« Un policier a besoin de soutien »

Le P. Denis Chautard prendra ses fonctions d’aumônier catholique de la Préfecture de Police de Paris au 1er janvier 2018. Il nous explique sa mission, alors que les suicides au sein des forces de l’ordre ont augmenté en 2017.

Paris Notre-Dame – Comment devient-on aumônier de la police de Paris ?

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Le P. Denis Chautard, de la Mission de France, est aumônier de la Préfecture de Police de Paris et de la communauté Police et Humanisme d’Île-de-France. Il est prêtre du diocèse d’Évreux (Eure).
© Laurence Faure

P. Denis Chautard – Je viens d’être nommé à la Préfecture de Police de Paris (PPP) après avoir pris la charge, il y a un peu plus d’un an, de la section Île-de- France de Police et humanisme, la communauté chrétienne des policiers en France. Je mènerai donc ces deux missions simultanément. Prêtre de la Mission de France depuis quarante ans, j’ai été fonctionnaire de l’Éducation nationale de 1992 jusqu’à ma retraite, en 2014. Je suis donc un familier de « l’immersion » en milieu laïc. Mon futur ministère à la PPP recouvrira la capitale, mais aussi les départements du Val-de-Marne, des Hauts-de-Seine et de la Seine- Saint-Denis, ce qui représente plus de 21 000 policiers. Une affichette est actuellement placardée dans tous les commissariats pour signaler mon arrivée. Mon numéro de portable y est indiqué pour que je puisse être joignable à tout moment. Lors des attentats du Bataclan, mon prédécesseur, le P. Noël Choux, avait été sollicité par le commissariat du 11e arrondissement et y avait reçu des policiers très perturbés par les événements.

P. N.-D. – Quelles sont les préoccupations des policiers qui vous sollicitent ?

D. C. – Leurs familles en premier lieu. Les policiers sont fréquemment absents les week-ends, ce qui pèse sur leurs proches. De même pour les dangers qu’ils encourent et pour le stress qu’ils doivent encaisser face aux risques d’attentats. Leur uniforme est synonyme de « cible ». Une autre question récurrente est celle de la maîtrise de soi. C’est une composante du métier et une exigence morale. Confrontés à des situations de détresse ou de violence, ils doivent faire preuve de discernement et de rapidité de décision, d’autorité, de force et de douceur à la fois. À un niveau plus spirituel, j’ai remarqué qu’ils invoquaient particulièrement Marie pour protéger leurs vies et leurs familles.

P. N.-D. – En 2017, 44 policiers et 16 gendarmes se sont donné la mort. Dans ce contexte, votre rôle revêt un caractère particulier…

D. C. – De fait, ces derniers mois, j’ai été témoin de la souffrance de certains policiers, même si cela serait réducteur de ne voir que cette aspect de leur métier. Ils subissent une baisse d’effectifs générale depuis dix ans, une pression physique et psychologique, avec de moins en moins de repos compensatoires et tout ce que cela implique. Dans ce contexte, ils ont un réel besoin de soutien fraternel. Je suis d’abord là pour être à leur écoute. Les policiers impliqués dans la sécurité publique sont les premiers témoins des situations humaines les plus dures, de ruptures sociales, de conflits, de désespoir. Leur aumônier partage leur vie et fait un chemin de foi avec eux. Quand on célèbre la messe ensemble une fois par mois – à l’église du St-Esprit (12e) pour Police et Humanisme, et à la chapelle du dépôt (1er) pour la préfecture –, ce sont des moments très forts de fraternité. Nous partageons aussi autour de la parole de Dieu, en la lisant à travers la réalité du terrain. Les policiers ont besoin de la protection et du soutien des aumôniers de toutes confessions qui les accompagnent, mais aussi de leur hiérarchie et de la population.

Propos recueillis par Laurence Faure

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