Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messes à la chapelle de l’Agneau de Dieu (Paris 12e) et en la cathédrale Notre-Dame de Paris

Dimanche 31 mars 2019

- 4e dimanche de Carême – Année C

- Jos 5,9a.10-12 ; Ps 33,2-7 ; 2 Co 5,17-21 ; Lc 15,1-3.11-32

Je vous l’avoue, chers frères et sœurs, je suis un peu perplexe. Je n’ose pas me permettre de contredire notre Seigneur Jésus Christ quand il dit : « Un homme avait deux fils » (Lc 15,11). Mais en entendant cet évangile, je dirais plutôt : « Deux hommes avaient un Père ». Car ce dont nous parle Jésus, celui dont il nous montre la figure, c’est ce Père, c’est le Père, c’est son Père. Il nous révèle le cœur de son Père, son amour, sa patience, sa bienveillance. C’est le centre de tout cet évangile. Inutile de se fixer longuement sur les deux fils.

Les deux fils, nous les connaissons bien. Inutile de vous les présenter. Certains disent préférer le premier, d’autres s’identifient au second. Qu’importe. Ce que nous pouvons constater, c’est qu’ils ne connaissent pas leur père.

Le premier demande son héritage. Il considère donc que son père est mort, mort pour lui. En réalité c’est lui qui est mort : « Mon fils était mort et il est revenu à la vie » (Lc 15,24). Il est l’archétype de tous ces gens qui tuent le père, qui vivent sans Dieu, qui affirment que Dieu est mort pour pouvoir suivre leurs misérables désirs. En réalité ils sont morts, la vie n’est plus en eux et l’éternité leur est étrangère. Ils se fourvoient avec les cochons et sont prêts à manger leurs déchets.

Le second, qui semble bien propre sur lui, ne l’est pas dans son cœur. Son cœur est maladivement jaloux, étriqué. On dirait qu’il regrette de n’être pas parti faire la fête comme son frère. Il reste, non par amour, mais par devoir, par obligation. Voilà un bien triste sire.

« Un homme avait deux fils ». Qui voudrait de ces deux balourds pour fils ? Ils ignorent même qui est leur père. Le premier revient poussé par la faim et pense que son père ne peut le recevoir que comme un esclave. Le second ne voit pas que tout ce qui est au père est à lui. Ils sont tellement égoïstes, fermés et aveugles qu’ils n’ont pas compris qu’ils sont aimés au-delà de toute mesure.

Il faut apprendre à être fils. C’est-à-dire à accepter de se recevoir d’un autre. Car si, de manière objective, nous sommes fils par la transmission biologique, nous avons à nous recevoir dans une relation de filiation fondée sur un amour qui nous précède et qui nous dépasse. C’est dans le Fils unique que nous l’apprenons.

Et nous ? Avons-nous conscience que nous avons un Père qui fait de nous des frères ? Avons-nous conscience que nous sommes aimés bien au-delà de nos misères et de nos fermetures ? Sommes-nous prêts à nous recevoir de ce Père ?

Il est temps de retrouver le chemin vers le Père. Vers ce Père. Maintenant !

+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.

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