Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe des étudiants 2017 des diocèses d’Île-de-France à Notre-Dame de Paris – Mémoire de saint Albert le Grand

Mercredi 15 novembre 2017 - Notre-Dame de Paris

Le Samaritain guéri qui, seul parmi dix guéris eux-aussi, vient rendre grâce, est l’image de tous ceux qui reconnaissent ce que Dieu fait pour les hommes. La participation à l’eucharistie est une réponse à une invitation de la part de Dieu. Nous sommes tous appelés à reconnaître l’action de Dieu dans nos vies et à évaluer comment elle nous transforme. Le prochain synode des évêques réfléchira sur le thème de l’appel de Dieu adressé aux jeunes qui sont invités à y répondre à travers leurs diverses vocations pour renouveler le monde.

- Sg 6,1-11 ; Ps 81 3-4.6-7 ; Lc 17, 11-19

Frères et Sœurs,

Il y a des jours où l’on peut être tenté de s’identifier aux Samaritains quand les Samaritains ont le beau rôle ! Comme vous venez de l’entendre dans ce passage de l’évangile de saint Luc, ce Samaritain guéri fait partie des dix pour cent qui reconnaissent qui a opéré la guérison ! Les neuf autres ont aussi été guéris, mais cependant qu’ils allaient faire constater leur guérison selon les préceptes de la Loi auprès du prêtre, ils ont été tellement préoccupés de mener à bien leurs tractations qu’ils ont fini par oublier qui les avait guéri. Il n’y a que ce seul Samaritain, c’est-à-dire cet étranger et cet hérétique par rapport au peuple Juif, qui reconnaît que c’est la parole de Jésus qui l’a guéri et qui revient lui rendre grâce. Alors, j’espère que ce soir, nous qui sommes réunis pour cette eucharistie, nous sommes le dixième de tous ceux qui ont été guéris, que nous sommes le bon dixième, c’est-à-dire le Samaritain, et que nous revenons vers le Christ pour lui rendre grâce de ce qu’il a fait pour nous.

Peut-être certaines ou certains d’entre vous ne sont-ils pas encore tout à fait convaincus qu’ils sont Samaritains à cent pour cent, ils ont alors encore de la marge pour endosser complètement le rôle du Samaritain ! Mais tous, vous savez que si vous êtes entrés ce soir dans cette cathédrale, ce n’est pas par un effet d’instinct grégaire ou par simple curiosité, ou par amour des belles pierres, c’est parce que vous étiez invités, c’est-à-dire appelés pour célébrer ensemble le Christ qui donne sens à notre vie, célébrer sa puissance qui vient toucher les plaies des hommes et des femmes pour les remettre debout, pour les délivrer de ce qui les exclut de la communion, pour les conduire avec amour et tendresse vers les pâturages que le Père a préparés pour nous. Nous sommes ces pauvres pécheurs, et c’est sur nous que le regard du Christ s’est posé, c’est à nous que sa parole est adressée, c’est pour nous qu’il a mis en œuvre sa puissance.

Cette année, notre célébration est colorée d’une façon particulière par la perspective de la session du synode des évêques qui se tiendra à Rome à l’automne prochain et dont le pape François a souhaité qu’elle soit ardemment préparée par ceux qui en seront les heureux bénéficiaires, si je puis dire, c’est-à-dire la jeunesse du monde. C’est pour préparer cette rencontre des évêques du monde entier que vous êtes sollicités afin d’exprimer, non pas simplement vos idées personnelles - qui peuvent toujours être intéressantes -, mais plus profondément comment vous reconnaissez que le Christ est quelqu’un dans votre vie, et comment cette présence du Christ dans votre vie transforme votre manière de vivre, votre manière de comprendre le monde, votre désir de le transformer. Comment cette présence mystérieuse du Christ - mystérieuse parce qu’invisible, mais certaine, parce qu’il nous l’a dit « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20), parce qu’il l’a mise en œuvre par l’envoi de son Esprit Saint, parce qu’il nous la rappelle régulièrement par la lecture et la méditation de sa Parole -, met-elle en œuvre dans chacune de nos existences une espérance et un facteur de nouveauté ? L’espérance, c’est la certitude que notre avenir, l’avenir de chacune et de chacun d’entre vous, mais à travers vous, l’avenir de notre humanité, n’est pas voué à la mort et à la destruction mais au contraire à la vie. L’espérance, c’est la certitude que malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer au cours de notre existence, malgré les limites que nous éprouvons, malgré parfois les fautes que nous commettons, nous sommes appelés à une vie de lumière et de paix.

Cette session des évêques autour du pape François porte sur la jeunesse, et sur l’expérience des vocations, c’est-à-dire des appels qui sont adressés à cette jeunesse pour transformer le monde. Ces appels, ces vocations, se réalisent à travers des formes différentes mais elles ont toutes un point commun, c’est un regard que Dieu porte sur nous, c’est une parole qu’il adresse à notre cœur, c’est une orientation qu’il donne à notre vie pour qu’elle ne soit pas inutile.

Chacune et chacun d’entre vous est appelé à contribuer au renouvellement de ce monde. Chacune et chacun d’entre vous est appelé à structurer son existence autour d’un dynamisme unique qui est le dynamisme de l’amour répandu en nos cœurs par la foi. Les uns vivront ce don d’eux-mêmes à travers des activités de tout genre, en fondant des familles, en accueillant des enfants, en les aidant à grandir. D’autres sont appelés à se donner tout entier pour la mission de l’Église comme consacrés, prêtres, religieux, religieuses. Tous, nous sommes invités au même chantier et nous sommes invités à la même table.

Que le Seigneur permette à chacune et à chacun d’entre vous d’entendre son appel, l’appel de Dieu pour lui ou pour elle. Qu’il permette à chacune et à chacun d’entre vous, à mesure qu’il avance dans ses études, de mieux discerner à quoi sa vie va être engagée, comment sa vie va pouvoir servir ses frères, comment l’amour va transformer son existence. Que le Seigneur vous donne de traverser cette période de discernement et de décision avec confiance dans la paix et dans la joie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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