« On ne peut pas tout, on ne sait pas tout, on ne saura jamais tout »

Elle a été l’une de ceux qui ont témoigné lors de la Veillée pour la vie à Notre-Dame. Le Pr Pascale de Lonlay, en charge d’un service de maladies orphelines, a choisi de mener de front son métier de pédiatre et une activité de recherche.

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Le Pr Pascale de Lonlay est pédiatre, responsable d’une unité de recherche à l’hôpital.
© François-Régis Salefran

Paris Notre-Dame – Vous avez témoigné, le 16 mai dernier, de l’importance de la recherche, en tant que médecin pédiatre et chercheur universitaire. Pourquoi la recherche est-elle si importante à vos yeux ?

Pascale de Lonlay – J’aime mon métier de pédiatre, mais c’est la recherche qui m’anime car c’est elle qui permet de transformer l’évolution naturelle des maladies. En tant qu’universitaire, c’est pour moi un devoir d’essayer de toujours mieux faire, et de ne pas me reposer alors que des patients attendent un traitement.

Attention ! nous travaillons en équipe. Si je fais de la recherche appliquée, je collabore avec des chercheurs fondamentaux. C’est un très beau métier, dur, mais essentiel.

P. N.-D. – Vous dites que cette activité de recherche, complémentaire à celle de soignant, vous est devenue une évidence et un devoir. Expliquez-nous ?

P. L. – Une évidence, car j’ai eu la chance, à la fin de mon internat, de travailler sur un sujet portant sur une maladie rare, encore mal connue à l’époque. Nos travaux de recherche ont révolutionné cette maladie, en démontrant son mécanisme, évitant en cela une chirurgie complète à ces enfants. Ce fut un progrès incontestable pour le devenir des malades. Pourquoi un devoir ? Parce qu’en tant que médecin, je pense qu’il faut travailler sans relâche pour nos patients. Mais cela peut aussi passer par des choses simples, toutes petites, comme leur confort quotidien et l’écoute. La recherche a pour finalité de servir le patient dans sa globalité, et les services hospitaliers et les nuits de garde nous le rappellent régulièrement.

P.N.-D. – Vous dites également dans votre témoignage, « qu’on ne peut pas tout, qu’on ne saura jamais tout ». Humilité étonnante de la part d’un médecin…

P. L. – Les pédiatres ne peuvent pas ne pas faire preuve d’humilité devant un enfant qui souffre. Notre quotidien, ce sont des parents inquiets. Il faut savoir écouter les patients, tout en sachant ne pas se laisser déborder. Non seulement on ne peut pas tout, on ne sait pas tout, mais on ne saura jamais tout. La nature humaine est d’une extraordinaire complexité. Plus on découvre, on tire un fil, plus on prend conscience qu’on n’en verra jamais la fin…

P. N.-D. – Dans un entretien à Paris Notre-Dame, en janvier dernier, Mgr Michel Aupetit déclarait qu’il fallait être pour le progrès technique, mais que celui-ci pouvait être mal employé. Et que la réflexion éthique est alors essentielle. Vous êtes d’accord ?

P. L. – Oui, bien sûr, mais rappelons que dans la plupart des cas, la recherche permet de belles choses. Son but reste d’améliorer les traitements existants. La question se pose, c’est vrai, pour la recherche fondamentale : sur quelle cellule va-t-on travailler ? Par exemple, il n’y a aucun problème éthique à travailler sur les cellules de peau d’un patient ou les cellules de muscles. On peut donc largement travailler sur des cellules qui ne sont pas des cellules embryonnaires. Mais ne soyons pas naïfs, l’identification d’un gène a aussi pour but, si les parents le souhaitent, de pouvoir interrompre la grossesse en cas de maladie sévère. Si j’ai choisi la pédiatrie, c’est pour être dans le traitement, et pour ne pas avoir, en tant que catholique et croyante, à être confrontée à ces choix.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

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