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Sept bougies allumées à Notre-Dame de Paris

Du dimanche 28 avril au 23 mai 1996, sept cierges, symbole d’espoir, ont brillé devant l’autel de la cathédrale.

Sept bougies allumées à Notre-Dame de Paris pour les sept moines enlevés en Algérie
Paris Notre-Dame du 3 mai 1996

« Cette prière des moines est devenue silence et nos frères sont devenus offrande, les mains ouvertes pour accueillir et pour don­ner sont désormais captives », devait dire le P. Jacques Fournier, pour introduire la prière à laquelle ont assisté des représentants des religions chrétiennes, musulmane et juive, dimanche 28 avril [1996] à 18h30 à Notre-Dame de Paris. Deux mille cinq cents personnes environ ont assisté à la cérémonie.

Dom Etienne Baudry, abbé de l’abbaye trappiste de Bellefontaine, s’est souvenu de trois moines venus chacun de leur côté, voici douze ans, lui confier l’appel qu’ils percevaient à partir en Algérie. Ils sont aujourd’hui otages. Entouré des abbés de Citeaux, de Ligugé, et de quinze autres trappistes, il a demandé à chacun de faire preuve de responsabilité avant d’ajouter : « Nous sommes entre l’espoir et l’espérance ».

Le mufti de la mosquée de Paris, Djelloul Seddiki, a récité deux sourates du Coran : sur la miséricorde de Dieu et sur la Lumière, celle du Tout-Puissant pour l’humanité. Jean Kahn, président du Consistoire central israélite de France, le métropolite orthodoxe Jeremie, et le Pasteur Jacques Stewart, président de la fédération protestante de France, ont tour à tour exprimé, en présence des familles des moines, leur soutien aux religieux enlevés le 27 mars dernier à Notre-Dame de l’Atlas de Tibéhirine. Le cardinal Lustiger a rappelé que les moines étaient partis en Algérie non pour « conquérir », mais « par amour », un amour qui doit « toucher le cœur des hommes durcis par le refus et par la haine ». « Nous réclamons pour eux que leur vie soit sauve et que nous les retrouvions », a-t-il ajouté.

Symbole d’espoir pour une prochaine libération, sept cierges disposés devant l’autel ont été allumés au cours des différentes interventions par sept frères trappistes.

J-M. G.

Prions pour les sept moines trappistes enlevés en Algérie
Paris Notre-Dame du 10 mai 1996

Prions pour les sept moines trappistes enlevés en Algérie
Paris Notre-Dame du 17 mai 1996

Prions pour les sept moines trappistes enlevés en Algérie
Paris Notre-Dame du 23 mai 1996

Après l’assassinat des sept moines
Paris Notre-Dame du 30 mai 1996

Cardinal Lustiger : Ils ont semé le germe de la vie

Jeudi 23 mai, à la suite de l’annonce de l’assassinat des sept moines trappistes du monastère Notre-Dame de l’Atlas de Tibhirine (Algérie), le cardinal Lustiger a éteint les sept cierges qui brûlaient, depuis le 28 avril dernier, devant l’autel de Notre-Dame de Paris. Voici ce qu’il déclarait, en quittant la cathédrale :

« Les cierges qui brûlaient représentaient l’espoir de leur vie. Je les ai éteints à regret. J’aurais voulu qu’ils continuent de brûler, car ces frères égorgés sont vivants auprès de Dieu et ne cessent de prier.

Parmi ceux qui m’entendent, je m’adresse aux croyants. Que leur prière brille comme une flamme ; qu’ils intercèdent pour la paix en Algérie, pour le pardon de la violence et pour la réconciliation.

Les sept trappistes sont morts, parce qu’ils ont choisi de rester là-bas. Ils n’ont pas choisi de mourir, mais de demeurer en celte terre pour être avec ce peuple, où ils sont le signe de l’Amour qui vient de Dieu.

Devant ces cierges éteints en souvenir de ces vies arrêtées, tuées, je voudrais, au nom de Dieu, au nom du Tout-Puissant, dire aux musulmans qui sont tentés par la violence et la haine : Dieu ne veut pas la mort. Il ne peut pas vouloir que l’on tue des hommes, des frères qui sont, eux-aussi, des créatures de Dieu. On ne peut pas tuer au nom de Dieu. Au nom de Dieu, il faut respecter la vie, il faut pardonner. Je demande au Miséricordieux de vous faire entendre celte parole, car elle vient de lui.

Ceux qui ont été tués étaient des justes, des hommes de Dieu ; des hommes de prière, des hommes de paix. S’ils ont voulu rester parmi vous, c’est pour combattre la haine et la violence. Alors, ayez pitié de votre peuple ; ayez pitié de vos femmes, de vos enfants, de vos frères. Écoutez cette voix qui n’est pas la mienne, mais qui est celle de Dieu lui-même.

Je prie pour vous avec ces sept moines, car ils ne cessent de prier pour vous. En leur nom, je demande que votre intelligence et votre cœur s’ouvrent ; que vous chassiez la haine et que vous acceptiez cette parole fraternelle puisque nous avons un seul Créateur et croyons en un unique Seigneur qui veut que les hommes s’aiment, se pardonnent, vivent en paix dans la fidélité à ses commandements. »

Puis, s’adressant à tous, le Cardinal poursuit :

« Je vous demande de prier non seulement pour ces sept frères qui sont maintenant dans la main de Dieu, mais aussi pour tous ceux pour qui ils ont prié.

Priez pour tous ceux qui, actuellement en Algérie, sont victimes de la violence : femmes, intellectuels, journalistes, gens de toutes conditions qui, comme eux, s’accrochent non pas à un avantage, un parti, une passion, mais à la dignité et aux droits fondamentaux. Puisse notre fraternité à leur égard témoigner de cette puissance de l’amour et au pardon nécessaire pour que les hommes vivent en paix.

Priez pour les assassins. Priez pour tous ceux qui croient faire la volonté de Dieu en tuant ou en employant la violence. Ces sept moines ont voulu faire face au péché dont le signe est la mort, par amour, comme le Christ, pour que la violence soif vaincue et le péché pardonné. »

Le Cardinal a dégagé le sens de cette cérémonie :

« Dans une situation de chantage au meurtre, nous ne voyons comme ces moines qu’une seule réponse : la force de la paix et la force du pardon. Sinon, le sang appelle le sang et cela ne s’arrête jamais. »

Vendredi matin, invité de Michèle Cotta sur RTL, le Cardinal rappelait les pensées gui l’habitaient lorsqu’il a soufflé les sept cierges :

« J’ai prié pour eux. Je pensais à ce monde terrible, plein de sang et de fureur ; il y a heureusement des hommes comme ceux-ci. Je pensais à tous ceux qui sont assassinés en Algérie, des musulmans, parce qu’ils veulent la liberté.

Je me disais : souffler ces bougies, est-ce le signe de l’échec de l’amour ? J’aurais voulu en allumer d’autres car ils ont été unis à la passion et à la mort de Notre Seigneur et Maître et ils sont vivants avec lui.

S’ils s’étaient enfuis, à l’heure de l’épreuve, que se serait-il passé ?

Michèle Calta : Au sein du monastère, les trappistes avaient construit une mosquée pour les paysans de la région. Ne ressentez-vous pas leur assassinat comme une immense injustice et tout de même un immense échec ?

Cardinal Lustiger : « Un échec ? Je ne le pense pas. Si quelqu’un répond à votre main ouverte par le poing fermé, ou bien vous fermez à votre tour le poing, ou bien vous gardez la main tendue, vulnérable. Il faut bien que l’un des deux prenne le risque de la main ouverte, qu’il accepte le risque de l’amour. « Si vous n’aimez que ceux qui vous aiment », jamais l’amour ne triomphera.

Je crois que ces trappistes qui sont morts là-bas, victimes de la haine, du fanatisme, ont semé le germe de la vie plus puissante que leurs assassins : l’Amour plus fort que la mort, l’Amour qui donne le pardon et la vie ».

Dimanche, pour la messe de la Pentecôte à Notre-Dame de Paris, le cardinal Lustiger a rallumé les sept cierges, en mémoire des moines qui vivent maintenant auprès de Dieu, et pour manifester la venue sur le monde de l’Esprit aux sept dons.

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