Entretiens sur l’éducation de Mgr Michel Aupetit

Quel est le sens profond de l’éducation ? Dans une nouvelle série de catéchèses, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, propose de réfléchir à ce qui est propre à l’homme dans ce travail de transmission, à ce qui le conduit à une plus grande humanisation et au caractère spécifique de l’école catholique.

Éduquer à la liberté

Enseignement sur l’Éducation n° 1
Publié dans Paris Notre-Dame le 5 novembre 2020

L’épouvantable assassinat d’un professeur nous oblige à repenser à nouveaux frais le sens profond de ce travail de transmission des savoirs où l’éducation à la liberté est essentielle pour la maturation d’un jeune et sa croissance en humanité afin qu’il échappe à la barbarie qui s’insinue si facilement dans le cœur de l’homme. L’Église a toujours affirmé que les parents sont les premiers éducateurs. L’école existe d’abord pour les aider dans leur tâche et leur permettre de s’appuyer sur la compétence spécifique des professeurs qui les accompagnent dans cette responsabilité éducative.

Puisqu’il s’agit de raisonner à partir des notions d’éducation et de liberté qui sont particulières à l’humanité, je vais examiner avec vous à ce qui est propre à l’homme, ce qui le conduit à une plus grande humanisation et, enfin, en quoi le caractère spécifique d’une école catholique basée sur les valeurs de l’évangile, peut contribuer à épanouir cette humanité.

C’est en 1932 que le gouvernement d’Édouard Herriot rebaptise le ministère de l’Instruction publique en ministère de l’Éducation nationale. Ce changement de dénomination traduit une volonté politique. Il ne s’agit plus seulement de transmettre un savoir à partir d’un enseignement, mais de construire la personnalité des élèves pour façonner un être humain qui n’est pas seulement un puits de science, mais une personne capable de vivre dans la société et la culture dans laquelle il est né.

Il faudra pour cela établir une base commune de transmission des savoirs et des comportements moraux afin de façonner une société homogène. C’est bien ainsi que se présente l’école de la République. D’ailleurs, le premier titulaire du ministère de l’Éducation nationale, Anatole de Monzie, affirmait : « Qui dit éducation nationale dit tronc commun ».

Enseignement sur l’Éducation n° 2
Publié dans Paris Notre-Dame le 12 novembre 2020

Je ne veux pas revenir sur la longue histoire de l’articulation entre les différentes écoles créées par l’Église catholique ou les différentes congrégations dont les buts ou les publics visés étaient différents (plutôt élitistes pour les jésuites, familles pauvres pour les Frères des Écoles Chrétiennes), mais il est intéressant de noter que dès 1828, où l’instruction publique devient un ministère à part entière, le ministre, qui garde le titre de grand-maître de l’Université, est aussi responsable de l’administration des cultes.

A partir de cette réflexion, il semble bien que l’on ait voulu marquer la différence entre l’instruction, dont la charge est l’enseignement, et l’éducation qui revêt un champ plus large. Si l’on s’en tient à l’étymologie latine, éduquer c’est l’action de « guider hors de ». Il s’agit donc de « conduire hors de l’enfance », cet état qui caractérise le non-parlant (infans). Cela signifie : développer, faire produire. Enseigner, c’est transmettre des connaissances à l’aide de signes. Insignis, en effet, signifie « ce qui est remarquable, marqué d’un signe ». Par exemple, l’écriture, les mathématiques. Il faut alors transmettre à la génération future un corpus de connaissances, de valeurs appartenant à une culture commune. En ce sens, enseigner, c’est toujours éduquer. En revanche, éduquer n’est pas seulement enseigner.

On a souvent tendance à montrer le partage tranché des tâches : les parents éduquent et les enseignants instruisent. Regardons de plus près cette apparente dichotomie. Classiquement, on décrit trois aspects de la transmission des savoirs : le savoir, le savoir-faire, le savoir-être. Le savoir : il s’appuie sur la mémoire et l’élaboration des connaissances intellectuelles. Les moyens pédagogiques seront l’observation, la lecture, l’écriture, les mathématiques, etc. Le savoir-faire concerne les compétences pratiques comme la musique, le sport, la pratique d’une activité ou d’un apprentissage nécessitant l’acquisition de compétences. Le savoir-être viendrait de la capacité à produire des comportements adaptés à la société humaine, un ensemble de valeurs considérées comme la référence ultime de l’humanité. Elle peut concerner des domaines très variés comme l’hygiène, l’empathie, le contrôle de soi, le respect, l’entraide, la gestion des conflits, la recherche de raisons de vivre, le sens de l’existence.

Enseignement sur l’Éducation n° 3
Publié dans Paris Notre-Dame le 19 novembre 2020

Les travaux les plus récents de la neurologie viennent à la fois conforter et nuancer la classification entre savoir, savoir-faire, savoir-être.

En ce qui concerne le savoir, la mémoire n’est pas seulement le stockage d’information que le temps réduirait peu à peu. On a découvert assez récemment la plasticité synaptique. Lorsqu’une stimulation est appliquée de manière répétée en un point du système nerveux, elle modifie de façon durable l’état des connexions synaptiques du réseau en laissant une trace. Cette trace pourra être réveillée par une nouvelle stimulation, même plus faible. Elle persistera plus ou moins longtemps en fonction des stimulations ultérieures et cette voie synaptique finira éventuellement par disparaître si elle n’est plus stimulée. Ces trois propriétés : fixation sous la forme d’une trace, rappel par une nouvelle stimulation, oubli, sont celles de tous les systèmes de mémoire biologique.

La transmission du savoir qui s’appuie sur la mémorisation est donc indispensable pour laisser une trace initiale qu’il faudra restimuler. Cela doit encourager les professeurs lorsqu’ils ont le sentiment de devoir répéter souvent la même chose avec la tentation de se décourager, alors que le travail qu’ils font est dans l’ordre de la nécessaire construction synaptique qui fera des élèves des puits de science.

Une intuition biblique ?

On sait l’importance de la mémoire dans la tradition juive. « Faire mémoire » n’est pas seulement mettre en œuvre le système limbique pour se souvenir d’un fait ancien. Le « mémorial » consiste à rendre présent ce qui est évoqué. Ce n’est jamais un retour sur le passé sur lequel on se penche avec nostalgie mais une actualisation d’un événement qui transcende le temps et anticipe l’avenir. C’est d’ailleurs ainsi que les disciples de Jésus, qui sont juifs, ont compris pourquoi le Christ leur avait demandé de « faire ceci en mémoire de lui » : chaque fois qu’ils célébreront le sacrifice en mémorial, c’est le Christ qui célébrera et qui sera lui-même présent.

Il est intéressant de voir que cette intuition révélée correspond aux mécanismes physiologiques que l’on découvre aujourd’hui lors d’une actualisation de la mémoire qui n’est pas une recherche d’un vieux souvenir stocké dans le cerveau, mais le fait de rendre présent et permanent ce qui a été

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