Homélie de Mgr Michel Aupetit – Ordination épiscopale de Mgr Philippe Marsset

Saint-Sulpice (6e) – Vendredi 6 septembre 2019

- Voir le compte-rendu de la célébration.

- Col 1, 15-20 ; Ps 99 ; Lc 5, 33-39

« C’est le Seigneur ! » Cher Philippe, cette déclaration du disciple que Jésus aimait est ta devise épiscopale. Mais qui est le Seigneur ?

Nous venons de l’entendre de la bouche de saint Paul, quand il écrit au Colossiens : « Il est l’image du Dieu invisible » (Col 1,15). En effet, Dieu est invisible, il n’est pas accessible à l’observation et donc à la connaissance humaine. C’est seulement indirectement que nous pouvons le connaître.

Par l’intuition : ce monde intelligible est forcément conçu par une intelligence. C’est la démarche d’Einstein, et même celle de Voltaire. Dans l’épître aux Romains, saint Paul parle de cette recherche intellectuelle.

Par la philosophie : tout être tient son existence d’un autre, il existe nécessairement un être par soi-même existant. Ou encore : une vie finie est incapable de se donner à soi-même la vie. Dieu seul est la vie absolue en tant qu’il s’auto engendre et devient source de toute vie au-delà des algorithmes de la biologie.

Bref, Dieu est accessible par la raison humaine mais inaccessible par l’expérience usuelle de nos sens. C’est d’ailleurs ce que nous dit le livre de l’Exode : « Nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20).

Mais si son existence est perceptible par l’intuition philosophique, qu’en est-il de sa personne ? Où puis-je le rencontrer ? Où puis-je lui parler ?

Parler ? Ah oui justement, le Dieu de la Bible est un Dieu qui parle. Il a une Parole. Et c’est par sa Parole, par son Verbe qu’il a tout créé. C’est ce que nous avons entendu de saint Paul encore une fois : « En lui (le Verbe) tout fut créé dans le Ciel et sur la terre » (Col 1,16).

C’est justement cette Parole qui a pris chair de notre chair, en laquelle Dieu s’est fait homme. « Le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14). Ainsi, il a pu entrer en relation avec nous, poser des gestes divins dans son humanité. Et ses gestes furent des gestes d’amour. Et je sais, Philippe, combien tu es attaché à cette Parole de Dieu.
C’est le Seigneur ! Où trouver le Seigneur ?

Comme pour toutes de nos relations humaines les plus importantes, il faudra l’occasion d’une rencontre. C’est ainsi que les premiers disciples, André le frère de Pierre et déjà ce disciple bien-aimé, suivirent Jésus quand Jean-Baptiste le désigna comme l’Agneau de Dieu. De cette rencontre avec le Verbe de Dieu fait chair, ils ont tiré l’expérience la plus profonde et la plus fondamentale de l’existence humaine : le face-à-face avec Dieu. Cette recherche spirituelle qui traverse les siècles et même les religions est déjà la prière du peuple élu : « Quand pourrais-je m’avancer paraître face à Dieu ? », trouve là sa réalisation la plus accomplie.

Ce sont les rencontres successives qui vont façonner la vie spirituelle des disciples et leur connaissance de Dieu. Lors de la première pêche miraculeuse, c’est après la prédication de Jésus que saint Pierre, sur une demande de celui-ci, va jeter les filets alors qu’il n’avait rien pris de la nuit.

C’est pourquoi après la Résurrection, le souvenir de cette expérience si forte fera comprendre aux disciples que celui qui est là sur le rivage et qui les attend : « c’est le Seigneur » ! Dieu passe dans nos vies et nous permet de le rencontrer à des moments particuliers qui vont marquer notre expérience personnelle et spirituelle pour nous permettre de le retrouver à nouveau.

Dimanche dernier à la sortie de la messe, un monsieur est venu vers moi et m’a demandé : « Priez pour ceux qui cherchent et ne trouvent pas ». Il y avait là une réelle souffrance en même temps qu’une profonde sincérité.

Nous cherchons avec notre intelligence, avec notre raison et c’est bien, c’est légitime. Mais cette démarche ne permet pas la rencontre personnelle. Nous avançons par nous-mêmes et nous voulons souvent découvrir Dieu comme on découvre la physique quantique. Or, une rencontre se fait à deux. S’il a pris la peine de venir jusqu’à nous, de partager nos existences, c’est pour nous montrer qu’aujourd’hui encore il peut nous rejoindre : « Si quelqu’un m’aime, le Père et moi nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure » (Jn 14,23) et puis cette phrase de l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si tu m’entends et si tu m’ouvres, j’entrerai et prendrai le repas avec toi » (Ap 3,20). Il faut entendre, puis il faut ouvrir. Se mettre à l’écoute, puis poser un acte libre.
Il a fait une partie du chemin. Ce qu’il reste à faire du chemin pour la rencontre relève de notre liberté. Il est là, déjà sur le rivage. Il nous revient d’aller jusqu’à lui. De sauter dans l’eau et de plonger comme saint Pierre ou bien de tirer la barque remplie de poissons comme les autres disciples.

C’est le Seigneur ! Après avoir cherché, il faut se mettre à genoux pour accueillir la grâce et dire de tout son cœur : « Que ta volonté soit faite. Viens Seigneur Jésus ». Dans un instant, cher Philippe, tu seras à genoux pour accueillir la grâce d’être successeur des apôtres.

C’est le Seigneur ! C’est Lui qui t’appelle à le suivre.

Il convient de nous avancer, de chercher et de préparer notre cœur mais aussi de nous laisser rejoindre par celui qu’il nous faut découvrir sinon nous risquerions de l’enfermer dans nos catégories humaines. Il a fait l’essentiel du chemin puisqu’il s’est fait homme.

+ Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris

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