Mgr Michel Aupetit, un pasteur de ce temps

Mgr Michel Aupetit, évêque de Nanterre (Hauts-de-Seine), a été nommé par le pape, jeudi 7 décembre, archevêque de Paris. Il retrouve un diocèse qu’il a servi, avec joie et profondeur, pendant près de vingt ans.

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Mgr Michel Aupetit
© Trung Hieu Do

Il se voyait et rêvait médecin de campagne. Le voilà, à 66 ans, archevêque de Paris. Facétie de la Providence ? Parcours atypique d’un homme, plutôt, Mgr Michel Aupetit, qui a accepté de laisser, avec joie, les rênes de sa vie entière au Seigneur. Certes, il ne le fait pas sans renoncement. Mais, à l’image de son prédécesseur, le cardinal André Vingt-Trois, administrateur apostolique du diocèse jusqu’au 6 janvier, il dit « oui ».

Enfant, d’abord. Alors que son père, cheminot dans les Yvelines, pousse très rarement les portes d’une église, Michel Aupetit ne lâche pas sa foi. Sa mère lui apprend à faire sa prière. Lui l’approfondit en lisant, en pratiquant, seul, sans aide. Adulte, poussé par l’envie de « soigner les gens », il devient médecin généraliste à Colombes (Hauts-de-Seine). Dix ans plus tard, à l’âge de 39 ans, il ressent l’appel au sacerdoce. Choix difficile : il fait une croix sur son plan de vie de père de famille et entre au séminaire. Là, sa joie interpelle. « Nous avons énormément ri, se rappelle ainsi le P. Maxime d’Arbaumont, passé à la Maison Saint-Augustin, au séminaire, puis ordonné prêtre en même temps que lui. Pas à des histoires potaches mais portés par ce bonheur d’avoir tout abandonné pour suivre le Christ. »

Aujourd’hui, Mgr Michel Aupetit avoue, dans une interview donnée à KTO le soir même de sa nomination, que l’annonce, par le nonce apostolique, de la décision du pape de le placer à la tête du diocèse de Paris avait été un réel « coup de massue ». Mais, fidèle à lui-même, il finit sa narration par une pointe d’humour : « Une personne était à mes côtés. Quand elle a vu ma tête, elle m’a demandé : “Vous venez de perdre quelqu’un ?” »

Pédagogue, il s’adapte à son auditoire

Mgr Aupetit est un homme affable, jovial. Son large sourire, ses yeux pétillants et sa voix, grave, de crooner – l’homme aime chanter – inspirent d’ailleurs cette image. Mais, « sa joie est profonde », tient à préciser Brigitte Guilhaume, une de ses paroissiennes de N.-D. de l’Arche d’Alliance (15e). « Mgr Aupetit est enraciné dans le Christ », abonde le P. d’Arbaumont. « Il a une grande capacité d’écoute, ajoute Brigitte Guilhaume. Malgré son emploi du temps chargé, il ne regarde pas sa montre. » Pour cette femme médecin de 70 ans, difficile de ne pas se laisser emporter par l’émotion. « Il m’a beaucoup soutenue lors de ma maladie, souffle-t-elle. Il savait décrocher le téléphone pour demander de mes nouvelles et priait pour moi. » Car, « c’est avant tout un homme de prière », souligne le P. d’Arbaumont. En témoigne sa volonté de réserver des plages horaires à la prière dans son emploi du temps d’évêque de Nanterre. Cet homme qui dort peu « se lève la nuit pour faire oraison, explique le P. d’Arbaumont. Il aime le silence, l’ambiance et l’entière disponibilité que ce temps de la journée offre ». Brigitte Guilhaume, elle, se rappelle de son recueillement avant de prononcer ses homélies durant la messe. « On sent qu’il invoque l’Esprit Saint avant de prendre la parole. » Histoire de trouver le mot juste, de ne pas blesser. « Il adopte un vocabulaire circonstancié à son interlocuteur, remarque le P. Bertrand Auville, curé de Vanves (Hauts-de-Seine). Il est capable, sans jamais dériver d’une réelle rectitude dogmatique, de s’adapter à son auditoire », poursuit-il. Acrobatie langagière, délicatesse sociale. Dans son ouvrage, L’homme, le sexe et Dieu (éd. Salvator), entre des citations de théologiens et de grands scientifiques, lui, guitariste qui connaît sur le bout des doigts les répertoires de Brassens et de Brel, glisse les paroles, crues, d’une chanson d’un slameur contemporain, Grand corps malade. « C’est un esprit libre », remarque le P. Auville. Un esprit qui ose une parole forte, comme lors de l’épisode du mariage pour tous. On l’interroge en tant que spécialiste de la bioéthique. Il répond sans ambages, voyant dans cette loi un « bouleversement de la filiation », « une remise en cause du Code civil » [1].

Une connaissance du terrain

Porté par un désir d’efficacité, Mgr Aupetit fonce. Il désire renouveler l’évangélisation dans le diocèse de Nanterre : il appelle le groupe lyonnais de pop chrétienne Hopen. « Quand il décide quelque chose, il met tout en route pour y parvenir », remarque Antoine Auclair, l’un des quatre frères musiciens.
Certains soulignent un caractère trempé ; Arielle Courty, responsable des Chantiers du Cardinal dont Mgr Aupetit a été évêque accompagnateur, voit en lui avant tout « un homme de son temps ». Elle explique : « Il a eu plusieurs vies, a été au contact de milieux sociaux très différents quand il était médecin à Colombes. Par cette expérience, il a acquis une vraie connaissance des soucis quotidiens de tout-un-chacun. ». Aujourd’hui, le P. d’Arbaumont en est certain : « Il fera passer, avec beaucoup d’humour et de joie, le message que le Christ veut adresser au peuple de Paris. » Sa nomination n’est peut-être pas une surprise. Mais son parcours et sa vie sont, pour l’Église catholique, assurément surprenants.

Par Isabelle Demangeat

Quelques dates-clés

  • 1951 : naissance à Versailles (Yvelines).
  • 1979-1990 : il exerce, comme médecin généraliste, à Colombes (Hauts-de-Seine).
  • 1995 : ordination sacerdotale. Il est alors nommé vicaire à St-Louis-en-l’Île (4e) puis à St-Paul-St-Louis (4e), tout en étant aumônier des lycées et collèges du Marais.
  • 2001-2006 : il est curé de N.-D. de l’Arche d’Alliance (15e).
  • 2006 : il est nommé vicaire général du diocèse de Paris puis, en 2013, évêque auxiliaire, référent notamment pour la bioéthique.
  • 2014 : il devient évêque de Nanterre.

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