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Jean-Marie Lustiger : un héritage d’espérance et d’intransigeance

Tribune du père Matthieu Rougé, curé de Saint-Ferdinand des Ternes, professeur au Collège des Bernardins et ancien secrétaire du cardinal Lustiger, parue dans Le Figaro du 5 août 2017.

À l’occasion du dixième anniversaire de la mort du « cardinal juif », le curé de Saint-Ferdinand des Ternes rappelle le message de l’archevêque de Paris, qui a profondément transformé l’Église de France. Son legs, fait de souci du renouveau et de lucdité sur les excès de la modernité, est d’une actualité brûlante.

Voilà dix ans, le 5 août 2007, le cardinal Jean-Marie Lustiger s’endormait dans la paix. Deux jours plus tard, au creux même de l’été, des foules de Parisiens venaient se recueillir auprès de son corps à la cathédrale Notre-Dame. Le 10 août, les obsèques de celui qui fut salué par Maurice Druon comme le « cardinal juif » étaient précédées par le kaddish (la prière juive des morts) et célébrées en présence de cardinaux du monde entier, du représentant du Pape, du président de la République, des présidents de l’Assemblée et du Sénat, du gouvernement et de Lech Walesa, le héros de Gdansk, venu rendre hommage au descendant d’immigrés polonais, à l’ami et au compagnon du saint pape Jean-Paul

Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de Jean-Marie Lustiger ? Il y a les œuvres de ce visionnaire bâtisseur, auxquelles le cardinal André Vingt-Trois, qui fut son bras droit avant d’être son successeur, a procuré stabilité et développement : le Collège des Bernardins, devenu en quelques années un lieu incontournable du dialogue entre l’Église et la société ; Radio Notre-Dame, et les réseaux de radios locales chrétiennes auxquelles elle a donné leur première impulsion ; la télévision catholique KTO, qui permet notamment aux chrétiens les plus isolés de se sentir pleinement partie prenante de la vie de l’Église universelle ; la Fondation Notre-Dame, destinée à promouvoir en particulier des projets caritatifs innovants ; le Séminaire de Paris, dont sont désormais issus plus de deux cents jeunes prêtres...

Le cardinal Lustiger, ce sont des œuvres mais c’est surtout un esprit : la certitude que l’Évangile peut aujourd’hui encore toucher le cœur de nos contemporains, qu’il est la chance et la lumière de notre temps ; la conviction que la nouveauté chrétienne a besoin d’une relation vivante et respectueuse avec ses racines juives pour être pleinement elle-même ; le sentiment d’une responsabilité particulière de l’Église à l’égard des jeunes, victimes d’une crise de transmission sans précédent (les Journées mondiales de la jeunesse de Paris, en août 1997, furent un des points culminants de son épiscopat) ; la prise au sérieux des médias et des nouveaux : modes de communication ; un sens aigu de la responsabilité prophétique de l’Église dans le champ politique, sans indiscrétion institutionnelle mais sans complexe, dès lors que la dignité de la personne et la liberté religieuse peuvent être en cause.

Jean-Marie Lustiger était un homme paradoxal, à la fois intransigeant sur l’essentiel et gourmand de son époque, exigeant au point de paraître parfois dur et rempli d’affection, franc-tireur et attentif à la communion de l’Église. Il avait conscience que son immédiate notoriété, dès sa nomination comme archevêque de Paris en février 1981, était due à la singularité de son parcours : naissance à Montmartre dans une famille d’immigrés juifs polonais, découverte fulgurante du Christ pendant la guerre et son adolescence, drame de la mort de sa mère à Auschwitz, ministère intense auprès des étudiants durant les années de la guerre d’Algérie, du concile Vatican II et de Mai 68. Jean-Marie Lustiger ne se glorifiait pas de cette notoriété : il la recevait comme un appel à faire retentir avec une vigueur particulière, « à temps et à contretemps », l’appel du Dieu de la Bible à aimer et à se laisser aimer.

Bien que très lucide, charnellement lucide, sur les violences, les transgressions, les fractures de notre temps, le cardinal Lustiger cultivait un regard étonnamment optimiste sur l’avenir de l’Église en France et en Occident. Il attendait avec une impatience assurée, dans les années 1990, que « craque l’allumette » d’un nouvel embrasement spirituel. Dès 1989, quelques jours après la chute du mur de Berlin, il prononçait à Augsbourg une conférence remarquée scandée par le refrain prophétique : « Nous sommes au commencement de l’ère chrétienne. »

En constatant la fragilité croissante de l’Église en France aujourd’hui, en prenant conscience de la série – apparemment inexorable – des transgressions éthiques désormais inscrites dans notre droit, on peut se demander si le cardinal Lustiger n’a pas péché par excès d’optimisme. Ne s’est-il pas fait illusion en annonçant des lendemains qui, à défaut de chanter, seraient remplis de davantage de foi ? N’a-t-il pas commis une erreur stratégique en visant un large renouveau plutôt qu’une humble fidélité pour temps de crise ?

Peut-être répondrait-il que notre situation actuelle est, pour une part, le signe que nous n’avons pas su saisir des opportunités spirituelles qui pourtant existaient. « L’histoire ne repasse pas toujours les plats », avertissait souvent le cardinal. Sans doute nous faut-il surtout cultiver, à son école, une espérance plus profonde, plus fervente, plus active pour accueillir la nuit elle-même comme promesse de lumière. Concluant son plus grand livre, Le Choix de Dieu, Jean-Marie Lustiger invitait – et continue d’inviter – à contempler « la patience de Dieu dans l’histoire ».

Source : http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/04/31003-20170804ARTFIG00270-matthieu-rouge-jean-marie-lustiger-un-heritage-d-esperance-et-d-intransigeance.php

Du père Matthieu Rougé, lire aussi l’interview parue sur le site de la Conférence des évêques de France : « Le Cardinal était avant tout un croyant qui vivait de sa relation avec Dieu ».

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