« Proposer l’expérience chrétienne du corps, de l’art et de la culture »

L’an dernier, les Conférences de carême ouvraient un cycle de trois années consacrées au thème Culture et évangélisation. Après le philosophe Rémi Brague, qui a proposé une réflexion sur « le sens spirituel des cultures », le philosophe Olivier Boulnois se chargera cette année d’en déployer le second mouvement, intitulé Le Christ et la culture. Il nous en présente les enjeux.

Paris Notre-Dame – Pourquoi consacrer des Conférences de carême au problème de la culture ?

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Olivier Boulnois, philosophe, professeur à l’École Pratique des Hautes Études.
© Priscilia de Selve

Olivier Boulnois – Aujourd’hui pas moins qu’hier, cela fait partie de la mission de l’Église : proposer à tous les hommes ce qui les grandit ; les aider à développer leur intelligence, à éduquer leur conscience, à faire avancer la science, à faire surgir la beauté. De plus, les chrétiens ont un devoir spécifique : se former pour rendre raison de leur espérance auprès de leurs proches, croyants comme incroyants.

P. N.-D. – Ce cycle s’intitule Le Christ et la culture. À quelle question tentez-vous d’apporter un éclairage ?

O. B. – Ce titre insiste sur le paradoxe central. Le Christ et la culture ne sont pas du même ordre. Le Christ n’est pas un acteur culturel, il apporte le salut. Il ne bâtit pas de monument et n’écrit pas de livre. Et pourtant, nous reconnaissons avec évidence quelles cultures ont rencontré le Christ. Pourquoi ? Parce que le Christ change la forme de vie des hommes, et que ceux-ci, à leur tour, changent les cultures. Les conséquences sont donc immenses.

P. N.-D. – Ne craignez-vous pas que cette question soit trop éloignée des préoccupations des gens ?

O. B. – Ce serait dommage, car c’est maintenant le moment décisif. La culture contemporaine est en crise. Et elle ne voit pas bien quel rapport elle pourrait entretenir avec le Christ. Mais en même temps, l’époque des affrontements est dépassée. C’est une chance qui s’offre à tous. Entre les hommes de culture, qui sont à la recherche d’une vérité à travers leurs œuvres, et les chrétiens, qui sont à la recherche du Christ à travers leurs balbutiements, un dialogue est possible. C’est dans cet esprit que le cycle a été conçu. Il s’agit de proposer – mais non d’imposer – l’expérience chrétienne du corps, de l’art, de la culture, et de rejoindre, par ce biais, l’expérience de nos contemporains.

P. N.-D. – L’écueil n’est-il pas de figer la culture dans des formes du passé ?

O. B. – C’est tout l’intérêt d’avoir choisi pour thème Le Christ et la culture, et non Le christianisme et la culture. Les cultures meurent, mais le Christ est encore neuf aujourd’hui. Tout homme qui a rencontré l’annonce du Christ est appelé à prendre position face à lui. Pour nous comme pour les premiers chrétiens, la question est la suivante : comment utilisons- nous toute notre culture pour rechercher la vérité à travers des œuvres dignes de ce nom ? Sachant que pour les chrétiens, cette vérité est une personne : le Christ. Il y a une objectivité de la culture, ce qui veut dire qu’un artiste non-chrétien peut aussi révéler des aspects de ce mystère – bien plus que des œuvres bien-pensantes mais de mauvaise qualité.

P. N.-D. – Cette démarche ne risque-t-elle pas de récupérer des œuvres qui n’ont rien demandé ?

O. B. – Il ne s’agit évidemment pas de récupérer. Il s’agit de dire que tous, chrétiens ou non, nous sommes à la recherche de la vérité. Les chrétiens proposent leurs cheminements, qui sont d’ailleurs multiples. Ensuite, nos contemporains peuvent accepter ou refuser les images du Christ que les chrétiens leur proposent. Mais il serait dommage qu’ils croient rejeter le Christ, quand ils n’en ont reçu qu’une caricature indigne.

P. N.-D. – Comment s’articulent les six conférences du cycle Le Christ et la culture ?

O. B. – La première conférence introduit la question : pourquoi des cultures peuvent-elles être libératrices, et selon quel critère les évaluer ? Les conférences suivantes explorent, chacune, un aspect de la personne du Christ, et se demandent en quoi il transforme les cultures : l’Incarnation, le Verbe, l’Image. D’abord, Michael Edwards, poète et membre de l’Académie française, nous dira en quoi l’événement de l’Incarnation éclaire notre expérience de l’homme, dans la joie comme dans la souff rance. Puis je m’interrogerai sur la parole : en quoi le Verbe fait chair modifie-t-il notre expérience de la parole ? Pour la quatrième conférence, je parlerai de l’image : le Christ est l’image du Dieu invisible, toute l’histoire de la peinture occidentale dépend de cette idée. Aujourd’hui encore, peut-elle être fondatrice pour l’art contemporain ? Ensuite, le P. Denis Dupont-Fauville nous dira comment le cinéma peut exprimer des vérités profondes sur l’homme, donc aussi sur le Christ. La dernière conférence récapitule l’ensemble : au lieu de nos représentations idolâtriques de Dieu, pouvons-nous accéder à une autre pensée de Dieu, à partir de son icône qu’est le Christ ?

P. N.-D. – Les conférences éclairent-elles la question de la manière dont le Christ libère les cultures ?

O. B. – Cette question, centrale dans la première conférence, sera sousjacente dans toutes les autres. Si l’événement du Christ n’est pas culturel, le christianisme ne se confond avec aucune culture. Du coup, il peut les libérer toutes pour leur propre mission. Mais il y a des formes plus ou moins libres de vie commune. Le Christ enseigne que la Vérité nous rendra libres. La vraie question est là : qu’est-ce qui peut nous donner l’espoir d’atteindre la vérité ? • Propos recueillis par Pauline Quillon

Biographie

Olivier Boulnois est normalien, agrégé et docteur en philosophie. Il est directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (Paris, Sorbonne) dans la section des sciences religieuses (philosophie médiévale et métaphysique) et a reçu, en 2008, le Grand prix de philosophie de l’Académie française pour Au-delà de l’image. Il a travaillé notamment sur l’histoire de la métaphysique, les doctrines de l’image et le concept de Dieu.

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