Le choix de la crémation : bien en mesurer les conséquences

Parole donnée à Christian de Cacqueray, directeur du Service Catholique des Funérailles.

"Au moment de la plus vive opposition entre l’Eglise et les anticléricaux, au tournant du XIXe et du XXe siècle, la crémation [1] a été utilisée comme une manifestation forte du rejet des dogmes de l’Eglise et en particulier de celui de la résurrection de la chair. En 1887 est votée une loi dite de « liberté des funérailles », qui en donnant à chaque Français la liberté de choisir son mode de sépulture, rend la crémation légale. En réaction, L’Eglise interdit cette pratique. Interdit qui sera levé en 1963, à l’issue du Concile, considérant qu’il n’a pas de fondement théologique : la résurrection de la chair se vit que l’on soit poussière ou cendres. A partir de cette époque et jusqu’à aujourd’hui, la crémation est passée en France de presque rien à 30% des sépultures !

Il est difficile de désigner une cause au développement de ce mode de sépulture, tant elles sont nombreuses. On peut toutefois constater combien la crémation est en phase avec les mentalités actuelles. On peut y lire en effet les traces de l’individualisme si présent dans la vie comme dans la mort. Tout ce qui est de l’ordre du « nous », du collectif, est rejeté au profit du « je », du subjectif et de l’autonomie. Le plus souvent, avec la crémation, la personne entend rester maître de son corps jusque dans la mort. Ainsi elle n’inflige pas sa sépulture à ses descendants, puisqu’ils ne s’y intéresseront pas. C’est pourquoi la crémation est de plus en plus souvent associée à la dispersion des cendres.

Sur le plan de l’accompagnement pastoral la crémation pose problème car elle n’est pas inscrite dans la culture française. Dans la pratique, les familles sont invitées par les entreprises de pompes funèbres à se rendre au crématorium où un rituel est proposé. Or cette proposition se substitue bien souvent à la célébration paroissiale, alors que ses conditions n’ont rien à voir : réunies dans des salons aseptisés, les familles ne disposent que de peu de temps avant la mise à la flamme. Puis se pose la question immédiate de l’éventuelle récupération des cendres encore tièdes, avec la violence symbolique que représente la transformation, en quelques minutes, d’un corps en trois litres de cendres. Face à cela, l’Eglise a le souci de l’homme et de sa consolation. C’est pourquoi elle rappelle à chacun la richesse du parcours des funérailles qui passe par l’église. De même qu’elle rappelle l’importance, dans les premiers temps du deuil, d’un lieu de mémoire.

Au Service Catholique des Funérailles, chaque fois qu’une famille demande la crémation, nous précisons aux proches qu’il n’y a pas d’obligation de se rendre au crématorium. Or nous constatons que nombre de ces familles décident alors de ne pas s’y rendre et de réunir l’assistance après la célébration pour un temps de convivialité dont on sait l’importance dans ces circonstances douloureuses. Nous proposons par ailleurs de récupérer l’urne et de la remettre à la famille dans les jours qui suivent. Cela laisse aux proches le temps de discerner la juste destination de l’urne. Sur ce dernier point, l’Eglise nous dit que même si nous n’allons pas souvent dans les cimetières, ou même peut-être jamais, la trace post-mortem de toute vie est un des éléments qui constitue la filiation, et cela a du sens. Que la modernité bouscule cette réalité avec le recours croissant à la dispersion des cendres, nous invite malgré tout à rappeler certains principes, dans l’intérêt même des personnes en deuil.

Si l’Eglise manifeste encore aujourd’hui sa préférence pour l’inhumation à l’image de la sépulture du Christ, c’est parce que ce mode de sépulture est source d’apaisement car il laisse au temps le soin de faire son œuvre. On ne peut pas en dire autant de la crémation qui restera toujours porteuse d’une violence symbolique bien réelle et que certaines personnes vivent mal. Dans ces conditions, l’important est de faire ce choix en concertation avec ceux que l’on aime afin d’en définir avec eux le juste déroulement. Car, entre poussière ou cendres, la réponse n’est pas fondamentalement théologique mais humaine. Recherchons avant toute chose les voies de l’apaisement de ceux qui nous survivront."

En savoir plus
- La mort et l’espérance chrétienne

[1Le vocabulaire a son importance. On a l’habitude d’utiliser « incinération » pour les déchets ménagers. En ce qui concerne le corps humain, on parle plutôt de « crémation » ce qui est plus respectueux.

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