Familles en deuil, un soutien en paroisse

À Paris, certaines paroisses ont créé des équipes de laïcs chargées de l’accompagnement des familles en deuil. Très disponibles, elles écoutent et guident les familles jusqu’à la célébration des funérailles, tout en assurant auprès d’elles une présence de la communauté paroissiale.

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Les équipes de la pastorale des funérailles ont à coeur d’épauler les familles en deuil par l’écoute et la prière.
© Charlotte Reynaud

Lorsque Yves Fasquelle, cheveux blancs, souriant et regard attentif, a cherché un nouvel engagement paroissial, il a pensé aux équipes d’accompagnement des familles en deuil de Ste-Marie des Batignolles (17e) : « Après avoir fait partie du conseil pastoral et d’une équipe liturgique, je cherchais à prendre une mission à responsabilité pastorale, en contact direct avec les personnes. » Responsable de ces équipes depuis cinq ans, il se confie volontiers sur la spécificité et la fécondité de cette mission : « Les obsèques ont un caractère particulier : la mort d’un proche est toujours un choc et conduit souvent à un questionnement sur le sens de sa vie. On a le cœur qui s’ouvre. Nous sommes là pour partager notre espérance et montrer la compassion de l’Église à l’égard des personnes en souffrance, tout en sachant qu’il faut laisser faire l’Esprit Saint. »

Déposer son fardeau

Pour cela, la manière de faire est toujours la même. Lorsque les pompes funèbres appellent, une personne de l’accueil se charge aussitôt de leur donner une date pour les obsèques : « Il faut leur répondre extrêmement rapidement, explique Yves Fasquelle, car ils ont souvent la famille en face d’eux, et s’ils raccrochent sans avoir de date précise, les proches se disent que c’est trop compliqué de passer par la paroisse. » Une fois le jour fixé, Yves Fasquelle choisit, parmi les six membres de l’équipe, celui qui se rendra chez la famille pour les rencontrer : « Aller chez les personnes, c’est montrer notre sollicitude à leur égard, confie-t-il. On ne les attend pas, mais on va au-devant d’elles. C’est un moment très fort pour le bénévole, car c’est souvent la première fois depuis le décès que les parents du défunt prennent le temps de s’asseoir et de parler du disparu. Nous les laissons s’exprimer autant de temps qu’il le faut, sachant que cette description de l’être perdu est une première étape pour faire leur deuil. » Pour Sœur Suzanne, responsable de l’équipe des funérailles au St-Esprit (12e), ces rencontres sont aussi l’occasion de s’expliquer en vérité avec ses proches : « Il n’est pas rare que ces personnes en souffrance se livrent spontanément et déposent leur fardeau. Elles ne se confient pas seulement sur le deuil mais également sur leur passé, leurs différends, leurs conflits ou leurs déceptions au sein de la famille. »

Assurer une présence paroissiale

La fin de la rencontre est consacrée à la préparation de la célébration : « On choisit les textes et les chants avec les membres de la famille, explique Yves Fasquelle. On les aide à rédiger la prière universelle. C’est aussi l’occasion de leur expliquer les gestes du rituel, et de leur dire qu’on les retrouve, pour la plupart, au moment du baptême. Par exemple, appeler le défunt par son prénom, c’est redire sous quel nom Dieu connaît Son enfant et combien cette personne est unique et importante à Ses yeux. Leur rappeler tout cela leur permet de vivre plus activement et intensément la cérémonie. » Au St-Esprit (12e), la rencontre se fait le plus souvent en présence d’un prêtre : « Ces équipes ne sont pas créées pour faire “bouche-trou” mais pour leur complémentarité avec le célébrant, explique le P. Gilles Rousselet, curé du St-Esprit. Les familles prennent conscience qu’elles sont accueillies par une communauté paroissiale et pas seulement par un prêtre. Cela les met à l’aise, surtout que les laïcs les comprennent bien car ils ont souvent vécu des situations similaires. »

Le souci de la dimension paroissiale est d’ailleurs au cœur de ces équipes. À Ste-Marie des Batignolles comme au St-Esprit, ce sont les laïcs qui accueillent les participants à la cérémonie par un petit mot, au nom de la communauté : « On essaie toujours, quand c’est possible, d’expliquer quels étaient les liens entre le défunt et la paroisse, précise Yves Fasquelle. Puis, à la fin de la célébration, on leur dit qu’ils sont invités à assister à l’une des messes dominicales car il y a une intention de prière pour leur défunt et que, par conséquent, toute la paroisse priera pour lui. » Un témoignage permanent sur la communion des saints qui n’est pas sans incidence sur leur propre foi. « À force de prier pour les défunts et leurs familles, cela nous permet de vivre la communion des saints, entre tous les membres de l’Église et ceux qui sont partis, explique Yves Fasquelle. Il y a une intercession réciproque très belle. » « C’est un véritable renouvellement pour ma foi, témoigne à son tour Sœur Suzanne. Nous sommes témoins d’un Dieu qui est compassion et tendresse. » • Charlotte Reynaud

DES PISTES POUR AGIR

1. Se former :
Il existe une formation au Collège des Bernardins (5e), assurée par le P. Jean-Michel Albert, responsable diocésain de la pastorale des funérailles. Cette année, elle a lieu de novembre à janvier, pendant huit vendredis de 10h30 à 12h. Il est également vivement recommandé d’assister à diverses cérémonies (en paroisse, à l’hôpital et au crématorium) et d’accompagner des bénévoles déjà engagés (à l’accueil ou pendant les rencontres) pour comprendre la spécificité de cet engagement. Enfin, il ne faut pas négliger l’importance du partage en équipe et d’un suivi régulier de chaque membre.

2. Être disponible, même ponctuellement :
Il n’est pas rare d’être appelé le lundi pour un enterrement le mercredi. En deux jours, il faut donc pouvoir rencontrer la famille et assister aux obsèques. En revanche, on peut faire du très bon travail ponctuellement ou sur une durée très courte de quelques mois. L’été, par exemple, les laïcs qui restent à Paris peuvent tout à fait remplir ce service, d’autant plus que les paroisses sont en manque cruel de bénévoles à ce moment de l’année.

3. Se souvenir des ses propres expériences :
Consoler des personnes dans le deuil, c’est entrer rapidement dans l’intimité et le passé de leur famille. La souffrance exprimée est très personnelle. Pour trouver les mots et la juste distance, le bénévole peut se rappeler de ce qu’il a vécu lui-même.

4. Accueillir dans la charité :
La charité et la compassion sont les grandes qualités nécessaires pour ce service. Elles permettent d’offrir à la famille en deuil un accueil digne et chaleureux. C’est par l’écoute, la présence et l’attention à l’autre que le bénévole pourra témoigner de sa foi et oser parler de la vie éternelle.

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