Catéchèse du cardinal André Vingt-Trois lors des JMJ : Être disciple du Christ

Collège Notre-Dame, Rio de Janeiro (Brésil) – Jeudi 25 juillet 2013

Rencontre avec des jeunes francophones réunis à Rio pour les JMJ.

Chers amis,

je suis très heureux de me retrouver au milieu de vous ce matin, surtout devant cette profusion de drapeaux de diverses nationalités francophones, et de vous accompagner pour cette deuxième matinée de catéchèse. Celle d’hier a conclu que Jésus est l’Espérance de notre vie.

Je voudrais vous inviter à faire un pas de plus en essayant de mieux comprendre comment nous pouvons être disciples de Jésus, puisque le thème des JMJ, c’est bien que Jésus envoie ses disciples pour annoncer la Bonne nouvelle à travers le monde. On parle de Jésus, on parle du Christ, et chacun de nous évidemment, a sa petite idée ou sa petite image du Christ dans la tête, mais il n’est pas toujours si simple de savoir, non pas seulement qui était Jésus de Nazareth il y a plus de 2000 ans, mais qui est le Christ aujourd’hui pour nous et qui nous sommes aujourd’hui pour le Christ. Pour essayer de mieux comprendre ce que nous essayons de vivre avec Jésus, je vous invite à regarder dans les Écritures, et en particulier dans l’Évangile, comment les relations se sont nouées avec ceux qui l’ont suivi, ceux que l’on appelle des « disciples », c’est-à-dire des hommes ou des femmes qui suivent le Christ.

Le disciple a deux caractéristiques : il est quelqu’un qui suit un maître (“suivre” cela veut dire marcher à sa suite) et il est quelqu’un qui écoute un maître (cela veut dire qu’il reçoit sa parole). Et nous voyons bien dans l’évangile comment très tôt, au début du ministère public de Jésus, les auditeurs, ou les témoins, se placent dans différentes catégories. Il y a ceux qui refusent de comprendre : ils voient les signes, ils entendent les paroles, mais ils ne veulent pas reconnaître que ces paroles et ces signes viennent de Dieu. Saint Jean nous dit dans son évangile qu’ils ne l’ont pas reçu parce que leurs œuvres étaient mauvaises, parce que ces paroles et ces gestes éclairaient leur propre manière de vivre.
Et puis il y a un deuxième cercle, ce sont les curieux, ceux qui sont attirés par le côté un peu extraordinaire. On ne rencontre pas tous les jours quelqu’un qui guérit les malades, multiplie les pains, marche sur l’eau ! Comme ils sont spectateurs, ils viennent regarder le phénomène, ils viennent assister au miracle, ils s’émerveillent de ce qu’il dit, de sa parole de sagesse. Parmi nous qui participons aux JMJ cette année, il y en a aussi qui sont venus par curiosité. Ils sont impressionnés de voir tant de jeunes réunis, ils se disent : que se passe-t-il ? Ce serait intéressant de savoir et moi aussi je voudrais bien voir et entendre ! Ils voient, ils entendent, et puis… Comme vous pourrez regarder le Pape s’envoler dimanche après-midi : vous aurez vu, vous aurez entendu…

Il y a une troisième catégorie, ce sont ceux qui veulent marcher à sa suite. Parmi tous ces gens qui étaient autour de Jésus, qui le regardaient faire des miracles, qui écoutaient son enseignement, certains se disaient : on n’a jamais rien vu de pareil, on n’a jamais rien entendu de pareil ! En avant ! Au moment où Jésus partait, ils l’ont suivi, ils marchaient derrière lui, ils étaient devenus des disciples. Et parmi ces disciples, vous le savez, Jésus en a appelé un certain nombre : douze, pour en faire ses apôtres, c’est-à-dire pas simplement des gens qui le suivent, mais des gens qu’il envoie. Et il en a encore choisi 72, pour les envoyer en avant de lui, pour préparer le chemin, ce sont des disciples qui ont reçu une mission.

Mais revenons à cette catégorie des disciples. On laisse de côté ceux qui n’ont rien voulu comprendre, on laisse de côté ceux qui étaient seulement des curieux, et on se dit : on a quand même pas traversé les mers simplement par curiosité, on est venu pour faire quelque chose, on est venu pour vivre quelque chose et ce que nous voulons vivre, c’est de suivre le Christ, c’est d’écouter sa parole. Nous voyons dans l’évangile des gens, comme Marie, la sœur de Marthe et de Lazare, dont l’évangile nous dit qu’elle était assise aux pieds du Seigneur et qu’elle écoutait sa parole. On voit des gens que Jésus appelle comme Zachée, « Zachée,… aujourd’hui je dois demeurer chez toi. Il descend de son arbre et il va ouvrir sa maison » (Lc 19, 5-6). On voit des hommes qui rentrent de la pêche, qu’il appelle à le suivre et petit à petit nous voyons un certain nombre de gens qui acceptent de changer leur manière de vivre. Car suivre Jésus cela veut dire changer sa manière de vivre. Ce n’est pas simplement écouter un enseignement de sagesse, ce n’est pas simplement écouter des beaux discours, ce n’est pas simplement admirer des gestes impressionnants comme la multiplication des pains, c’est accepter que ces paroles et ces gestes changent quelque chose dans ma vie. Je me mets debout, je marche derrière Jésus et j’essaye de faire ce qu’il dit : « à ceci on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn 13, 35). « Vous garderez mes commandements et vous mettrez ma parole en pratique ». Ce qui veut dire que ce personnage, Jésus, qui a traversé la Galilée, la Judée, en faisant le bien, en faisant des signes merveilleux, en montrant que le Salut s’était fait proche des hommes, n’est pas simplement une figure exceptionnelle, c’est un guide et un maître, et la relation que nous essayons de vivre avec le Christ, c’est une relation de maître à disciple : il est celui qui nous conduit sur le chemin de la vie. Vous vous rappelez sans doute que dans l’Évangile, il y a un certain nombre de personnes qui s’adressent à Jésus en l’appelant « maître ». C’était le nom que l’on donnait au rabbi qui enseignait l’Écriture aux Juifs, et qui commentait l’Écriture. Les gens disent : voilà un nouveau rabbi, il a la parole de sagesse, il sait ce qui est bon pour l’homme, il nous indique des chemins de vie, il est une boussole, une référence, une lumière pour conduire notre vie.

Si nous essayons d’entrer dans cette relation de disciple et de maître, nous avons trois chemins, trois objectifs, trois manières de faire pour nous permettre de progresser dans la vie de disciple de Jésus.

Le premier chemin : écouter sa parole. Comment écoute-t-on la parole de Jésus ? Il ne nous parle pas ! Mais il nous a laissé un témoignage de sa parole à travers les apôtres qu’il a appelés, à qui il a donné la plénitude de l’Esprit Saint. Sa parole a été transmise et nous l’avons reçue et recueillie dans ce que nous appelons les évangiles, les quatre évangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ces quatre évangiles nous racontent des épisodes importants de la vie de Jésus, mais surtout ils nous rapportent des paroles de Jésus qui s’adressaient à ses disciples. Quand nous allons à la messe le dimanche, nous écoutons la parole du Christ à la lecture de l’Évangile. Et très souvent cet évangile commence par ces mots : « Jésus disait à ses disciples… », ou encore « Jésus disait aux gens qui l’entouraient… ». Eh bien, aujourd’hui Jésus nous dit à nous, les mêmes paroles, Jésus s’adresse à nous pour éclairer notre vie, éclairer notre chemin, et cette parole du Christ, nous ne la recevons pas seulement comme un texte que l’on pourrait lire. Ce serait déjà très bien si vous aviez dans votre poche un petit Nouveau Testament où vous pourriez lire des paroles du Christ à n’importe quel moment ! Et même si vous n’avez pas de livre dans votre poche, vous avez dans votre mémoire des paroles du Christ que vous connaissez par cœur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », « Faites du bien à ceux qui vous font du mal », « pardonnez à ceux qui vous ont fait du tort », quantité de paroles du Christ qui sont des paroles simples, avec des mots que nous connaissons tous, que nous utilisons tous les jours. Et la plus belle parole quand les disciples lui demandent de leur apprendre à prier, c’est le Notre Père que vous connaissez par cœur. Donc, si vous voulez « ruminer » les paroles du Christ, vous n’avez pas besoin d’une bibliothèque, vous avez tout cela dans votre cœur.
La parole de Dieu n’est pas si loin, elle est dans ton cœur et sur tes lèvres, et c’est en ton cœur et sur tes lèvres que tu fais monter cette parole, tu l’accueilles, tu l’entends et elle éclaire ta vie. Parole du Christ que nous recevons, parole du Christ qui nous est commentée quand nous allons à la messe, non seulement on lit l’évangile mais on le commente. Le prêtre commente l’évangile pour nous aider, non pas tellement à comprendre des mots qui sont finalement des mots communs, mais à comprendre ce que ces mots peuvent dire pour nous aujourd’hui ! La question n’est pas simplement de savoir si Jésus a dit « pardonnez à vos ennemis », la question est de savoir : pour moi, aujourd’hui, qui essaye d’être disciple de Jésus et d’être chrétien, qu’est-ce que cela veut dire : « pardonner aux ennemis » ? Les ennemis ne sont pas seulement des gens qui ne vous plaisent pas, ils peuvent être des ennemis violents qui vous font du mal réellement. Qu’est-ce que cela veut dire : pardonner à ses ennemis ? Il ne suffit pas d’entendre les mots, il faut encore se demander comment ses mots pénètrent notre cœur et peuvent transformer notre manière de vivre. Ainsi donc première manière pour entendre cette parole : la méditer dans son cœur, la laisser éclairer ce que nous vivons.

Deuxième façon d’entrer en relation, aujourd’hui, avec Jésus, ce sont les moyens qu’il nous a donnés lui-même, il ne nous a pas donné seulement sa parole, mais il nous a donné les sacrements. Ce sont des gestes et des paroles qui sont garantis par lui. Par exemple, tout à l’heure nous allons célébrer la messe, et pendant la messe les prêtres qui agissent au nom du Christ, vont dire : « ceci est mon Corps livré pour vous ; Faites cela en mémoire de moi ». Ces paroles garantissent que le pain que nous tenons, c’est le Corps du Christ. L’assemblée que nous formons, c’est le Corps du Christ, l’Église à laquelle nous appartenons c’est le Corps du Christ. Le Christ est donc présent à ce monde, pas simplement par des paroles que nous essayons de comprendre et d’accueillir, mais par des réalités humaines, des expériences humaines. Un enfant vient au monde, il reçoit la vie, on le baptise, cette vie devient en lui la vie de Dieu. C’est un événement que vous avez tous connu, peut-être que vous ne vous rappelez pas votre propre baptême, mais vous l’avez connu pour le baptême d’enfants plus jeunes. Le prêtre dit : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit », et il devient vraiment membre du Christ.
J’ai évoqué tout à l’heure la messe que nous allons célébrer. Vous avez eu ces jours-ci des propositions pour vous confesser, c’est-à-dire pour recevoir le pardon de Dieu, pas simplement d’une façon personnelle où vous diriez « j’ai demandé à Dieu pardon, il m’a pardonné »… Il m’a pardonné, mais suis-je vraiment sûr qu’il m’ait pardonné ? Quand je célèbre le sacrement de la réconciliation, la parole de pardon qui est prononcée sur moi, c’est la parole du Christ lui-même, c’est lui qui me pardonne. Cette vie sacramentelle de l’Église c’est le deuxième élément de notre relation de disciple à Jésus.

Le troisième élément de notre relation de disciple à Jésus, ce sont les changements dans notre manière de vivre. On ne peut pas être disciple du Christ et vivre comme si le Christ n’existait pas. On ne peut pas essayer d’être chrétien et vivre comme si on n’était pas chrétien. Beaucoup de gens demandent parfois : qu’est-ce qu’être chrétien ? Qu’est-ce que cela change ? Si vous ne changez pas votre manière de vivre, cela ne change rien du tout ! Ce n’est pas compliqué ! Vous n’avez pas changé de couleur, vous n’avez pas changé de taille, vous n’avez pas changé de sexe, vous n’avez pas changé de caractère, vous êtes toujours les mêmes. Et pourtant, par la parole du Christ qui vous a intégrés au groupe des disciples, vous avez la possibilité de vivre une vie nouvelle. Mais cette vie nouvelle ne va pas tomber d’un coup comme une toile qui vous recouvrirait et ferait disparaître ce que vous êtes. Cette vie nouvelle va devenir réellement votre vie parce que vous allez vivre autrement que vous viviez.

J’ai parlé tout à l’heure de Zachée. Vous connaissez bien l’histoire de Zachée, un peu voleur sur les bords, qui avait voulu voir Jésus, comme tout le monde. Tout le monde veut aussi voir le Pape, vous le verrez sur un écran, ce n’est déjà pas mal ! Sans écran, Zachée était obligé de monter dans un arbre pour surplomber la foule ! Jésus lui dit : « Viens, il faut que j’aille chez toi aujourd’hui ». Voilà un événement nouveau, il n’a pas seulement vu mais il a entendu, il est descendu de son arbre et a reçu Jésus dans sa maison de pécheur, avec ses amis qui étaient aussi des pécheurs. Quand Jésus vient manger avec nous, il n’est pas toujours en très bonne compagnie… Les gens disent : qu’est-il allé faire en mangeant chez les pécheurs, ce n’est pas normal, on ne va pas fréquenter des pécheurs quand on est un bon juif qui veut se garder pur. Et Zachée dit : je vais rendre ce que j’ai volé. Voilà une vie nouvelle ! Ce qui est la nouveauté dans la vie de Zachée, ce n’est pas qu’il ait reçu Jésus dans sa maison, la nouveauté, c’est que la visite de Jésus dans sa maison va le faire vivre autrement ! Avant il s’arrangeait pour prélever son bénéfice sur les impôts que payaient les gens, et il les escroquait. Après, il dit : je vais rendre ce que j’ai pris et je donnerai la moitié de mes biens aux pauvres. Voilà quelque chose qui change !
Vous connaissez un autre personnage invité à mener une vie nouvelle, c’est le jeune homme riche qui vient demander à Jésus : qu’est-ce que je dois faire pour avoir la vie éternelle ? Exactement ce que je vous disais tout à l’heure : que faut-il faire pour être chrétien ? Il faut prier tous les jours, aller à la messe, ne pas voler, ne pas tuer, etc. Le jeune homme riche dit : tout cela je l’ai fait ! Donc je peux être chrétien sans changer grand-chose puisque j’ai déjà rempli toutes les cases prévues depuis ma jeunesse ! Jésus le regarde et l’aima : il trouvait que c’était un beau jeune homme qui avait mené une belle vie. Ce n’est pas si fréquent de trouver un jeune bien dans sa peau, qui dit : moi j’ai fait tout ce qu’il fallait faire. Puis Jésus lui dit : « Une chose te manque. Va, vends tout ce que tu as, … donne l’argent aux pauvres et suis-moi » (Mc 10, 21). C’est une nouveauté ! Il ne suffit pas d’avoir coché une case à mesure que l’on faisait le bien ou que l’on évitait le mal, mais il faut changer de vie, il faut passer à un autre genre de vie, il faut ajuster notre vie à la parole du Christ.

Chacune et chacun d’entre nous, si nous voulons devenir disciples du Christ, il faut que nous entrions dans ce chemin de conversion et constamment recommencer. On n’est pas converti une fois pour toujours. On doit sans cesse se convertir et toujours chercher ce que Jésus nous demande de nouveau dans notre travail, dans nos études, dans nos relations avec les autres, dans notre famille, dans nos loisirs, dans ce que nous possédons, dans le bien que nous partageons, dans le service que nous pouvons rendre aux autres. Vous avez toute une série de questions que vous pouvez vous poser si vous voulez vraiment devenir disciples du Christ. Qu’allez-vous changer dans votre manière de vivre pour que votre vie soit vraiment nouvelle ? Et si vous commencez, soyez tranquilles, les premiers pas ne sont jamais trop difficiles, sans cela personne n’avancerait, les premiers pas sont toujours faciles, mais à mesure que l’on avance, on a des pas plus importants à faire jusqu’au moment où l’on devient vraiment disciple du Christ, c’est-à-dire où l’on accepte de tout laisser pour lui, c’est-à-dire où l’on accepte qu’il occupe la première place dans notre vie. Nous verrons tout à l’heure, en célébrant la messe en ce jour de la fête de l’apôtre saint Jacques, que suivre le Christ, comme Jésus le dit dans l’évangile, cela veut dire prendre chaque jour sa croix pour marcher à sa suite, c’est-à-dire chaque jour accepter de prendre sur nos épaules une partie du malheur des hommes pour essayer que le monde soit meilleur et que vraiment nous soyons les artisans d’un monde nouveau. Nous ne sommes pas sur la terre simplement pour consommer ce que la terre a produit avant nous, nous sommes sur la terre, aussi, pour renouveler la manière dont les hommes vivent les uns avec les autres et pour faire surgir les signes du Royaume à travers une vie de réconciliation, d’amour et de paix.

Merci.

+André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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