la colère ou la peur sont des sentiments bien naturels, un chrétien ne peut se laisser dominer par eux.

P. N.-D. – Les évêques réunis ont travaillé sur différents chantiers en cours, qui répondent aux défis actuels de l’Église. Parmi eux, son lien au monde agricole. Qu’en retirez-vous ?

E. M.-B. – Nos travaux d’une journée et demie sur ce thème (« Cultiver la terre et se nourrir ») ont été un sujet de joie, avec l’intervention d’acteurs professionnels et engagés, partageant des points de vue, clairs, francs, profonds. Rapprocher nos communautés catholiques des exploitations agricoles et des acteurs ruraux, comprendre leurs défis et voies d’avenir, est un devoir à la fois concret – comprendre le processus qui aboutit à ce que nous trouvons dans notre assiette – et spirituel. Invitation, d’autant plus en ces temps troublés, à louer le Dieu créateur, toujours mieux, toujours avec plus de conscience, pour sa bonté et ses bienfaits, ces fruits de la terre et du travail des hommes, offerts dans l’eucharistie, par le pain et le vin.

P. N.-D. – Pour la seconde fois, près de 180 laïcs participaient à l’assemblée, sur les questions d’écologie. Est-ce un pas vers plus de synodalité, thème du synode convoqué par le pape en 2022 ?

E. M.-B. – Nous avons vécu là une « petite dose » de synodalité. En plus de la joie profonde de la présence de ces laïcs à nos côtés, l’enjeu est que ces derniers puissent soutenir leurs évêques dans le déploiement des questions travaillées ensemble, au sein des diocèses. Si les évêques exercent, en collégialité, leurs responsabilités propres, ils sont heureux de pouvoir s’appuyer également sur les compétences, l’imagination, la créativité des fidèles, à travers les multiples charismes du corps du Christ.

Propos recueillis par Laurence Faure @LauFaur

[1Le 7 novembre, le Conseil d’État a rejeté la requête de la Conférence des évêques de France, qui avait déposé un référé liberté le 2 novembre, estimant que l’interdiction des célébrations religieuses publiques, portait atteinte à la liberté de culte.

Article de Paris Notre-Dame – 12 novembre 2020

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