L’Église
Catholique
À Paris

Tous concernés par la question des migrants

Parole d’Église parue dans Paris Notre-Dame du 2 juillet 2015, avec Monseigneur de Dinechin, évêque auxiliaire de Paris.

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Mgr Renauld de Dinechin, évêque auxiliaire de Paris.
© Trung Hieu Do

P. N.-D. – Le Conseil permanent de la CEF vient de faire une déclaration intitulée « Migrants : nous sommes tous concernés ». À quoi l’Église appelle-t-elle face aux drames récents ?

Mgr Renauld de Dinechin – Après ces drames répétés et la disparition en mer d’environ 2 000 migrants depuis janvier, nous ne pouvons pas tourner le dos aux besoins de protection que requièrent les réfugiés. Dans leur déclaration, les évêques ont d’abord voulu encourager les chrétiens qui s’impliquent auprès de leurs frères étrangers. Ensuite, exprimer à toute la société française la nécessité d’entendre la douleur des personnes cherchant refuge. Compassion et solidarité sont une nécessité quand nous voyons des pays proches mis à contribution bien plus fortement comme l’Italie et la Grèce, ou lointain comme le Liban qui, avec ses six millions d’habitants, accueille un million de réfugiés. Mais la France a aussi, avec les autres pays européens, une responsabilité à exercer dans la lutte contre les trafiquants, ainsi que dans la coopération avec les pays d’origine des migrants, autant en faveur de la paix que du développement.

P. N.-D. – En juin, les migrants logeant sous le pont du métro proche de St- Bernard de la Chapelle (18e) ont été évacués. Comment réagissez-vous ?

Mgr R. de D. – Comme je l’ai écrit à tous les prêtres et diacres, la paroisse St- Bernard n’a pas attendu le mois dernier pour s’apercevoir que des réfugiés dormaient dehors. Depuis cinq ans, les paroissiens se sont organisés pour leur apporter des repas, pour leur fournir des vêtements et en loger quelques-uns. Les conditions de vie dans ce campement étaient devenues insalubres. Il fallait trouver des solutions. Avec l’évacuation, 160 réfugiés ont vu leur demande administrative s’accélérer : ils ont obtenu le statut de demandeurs d’asile et ont trouvé un logement en CADA [1]. Les autres, un peu plus nombreux, n’ont pas trouvé de solution durable, certains se retrouvant à la rue. Le ministère de l’Intérieur a décidé la création de 10 000 hébergements sur les trois années à venir. Des logements supplémentaires, c’est une bonne nouvelle. Mais les questions sont de taille puisqu’il faut aussi travailler à la création d’emplois.

P. N.-D. – Qu’est-ce que les catholiques peuvent faire vis-à-vis de ces personnes ?

Mgr R. de D. – Du côté hébergement, mentionnons « Hiver solidaire », opération paroissiale durant la période des grands froids. Parlons aussi de JRS (Jesuit Refugee Service), qui organise l’accueil de réfugiés chez des particuliers. Je pense aussi au Secours catholique, à l’ordre de Malte et bien d’autres associations, avec des microréalisations dans les quartiers. Cela va de l’aide alimentaire à l’aide juridique ou administrative. Actuellement, nous voyons se développer des propositions de moments partagés ; ainsi, il y a trois semaines, je faisais le pèlerinage « Chemins de fraternité » au Mont- Saint-Michel, auquel participaient certains Érythréens ayant passé l’hiver dehors sous le métro aérien. Dans une telle expérience, le fort et le faible marchent en s’appuyant l’un sur l’autre. Le fort partage son sens de l’organisation et ses ressources financières ; le faible partage l’incroyable capacité à faire confiance face à l’adversité. • Propos recueillis par Ariane Rollier

[1Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile.

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