À Saint-Luc, des relations fraternelles impulsées par les migrants

Depuis novembre 2020, chaque soir, la paroisse St-Luc ouvre ses portes à une dizaine de migrants. Au cœur de l’hiver, cette initiative solidaire permet aux jeunes paroissiens de nouer des liens d’amitié.

© Alice Papin

20h15. Le couvre-feu plonge Paris dans le silence. À deux pas de la porte d’Aubervilliers, le P. Jacques-Henri Justeau, veillant sur la paroisse St-Luc (19e), finit de dîner. « Ils seront quatorze ce soir », lit-il sur le groupe WhatsApp dédié à l’accueil de migrants. Depuis le début du reconfinement en novembre 2020, la paroisse héberge des migrants, en coordination avec l’association Utopia 56. Chaque soir, c’est la surprise. Dans la soirée, quelques familles et femmes isolées arrivent ensemble sans que la paroisse ne sache à l’avance leur nombre. À leur côté, une équipe de jeunes bénévoles s’active pour leur offrir un hébergement digne. Ce vendredi 18 décembre, c’est au tour de Maruschka, 24 ans, et M’Rick, 28 ans, de préparer les lits dans la salle paroissiale prévue à cet effet. « Le drap n’est pas assez grand », s’exclame, désolée, Maruschka. Le temps presse. Lors de l’arrivée de migrants, les deux paroissiens ont pour mission de les accueillir avec des mots chaleureux, puis de répartir les couchages. Le lendemain, aux alentours de 8 heures, deux autres bénévoles seront sur le pont afin de proposer un petit-déjeuner aux personnes accueillies, du thé, du café, du pain, de la confiture et même, les bons jours, des viennoiseries, avant de passer un coup de serpillière.

Ce soir-là, des visages ne sont pas inconnus. Déjà sept nuits que Nafasejool et ses trois enfants, venus d’Afghanistan, viennent trouver refuge dans l’église. « C’est bien ici. Les gens sont bons », déclare cette mère de famille de confession chrétienne, dans un français hésitant. Alors que les familles s’installent, dans le bureau du prêtre, une réunion Zoom entre les bénévoles démarre. « Bon, on va parler de ce qui ne va pas », lance Audrey, responsable des projets caritatifs. Une réunion qui s’avère nécessaire. Le groupe des projets caritatifs n’a, en effet, que quelques mois. Durant l’été 2020, Audrey, jeune baptisée, est venue trouver le curé pour lui faire part de son envie d’agir. Ravi, le P. Justeau la nomme « responsable des projets caritatifs ». Rapidement, une collecte de denrées alimentaires et de produits d’hygiène est organisée et remporte un petit succès. Depuis, un vent de solidarité souffle sur la paroisse St-Luc, rassemblant 230 fidèles à la messe le dimanche, originaires pour beaucoup du Cameroun et de Côte d’Ivoire. Cet hiver, alors que les températures baissent, la Délégation pour la solidarité du diocèse propose à la paroisse d’héberger des migrants. Voilà un nouveau défi pour le jeune groupe des projets caritatifs. Aujourd’hui, trente-trois bénévoles, en majorité âgés de moins de 30 ans, participent à cette initiative sociale. Off rir un lit peut paraître simple mais nécessite une solide organisation en interne. À l’ordre du jour de la réunion Zoom : le ménage, les achats du petit-déjeuner, les lessives, etc. Au-delà de ces questions pratiques, agir ensemble permet aussi de se rencontrer et de s’apprécier. Ce soir-là, Maruschka et M’Rick, les deux bénévoles chargés de faire les lits, qui s’étaient aperçus sur les bancs de l’église, ont pris le temps de se découvrir. Des liens qui enchantent le P. Jacques-Henri Justeau. Selon lui, en plus d’offrir un toit aux migrants, cette action permet « aux jeunes paroissiens de vivre une autre dimension de leur foi, la fraternité chrétienne ». Pour l’heure, la paroisse ne sait pas quand l’hébergement prendra fin.

Alice Papin

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