Introduction du Cardinal André Vingt-Trois au cycle Droit, Liberté et Foi 2011

Collège des Bernardins – 5 octobre 2011

Cycle sur le thème “Le pouvoir de l’argent et le droit”.

Depuis les analyses et les hypothèses de Max Weber, le lien entre la foi et la gestion du monde économique n’est plus à établir. Chacun a son idée sur le sujet. Le choix que nous avons fait du thème « Le pouvoir de l’argent et le droit » est d’autant moins surprenant que l’actualité durable de la crise financière fait ressortir avec une acuité particulière un aspect parfois négligé des échanges économiques dont l’argent est à la fois une mesure et un symbole. Cet aspect que l’on redoute souvent d’évoquer est le suivant : l’argent n’est pas une réalité neutre. Il a sa propre dynamique, il a sa puissance de séduction et sa puissance de domination qui peut aller jusqu’à une maitrise exclusive de l’existence qui le promeut insidieusement à la fonction divine : le veau d’or est toujours debout.

Mais la tradition chrétienne ne se borne pas à rappeler cette symbolisation idolâtrique qui ressort des Écritures au point que Jésus en fait l’antithèse de Dieu lui-même. « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et l’argent. » Elle a élaboré une réflexion morale et casuistique sur les conditions de la manipulation de l’argent, sur sa fonction sociale et sur sa finalité morale. Pour garder sa liberté de jugement et d’action l’être humain doit exercer une réelle maitrise sur les biens dont il dispose et notamment sur l’argent. À défaut d’exercer cette maitrise, il se trouve inféodé et soumis à l’argent.

Va-t-on sortir de cette aventure en spécialisant les fonctions sociales : certains se gardant purs des transactions de l’argent et d’autres étant sacrifiés à la prospérité commerciale et économique ? Ce fut en tout cas une tentation récurrente dans un certain nombre de sociétés au cours des âges. Peut-on développer une philosophie de l’économie qui arrache le maniement de l’argent à la malédiction des idolâtres ? Cette voie a trouvé son expression dans la réflexion chrétienne des siècles récents. On en a même fait un corpus théologique sous le titre de Doctrine Sociale.

L’argent, en tant que symbole et moyen de pouvoir est aussi une des réalités qui marquent la vie de nos sociétés et dont le droit a à connaître. Qu’il s’agisse du droit des familles ou du droit des sociétés, l’expression des biens possédés, partagés, transmis ou spoliés, occupe une place non négligeable dans les différends qui vont jusqu’aux prétoires. Y a-t-il une approche juridique spécifique de l’argent ? Peut-il y avoir une justice sereine sur l’argent ?

Enfin, une des formes de la domination de l’argent sur notre culture est qu’il est devenu quasiment le marqueur exclusif des valeurs reconnues. La professionnalisation de presque toutes les fonctions de solidarité sociale et leur évaluation en termes de salaires et régulation administrative semble vider peu à peu nos relations humaines de leurs capacités de don et de gratuité. Saurons-nous réguler les relations humaines pour faire mentir l’adage : « Tout s’achète et tout se vend. » Comment reconnaître la valeur des services gratuits non seulement dans le domaine moral mais aussi dans le domaine de la production ?

Cet ensemble de questions nous invite à ouvrir une réflexion dont nos trois soirées ne seront pas le terme mais un commencement.

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