Homélie de Mgr Michel Aupetit - Ordinations sacerdotales de 7 ordinands à Notre-Dame – Solennité de saint Pierre et saint Paul

Notre-Dame de Paris - Samedi 30 juin 2018

- Consulter le dossier Ordinations sacerdotales 2018 à Notre-Dame de Paris.

- Ac 12, 1-11 ; Ps 138 ; 2 Tm 4, 6-8.17-18 ; Mt 16, 13-19

« Pour vous qui suis –je » ?

De la réponse à cette question dépend notre vie ! Oui, qui est Jésus pour nous ? Nous pouvons nous contenter d’émettre une opinion comme à l’époque du Christ. Cela relève de notre subjectivité mais ne change rien pour nous. Or, si nous sommes capables d’accueillir la juste réponse que seul le Père peut nous donner, cela bouleverse notre vie.

Vous qui allez être ordonnés, vous avez donné cette réponse. C’est celle de Pierre : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est uniquement parce que vous croyez que Jésus est le Fils de Dieu que vous pouvez donner votre vie, la confier à son Église que, justement, il a fondée sur Pierre.

Sinon, quelle folie ! Va-t-on abandonner son métier, la joie de fonder une famille, la vie ordinaire dans notre société pour autre chose que pour Dieu ? Dieu seul peut demander cela, car notre vie donnée est le signe d’un au-delà, d’un autrement, surtout d’un amour plus grand qui nous précède et dont l’offrande de notre vie est le signe prophétique.

Comme le dit saint Paul quand il écrit à Timothée : « je suis offert en sacrifice ». Les braves gens disent d’un air désolé en voyant ces jeunes et beaux garçons plein d’intelligence : « ils se sacrifient ». Or, s’offrir en sacrifice, c’est accomplir un acte sacré, c’est-à-dire un acte qui nous relie à Dieu et qui entraîne, avec nous et par nous, l’humanité tout entière. Ceci authentifie pour nous la suite du Christ qui a accepté d’habiter lui-même l’humanité pour que son amour divin offre cette humanité qu’il a assumée afin que chacun de nous participe à ce don sacré, à cet amour plus grand que tout.

Vous devrez imiter votre Seigneur à qui, aujourd’hui, vous remettez votre vie. Il est venu pour servir et non pour être servi. Vous aussi devrez apprendre à vous laisser façonner par le service de ceux qui vous sont confiés. Ce sont eux qui nous apprennent à être prêtres. A la messe chrismale, j’ai demandé aux chrétiens d’aimer leurs prêtres. Aujourd’hui, je vous demande, à vous qui allez être ordonnés dans un instant, d’apprendre à aimer ces personnes à qui l’Église vous envoie. Les aimer, c’est aussi les respecter pour ce qu’ils sont. Ils ne nous ont pas attendus pour suivre le Christ. J’ai vu trop de pauvres paroissiens qui reçoivent des pasteurs qui, successivement leur imposent leurs lubies pastorales, liturgiques ou vestimentaires et les prennent ainsi en otage. Ceux-là, méritent bien le nom de fidèles, car ils supportent toutes ces arguties au nom de leur amour du Seigneur Jésus. Rappelez-vous ce que disait le Pape Gélase quand il distinguait l’autorité et le pouvoir. Ce qui nous est remis, c’est l’autorité qui consiste à faire grandir en les respectant ceux vers qui nous sommes envoyés. Bien sûr, il s’agit de grandir en sainteté. Il ne s’agit pas d’un pouvoir, car le sacerdoce ministériel est au service du sacerdoce baptismal. C’est pour nous faire comprendre le sens de notre ministère que l’Église, dans sa sagesse et dans son droit canon qui la reflète, nous demande de célébrer la messe en présence d’au moins un fidèle. Un prêtre ne célèbre jamais SA messe.

Nous donnons notre vie pour le Christ et pour son Église. C’est là que nous trouvons notre joie. Pour être des prêtres heureux, il faut apprendre à « être » plutôt qu’à « faire ». Configurés au Christ, ayez les mêmes sentiments que lui. Soyez, comme lui, une « présence réelle ». Ne pensez pas à ce qu’il faut faire après ou à ce que vous avez réussi ou raté avant, ou encore en étant scotchés à votre smartphone, soyez simplement présents aux personnes qui sont avec vous à cet instant. Ce qui doit vous rendre heureux, ce ne sont pas les multiples actions pastorales florissantes, mais cette intimité toute particulière avec Jésus qui vous le fait reconnaître dans les visages qui s’offrent à vous.

Et vous, chers frères et sœurs, qui êtes présents pour les entourer, rendez grâce à Dieu pour ces jeunes gens qui donnent leur vie à la suite du Christ pour vous servir. Accueillez-les comme le Christ lui-même. Le prêtre qui vous est envoyé n’est ni le gestionnaire parfait, ni l’homme idéal qui n’existe que dans les fantasmes ou encore une personne omnisciente qui doit se rendre à toutes vos réunions. Quand des paroissiens, des responsables de mouvements, d’aumôneries d’hôpitaux ou de lycées, des chefs d’établissements catholiques me demandent un prêtre, je suis tenté de leur répondre : « pour quoi » ? Hélas, je les entends souvent me donner une liste de choses à faire. Or, la seule bonne réponse est celle-ci : « pour qu’ils nous conduisent à la sainteté ».

Chers frères et sœurs, à nouveau je vous demande vraiment d’aimer vos prêtres, d’admirer les talents que Dieu a déjà déposés en eux, de dire du bien de leur travail apostolique à votre table familiale.

C’est à ce prix, à ce prix seulement, que des jeunes qui entendent aujourd’hui l’appel du Seigneur auront envie de donner leur vie pour Dieu et pour vous. C’est comme cela aussi qu’ils seront heureux d’avoir suivi le Christ et d’éprouver cette joie qu’il a promise : « je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». Ainsi soit-il.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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