Au cœur de la crise sanitaire, l’urgence solidaire

Dans Paris confinée depuis le 17 mars, le soutien aux plus précaires, et notamment aux sans-abri, s’est manifesté, dans l’urgence d’abord, puis s’est coordonnée. Parmi divers acteurs, les paroisses et les chrétiens s’investissent, éclairant autrement une Semaine sainte inédite, vécue à huis-clos.

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Distribution de l’aide alimentaire à Sainte Rosalie. 30 mars 2020.
© SSVP

Image glaçante. Rendus souvent invisibles par la foule pressée des rues et des métros, les sans-abri sont, à la lumière d’une capitale confinée, désormais exposés. Dès le 17 mars, l’aide matérielle aux personnes de la rue et aux plus précaires, quasiment mise à l’arrêt, s’est réorganisée dans l’urgence, et développée. À Paris, plus 1500 volontaires de 18 à 60 ans ont répondu à l’appel du diocèse, engagés principalement sur l’opération de distribution alimentaire organisée quotidiennement devant vingt-cinq églises, à midi, en association avec la Ville de Paris et la préfecture de région. « En cette Semaine sainte, je le vois comme une autre façon de vivre le Lavement des pieds, remarque Hugues de Vautibault, bénévole à St-Jean-Baptiste de la Salle (15e). Il ne s’agit pas de jouer les héros (le respect des consignes et des règles d’hygiène est strict), mais de renouveler sa présence auprès des plus pauvres, selon un contexte donné, que ce soit dans la rue ou avec son voisin de palier, avec des bénévoles de tous horizons, croyants ou non. »

« Malgré les 1600 repas (préparés par l’association Aurore) distribués chaque jour dans nos paroisses, note François Déprez, responsable du vicariat pour la Solidarité, la demande augmente. Car nous sommes désormais identifiés. On observe aussi une autre forme de détresse : des foyers précaires désormais privés de certaines ressources. » Épiceries solidaires et dépôt de colis sont ainsi mis en place avec les Conférences Saint-Vincent de Paul et les antennes du Secours catholique. « En ce début d’avril, analyse le diacre, nous sommes à la fois en phase d’extension, et d’évaluation des nouveaux besoins. » Parmi ces derniers, en lien avec l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris : aider le personnel soignant à trouver un hébergement au plus près des hôpitaux. En outre, certains vestiaires et bagageries paroissiales ouvrent à nouveau, selon les règles en vigueur, avec de nouvelles équipes. « Effet positif dans cette crise, remarque François Déprez, on crée, on réinvente nos manières de faire ».

Comme à la Bagagerie d’Antigel (15e). « On ne pouvait pas fermer nos quarante-huit casiers, s’exclame son président, Pierre de Laroche. Il fallait que les accueillis continuent à avoir accès, de jour, à leurs affaires ou à pouvoir les déposer. » La structure est donc restée ouverte, faisant entrer « une personne à la fois », et offrant un café à l’extérieur, sans rassemblement. « Pour eux, c’est un point de repère humain, reprend le responsable. Quand les médiathèques, les cafés et restaurants ferment (certaines structures ré-ouvrent progressivement, NDLR), ils n’ont plus de lieu de sociabilité ni d’abri, ou même de mendicité. »

« L’objectif de nos maraudes actuelles, adaptées au contexte, est de maintenir le lien social et d’informer les sans-abri avec un flyer répertoriant notamment les toilettes et douches ouvertes », explique Nicolas Baudrier, éducateur de rue à Aux captifs, la libération, dans l’antenne du 12e. Cette dernière maintient aussi un accueil ponctuel pour permettre aux accueillis de retirer leur courrier, dans le respect des règles sanitaires. « Selon moi, observe Nicolas Baudrier, il en va de leur dignité. La réouverture de toilettes publiques, fermées dans un premier temps, en fait partie. »

À plus de quinze jours de confinement, malgré la mise en place de structures d’hébergement, « il y a encore de nombreuses personnes dans la rue, note Thibault Leblond, chargé de projet aux Captifs. Mais ces dernières se sont déplacées, de quartiers devenus inactifs, à ceux de la Gare du Nord (10e), ou des Halles (1er). Des lieux repères, où sont présentes les associations. On ressent sur le terrain une grosse angoisse. Le fait de ne pas voir d’issue est encore plus difficile à intégrer pour les personnes de la rue. » Et au coeur de cette Semaine sainte ? « En tant que chrétiens, pense-t-il, nous avons l’occasion de montrer aux plus pauvres ­ sans-abri, mais aussi personnes prostituées que nous accompagnons, que l’Église ne les oublie pas, que Dieu est présent. Privés de rassemblements, nous restons en communion, par notre présence, adaptée au contexte sanitaire, et, plus intensément, par la prière. »

Par Laurence Faure.

« Rassurer les sans-abris »

St-Denys de la Chapelle (18e) est l’une des vingt-cinq paroisses du diocèse qui participe, en partenariat avec la Ville de Paris et la préfecture de région, à la distribution alimentaire quotidienne pour les personnes de la rue. Le P. Hervé Loua, curé, en explique les enjeux.

Paris Notre-Dame - Comment se passe cette distribution alimentaire, devant votre église, chaque jour, à midi ?

P. Hervé Loua - Dès le début du confinement strict, nous nous sommes inquiétés pour nos amis sans-abri habitués de notre petit-déjeuner solidaire. Ne pouvant être accueillis, ils étaient livrés à eux-mêmes. Donc nous rendons grâce à Dieu pour cette initiative. Devant l’église, place de Torcy (18e), nous distribuons à midi, en moyenne, soixante repas froids. Dès la première semaine, le nombre de paniers est passé de cinquante à quatre-vingt, dévoilant les nombreux besoins. Les personnes de la rue et précaires qui viennent à nous sont très angoissées et révèlent leur fort besoin de lien social. Dans le respect strict des règles d’hygiène, nous les écoutons. Pour elles, notre geste est important, elles en sont très reconnaissantes. Cela les rassure, alors que de nombreuses structures d’accueil, leurs repères habituels, ont dû fermer ou se réorganiser.

P. N.-D. - Quel regard portez-vous sur la solidarité vécue au cœur de cette crise ?

H. L. - Je crois qu’en cette période très particulière de confinement et de crise mondiale, nous allons prendre conscience davantage des besoins et de l’existence même des personnes pauvres, qui viennent à nous. Nous renouvelons ainsi notre mission chrétienne auprès des plus fragiles. Signe intéressant de cette ère : de nouvelles initiatives chrétiennes ou citoyennes naissent pour nos frères et sœurs de la rue. En cette Semaine sainte, nous recevons un message, celui de la vulnérabilité. Actuellement, nous nous sentons tous vulnérables, riches ou pauvres. Le Christ, qui a aussi vécu cet état, a choisi de ne pas fuir. Il a accepté sa Passion jusqu’au bout, en prenant la croix. C’est ainsi que le Seigneur nous a sauvés : dépouillé, pauvre. Aujourd’hui, nous sommes vulnérables et dépouillés, jusque dans nos églises, vides. Au cœur de ces événements, une paix se fait jour néanmoins, offerte par le Christ ; le seul à pouvoir, dans ses bras grands ouverts, nous faire passer de notre fragilité, à la vie en Lui.

Hiver solidaire continue

Alors que l’opération Hiver solidaire prend habituellement fin lors de la trêve hivernale, plusieurs paroisses l’ont prolongée dans le cadre de la crise sanitaire. Ainsi, plus de soixante-dix personnes vulnérables (n’ayant pas pu, comme d’autres, trouver de solution d’hébergement au printemps) continuent d’être prises en charge par plus de vingt paroisses de Paris. Ces dernières s’organisent de manière créative et variée, dans le respect strict des règles de confinement en vigueur. Des initiatives généreuses, depuis ces fidèles et bénévoles invitant des accueillis dans leurs maisons, entamant ainsi une colocation solidaire confinée ...aux paroisses accompagnant les accueillis, en autonomie dans leurs locaux.

Plus d’informations : covid19.vivrelacharite.fr

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