Une thèse sur le dialogue œcuménique

Paris Notre-Dame – En décembre dernier, vous avez soutenu votre thèse de doctorat, intitulée « Il les aima jusqu’à l’extrême ». Alors que la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens vient de s’achever, pouvez-vous nous présenter votre sujet.

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P. Pascal Nègre, responsable de la Maison Saint-Roch (1er) du Séminaire de Paris, enseignant à l’École Cathédrale et à la Faculté Notre-Dame.
© Céline Marcon

P. Pascal Nègre – J’ai entrepris de mettre en dialogue la théologie de l’Église d’un orthodoxe et d’un catholique : le métropolite Jean Zizioulas et le cardinal Walter Kasper. Grandes figures du dialogue oecuménique des dernières décennies, ils ont entre autres co-présidé la Commission internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe. Venus de traditions distinctes et pratiquant la théologie de manière différente, ils lisent pourtant les mêmes Pères de l’Église et ont de nombreux points d’insistance communs, notamment sur la place centrale de l’eucharistie, source, sommet et manifestation de la vie de l’Église. La mise en dialogue de leurs théologies souligne des convergences signifi catives, désigne des divergences à creuser et des manques à combler. Elle ouvre aussi des horizons.

P. N.-D. – En quoi ouvre-t-elle des horizons ?

P. P. N. – La mise en perspective de ces deux théologiens m’a invité à prolonger leur recherche. En poussant les portes que ce dialogue entrouvre, il m’est apparu en particulier que la miséricorde offrait une clé théologique pour relire l’ensemble des sujets rencontrés, apaiser des questions disputées et faire tomber des murs. Si l’on aborde, par exemple, le ministère du pape – qui est l’un des points les plus délicats – par cette porte théologique de la miséricorde, cela change tout. Le ministère de Pierre est un service issu de la miséricorde, défi ni par la miséricorde et destiné à la miséricorde. Lorsqu’on la creuse un peu, cette approche libère de bien des craintes sur la primauté universelle, même au sujet des questions de juridiction. L’autorité est un service qui se vit à genou.

L’Église comprise comme « sacrement de la miséricorde » éclaire aussi le sens du dialogue œcuménique. L’unité des chrétiens n’est pas un avenir possible auquel il faudrait travailler. Elle est un don de Dieu, déjà donné à la Croix. Le baptême unit tous les chrétiens dans un corps unique : celui du Christ. La conscience de ce don spirituel rend la douleur de la désunion plus vive : c’est un péché grave qui blesse l’Église et contredit en elle le don de Dieu. Le premier pas du dialogue œcuménique est donc de se reconnaître pécheurs les uns devant les autres et devant Dieu, d’entrer dans une démarche de miséricorde et de guérison. Nous devons vivre un pèlerinage de réconciliation pour retrouver des frères, s’il le faut dans les larmes. Avant d’appeler à l’unité (« Que tous soient un » Jn 17, 21), et alors que les disciples se disputent pour savoir qui parmi eux est le plus grand, le Christ donne une clé lors du lavement des pieds : il s’agenouille en aimant jusqu’à l’extrême. Puis il invite les siens à faire de même. Poursuivre le dialogue œcuménique nécessite un long travail théologique, un approfondissement de nos identités et de nos différences – sans pessimisme ni idéalisme béat –, un accueil de l’altérité sans laquelle aucune communion n’est possible. Mais cela représente surtout une démarche spirituelle, une conversion profonde du cœur au feu de la miséricorde. Il nous faut nous agenouiller les uns devant les autres (Jn 13, 17). • Propos recueillis par Céline Marcon

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