Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - Fête du Chapitre et du Séminaire - Immaculée Conception de la Vierge Marie

Vendredi 8 décembre 2017 - Notre-Dame de Paris

La simplicité de la réponse de Marie à l’ange qui vient lui annoncer qu’elle va être la mère du Fils de Dieu s’accompagne d’un véritable discernement spirituel. Celle-ci est le fruit de la grâce de Dieu qui éclaire sa liberté. Nos choix sont aussi appelés à être posés dans une liberté en dialogue avec Dieu. Cela implique de nous reconnaître tels que nous sommes, c’est-à-dire dépendants de la miséricorde de Dieu.

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- Gn 3,9-15.20 ; Ps 97, 1-4 ; Ep 1,3-6.11-12 ; Lc 1,26-38

« Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). La simplicité admirable de cette réponse de la Vierge Marie sur laquelle nous avons tant et tant d’occasions de méditer pourrait cependant dissimuler à nos yeux et à nos esprits la réalité du discernement spirituel qui s’opère dans la discussion avec l’ange. En effet, le récit très factuel de l’évangile de Luc pourrait nous inciter à ne retenir que ce qu’il y a d’extraordinaire dans la rencontre de l’ange avec la jeune fille de Nazareth, et d’apparenter la réponse de Marie à une sorte d’héroïsme aveugle qui la conduit à adhérer à quelque chose qu’elle ne comprend pas. Peut-être, pouvons-nous être tentés à certains moments d’admirer d’autant plus l’abandon de la Vierge que son ignorance est grande, et nous plonger dans l’admiration de cette espèce d’adhésion aveugle, du moins telle qu’elle nous apparaît…

Le livre de la Genèse et l’épître aux Éphésiens doivent nous aider cependant à pressentir que derrière ce récit très factuel et dépouillé, il y a une réalité mystérieuse dans laquelle nous sommes invités à entrer : la réalité de la grâce de Dieu agissant au cœur de la liberté humaine. Si la Vierge Marie peut adhérer de tout cœur à l’appel qui lui a été adressé, c’est parce qu’elle est totalement libre intérieurement. Et si elle est totalement libre intérieurement, c’est parce que cette liberté a été préparée d’avance par la volonté de Dieu et par son action, si bien que, à nous en tenir à une lecture et à une intelligence simplement immédiate du dialogue, on risque de perdre le ressort ultime de cette adhésion totale de Marie à la volonté de Dieu. Sa réponse et son adhésion à cette volonté de Dieu n’est pas simplement un saut dans l’absurde ou une prime à l’incompréhensible. Marie n’adhère pas parce qu’elle ne comprend pas. Elle n’adhère pas parce qu’elle ne maîtrise pas la totalité du chemin. Elle adhère parce qu’elle a foi en celui qui parle et que cette foi s’appuie sur le signe qui lui est donné de la grossesse d’Élisabeth sa cousine.

Les discernements que nous sommes appelés à vivre dans notre vie peuvent aussi être vécus simplement dans l’immédiateté d’une parole, d’un appel, d’une incompréhension et finalement notre adhésion peut être davantage motivée par l’illusion, -en marchant sans savoir où l’on marche-, plutôt que par la description et le déchiffrage de ce que Dieu veut nous faire comprendre. L’épître aux Éphésiens nous remet devant la totalité du projet de Dieu qui est antérieur à l’histoire humaine, et s’accomplit cependant dans l’histoire humaine. C’est parce qu’il nous a choisis dès avant la Création du monde et qu’il a mis en nous les moyens d’adhérer à ce choix et de le porter, que Dieu peut, non pas faire semblant de jouer avec notre liberté, mais entrer véritablement en dialogue avec notre liberté. C’est parce que notre liberté est tout entière habitée par le désir que Dieu y a inscrit dès l’origine du monde, par le renouvellement de ce désir dans la rédemption accomplie par le Christ, par le dynamisme de l’Esprit vivant en nous, que Dieu peut s’appuyer sur notre liberté, parce que notre liberté est son œuvre.

Ainsi, quelles que soient les circonstances immédiates dans lesquelles nous percevons l’appel de Dieu et que nous essayons d’y répondre, quel que soit le sentiment de l’écart incommensurable entre ce que nous percevons de lui et ce que nous pouvons répondre par nous-mêmes, nous sommes invités à lire cet écart à la lumière de l’accomplissement du projet de Dieu, non seulement dans l’acte originel de la création, dans le renouvellement de cette création par la mort et la résurrection du Christ, dans l’accomplissement de la vie nouvelle donnée par l’Esprit, mais encore par les fruits de ce renouvellement dans notre vie qui est comme toute vie humaine, marquée par le péché. Nous ne pouvons pas entrer réellement dans ce dialogue et dans cette adhésion tant que nous ne parcourons pas le chemin par lequel Dieu nous permet de découvrir que nous sommes nus, que nous avons coupé l’harmonie initiale et qu’il sauve notre nudité par les vêtements du Salut. C’est ce cheminement auquel nous sommes entraînés par la méditation de l’histoire de l’Alliance, par la prise de conscience de la présence permanente de Dieu à notre existence, par la référence de notre histoire humaine à celui qui est avant l’histoire et qui sera après l’histoire.

Ainsi, chacune de nos vies, dans ce qu’elles peuvent avoir de faibles, de peu de poids, de peu d’enjeu, ou dans ce qu’elles ont de dramatiques, chacune de nos vies est le théâtre où se rejoignent la défaillance humaine devant l’appel au don de soi et la grâce de la générosité divine qui nous touche, qui nous absout, qui nous transforme et qui nous rend capables de lui répondre.

Chaque moment de notre vie, chaque décision à laquelle nous sommes confrontés doit être replacé dans le panorama entier de ce projet de Dieu sur l’humanité. Il ne s’agit pas simplement de gérer des circonstances, des événements imprévus, des paroles mystérieuses, il s’agit à partir des circonstances, des événements et des paroles, de revenir à la source de toute existence humaine et à la volonté de Dieu de faire de l’humanité un peuple saint.

Rendons grâce à Dieu qui nous donne dans la Vierge Marie non pas une héroïne de roman mais une personne préparée de toute éternité pour l’instant qu’elle vit, une personne donnée dans la miséricorde de Dieu et une personne qui ouvre des chemins dans l’histoire parce qu’elle accepte d’entrer dans l’histoire que Dieu lui donne.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, administrateur apostolique du diocèse de Paris.

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