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Paulin Enfert, futur saint parisien ?

Lors de leur assemblée de printemps à Lourdes, les évêques de France ont donné un avis favorable à l’ouverture de la cause de canonisation de Paulin Enfert (1853-1922), fondateur de La Mie de Pain à Paris. Vice-postulatrice de la cause, Catherine Prade nous explique qui était cet homme à la charité contagieuse.

Paris Notre-Dame – Où en est-on exactement de l’avancée de la cause, après l’avis favorable rendu par les évêques de France ?

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Catherine Prade, chartiste, vice-postulatrice de la cause de Paulin Enfert.
© Laurence Faure

Catherine Prade – Nous attendons maintenant le « nihil obstat » de la Congrégation des causes des saints, au Vatican, pour que Mgr Michel Aupetit puisse ouvrir le procès diocésain qui sera pris en charge par une commission d’enquête. Cette dernière devra procéder – cela peut prendre plusieurs mois – à certaines vérifications déterminantes pour que Rome puisse établir l’héroïcité des vertus de Paulin Enfert, première étape du procès de béatification.

P.N.-D. – L’œuvre de Paulin Enfert est liée à l’un des quartiers les plus misérables de Paris à la fin du XIXe siècle et se développe dans un contexte politique et social spécifique…

C.P. – Paulin Enfert, né à Nevers (Nièvre), est fils de corroyeur, éduqué chez les Frères des écoles chrétiennes à Paris où il grandit dès l’âge de 12 ans. Il est contemporain de saint Jean Bosco (1815-1888) et du bienheureux P. Antoine Chevrier (1826-1879), fondateur de l’Institut du Prado à Lyon (Rhône), ce qui n’est pas anodin. Son œuvre s’inscrit en effet dans une époque marquée par la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 – et les heurts violents qui s’ensuivent –, et la naissance d’œuvres sociales chrétiennes, qui s’ancreront dans le paysage français. Dans ce contexte, Paulin Enfert est un chrétien affirmé et confiant. « C’est dans notre foi que nous deviendrons meilleurs », disait-il. Dès l’âge de 18 ans, engagé dans la conférence Saint-Vincent-de-Paul de la chapelle St-Marcel de Maison-Blanche (13e) – il habite alors avenue d’Italie et ne quittera plus le quartier –, il catéchise la jeunesse misérable et désœuvrée des rues alentours – le catéchisme est retiré des programmes scolaires au début des années 1880. Pour encourager ces adolescents dans la pratique de leur foi, il utilise le jeu – lui-même jonglait et exerçait ses talents de prestidigitateur – et les ouvre aux œuvres de charité... En 1887, il réunit plus de 200 jeunes chaque dimanche, après la messe. C’est la naissance du patronage Saint-Joseph. Puis, en 1891, ces mêmes jeunes vont créer une des premières soupes populaires de l’époque. C’est la naissance de l’œuvre de La Mie de Pain [1].

P.N.-D.– Comment peut-on s’inspirer de l’action de cet homme peu banal, que les jeunes appelaient « papa Enfert » ?

C.P. – Il était créatif à l’infini : un vestiaire, un « secrétariat des pauvres », une « section de ligue antialcoolique », un village de vacances pour les familles de ses jeunes démunis… Paulin Enfert était un laïc enraciné dans son époque – il travaillait à la Compagnie générale des assurances –, qui a contribué fortement au développement de la vie sociale et caritative des paroisses de Ste-Anne de la Butte-aux-Cailles (13e) et de St-Hippolyte (13e). Dans notre Paris contemporain, où la misère et la solitude sont malheureusement toujours aussi actuelles, il est un bel exemple de charité agissante.

Propos recueillis par Laurence Faure

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