L’Église
Catholique
À Paris

Frère Christian de Chergé, extraits du livre “Heureux ceux qui espèrent”

« J’ai été ordonné sous le signe du “grain de blé jeté en terre”. Je souhaite ardemment que ma prière sincère enfouie dans le secret d’une terre plus lointaine, porte des fruits en abondance pour le diocèse de Paris ; c’est le Seigneur qui donne la moisson ! »

Né en 1937, Christian de Chergé fait ses études secondaires au collège Sainte-Marie (aujourd’hui Fénelon Sainte-Marie) et passe son baccalauréat en 1954. Il effectue ensuite une année propédeutique en Lettres en Sorbonne à Paris avant d’entrer au Séminaire des Carmes en 1956.

Extraits du livre “Heureux ceux qui espèrent – Autobiographies spirituelles”.

De l’entrée au Séminaire des Carmes à l’ordination (1956-1964)

Le 6 octobre 1956, [Christian de Chergé] entre au séminaire des Carmes où il va mener ses études de théologie. Il a dix-neuf ans. (…) En septembre 1958, les études s’interrompent avec l’appel au service militaire qui le conduira en Algérie en juillet 1959. Christian a vingt-deux ans. (…)

Du ministère à Montmartre au noviciat d’Aiguebelle (1964-1969)

(…) en 1961, il retourne au séminaire pour finir ses études théologie. Parallèlement, l’islam continue de lui faire signe. Durant deux étés, il se rend aux rencontres de Toumliline, monastère bénédictin du Moyen Atlas marocain.

Et puis un vent de renouveau souffle sur l’Église avec l’ouverture concile Vatican II…

Christian de Chergé est ordonné prêtre le 21 mars 1964, en l’église Saint-Sulpice à Paris. Son premier ministère l’affecte à Montmartre. Il y passe quatre années durant lesquelles il va vivre un ministère prenant, notamment auprès des jeunes de la Maîtrise dont il avait la responsabilité.

[Mgr François Marty devient archevêque de Paris le 26 mars 1968, succédant au cardinal Pierre Veuillot décédé le 14 février 1968.]

Le 15 août 1968, Christian écrit très longuement au tout nouvel archevêque de Paris, Mgr Marty. Il retrace le vécu de ces dernières années, avec l’appel profond qui n’a cessé de l’habiter, mais qu’il avait dû mettre de côté par obéissance :

Monseigneur, je sais que vous achevez votre retraite annuelle et que bien des dossiers divers vous attendent à Paris dès votre retour d’Aveyron ; il me semble urgent néanmoins, de vous adresser sans plus tarder une supplique dont vous comprendrez l’importance.

En bref, je viens vous demander l’autorisation de suivre dès la prochaine rentrée la voie religieuse que j’ai découverte il y bien déjà bien longtemps et à laquelle je n’ai cessé d’aspirer depuis six ans maintenant, alors même que je poursuivais mes études de théologie aux Carmes et que devenait urgent le choix d’une incardination. Après une retraite « en règle » à Manrèse, en septembre 1962, j’avais pu cerner clairement les composantes de cet appel : silence, renoncement, vie liturgique, adoration ; je gardais au cœur, cependant, un sens très fort de l’urgence apostolique, si évidente dans le diocèse de Paris. C’est donc sur le conseil de mon directeur que je suis venu demander à Monseigneur Veuillot d’accepter, avant même mon sous-diaconat, que mon engagement séculier puisse être remis en question en fonction de cette vocation plus particulière qu’il ne semblait pas apte à satisfaire.

Monseigneur Veuillot me demanda alors très explicitement de tenter « loyalement et complètement » un service de trois années dans le diocèse ; au terme de ce délai, il m’autorisait à lui soumettre ma décision et s’engageait à la respecter.

Ordonné prêtre le 21 mars 1964, je devais être nommé à Montmartre, à la surprise générale ! La perspective d’un ministère spirituel très délicat et, surtout, il faut l’avouer, d’une nécessaire collaboration avec un Supérieur que je savais entier et exigeant, m’a beaucoup effrayé alors, au point que Monseigneur Veuillot crut bon, au cours d’un nouvel entretien, de me rappeler nos conventions et aussi, de m’inviter à plus de confiance ; mieux qu’ailleurs, je saurais m’épanouir au sein d’une communauté sacerdotale fervente, tout axée sur la prédication de la prière et de la pénitence ; il s’agissait aussi de poursuivre à la Maîtrise une expérience originale d’éducation où la joie chrétienne, née d’une rencontre avec le Christ, tant dans le service liturgique que dans la prière personnelle, saurait éveiller les générosités, former les caractères et susciter des vocations.

Je crois avoir beaucoup donné à cette entreprise, essayant vaille que vaille de compenser l’incompétence évidente des débuts, de limiter les incompréhensions et de... ne pas trop mettre à l’épreuve la patience de mon supérieur. Je sais maintenant d’expérience que le Seigneur trouve son chemin à travers nos échecs et que la seule « balourdise » à éviter est bien de se mettre ostensiblement au travers de sa route ! Durant tout mon séjour à Montmartre, le confessionnal aura été, je pense, le lieu privilégié de mon attachement au Christ : il n’y avait qu’à admirer, confus, les prouesses de sa miséricorde. Je me garderai d’oublier, bien sûr, l’initiation des hommes adultes et des jeunes à l’Adoration nocturne et le perpétuel « rajeunissement » que cet accueil a exigé de moi.

J’ai déjà dit tout cela à Monseigneur Veuillot en mai 1967, tandis je venais finalement au rendez-vous, gardant au cœur plus mûr et désintéressé, le secret désir de susciter dans la prière et l’austérité de la vie monastique, une réponse plus universelle aux richesses toujours disponibles du Cœur du Christ. Ce vécu reste immuable, tel qu’il a jailli au retour de mon service militaire en Algérie ; il m’appelle à vivre dans le monastère de Notre-Dame de l’Atlas (près de Médéa), l’expérience cistercienne découverte au cours d’une retraite à Bonnecombe. Pris « au dépourvu », Monseigneur Veuillot sollicita trois mois supplémentaires de réflexion et me promet une réponse en septembre ; le Synode, Lourdes... nous ne devions plus nous revoir. En avril dernier, tandis qu’on attendait votre arrivée, j’ai exprimé au père Longère, sur sa demande, toute cette situation ; je pensais alors, suivant son conseil, vous saisir directement de la question, mais les « évènements » m’ont réduit au silence ; vous aviez des soucis urgents et combien graves ; pour l’heure, ceux que je rencontrais à la Maîtrise suffisaient à m’occuper ! Le cadre et les circonstances de notre rapide rencontre de juin au Sacré-Cœur, ne permettaient guère d’engager le dialogue et j’hésitais encore sur la marche à suivre lorsqu’une convocation de l’archevêché vint au-devant de mon embarras.

Monseigneur Frossard m’a demandé, vous le savez, d’envisager une nouvelle affectation ; informé à son tour, il me promit de mettre le conseil au courant de notre entrevue ; sa lettre du 15 juillet me demande une réponse ferme quant à l’orientation religieuse et suspend toute autre décision, estimant qu’un changement pour une seule année ne se justifierait pas.

En congé le 1er août, j’ai donc rejoint la Trappe d’Aiguebelle où je vis avec les moines dans le silence, le chant, le travail, la joie aussi. Tout semble confirmer le désir du Seigneur et mon vœu de le voir s’accomplir sans plus tarder.

(…)

J’ai été ordonné sous le signe du « grain de blé jeté en terre » (Évangile du samedi de la Passion). Je souhaite ardemment que ma prière sincère enfouie dans le secret d’une terre plus lointaine, porte des fruits en abondance pour le diocèse de Paris ; c’est le Seigneur qui donne la moisson ! Cette certitude, née de la foi, m’a rendu plus fort, Monseigneur, pour vous écrire cette lettre ; elle me permet aussi de l’achever en vous assurant que mon dévouement et ma prière filiale vous demeureront acquis in Christo [1].

(…) Christian entre à l’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, en vue de rejoindre Notre-Dame de l’Atlas à l’issue de sa formation monastique, le 20 août 1969.

Source : Moines de Tibhirine, Heureux ceux qui espèrent – Autobiographies spirituelles (Les Écrits de Tibhirine 1), Les éditions du Cerf / Bellefontaine / Bayard, 2018, pages 308-320.

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[1Lettre de Christian de Chergé à Mgr Marty, archevêque de Paris, 15.08.68, Notre-Dame d’Aiguebelle. Recopiée dans un cahier personnel

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