L’Église
Catholique
À Paris

Fidèles jusqu’à la mort

Ouverte en 1988, la cause de béatification de cinquante catholiques français, morts en Allemagne durant la Seconde guerre mondiale, vient de franchir une nouvelle étape avec la fin de l’enquête diocésaine. La cause est désormais entre les mains de la Congrégation pour les causes des saints, à Rome. Qui étaient-ils ces « martyrs de l’apostolat » et quel message ont-ils à apporter au monde ?

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René Giraudet disant la messe dans les bois de Berlin.
© D. R.

Jean Bernier était cultivateur ; René Boitier, commis-boucher ; Jean Tinturier, séminariste ; Pierre de Porcaro, prêtre. Ils figurent parmi les cinquante martyrs [1], victimes de la persécution nazie, dont la cause de béatification est portée aujourd’hui par le diocèse de Paris, au nom de l’Église de France. Certains étaient membres de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), d’autre scouts, séminaristes, religieux ou prêtres. Le plus jeune avait 19 ans, le plus âgé 49. Ils avaient en commun d’être catholiques, croyants et pour certains, engagés au sein de mouvements de jeunesse. Venus de toute la France, ils se sont retrouvés réquisitionnés dès l’automne 1942 afin de travailler en Allemagne, au titre du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.).

Plus de 650 000 hommes et femmes furent, comme eux, mobilisés. « Sur place, en usine, les Français étaient soumis à un travail intense et vivaient dans des conditions difficiles », détaille Mgr Maurice de Germiny, évêque émérite de Blois et délégué de l’archevêque de Paris pour cette cause de béatification. « Mais le plus dur, pour les catholiques, était sans doute le désert spirituel dans lequel ils vivaient. Certes, les prêtres allemands n’étaient pas indifférents à leur présence mais la Gestapo les surveillait de près et leur interdisait tout ministère auprès des travailleurs français. »

Le cardinal Emmanuel Suhard, le premier, a l’idée de créer pour eux une aumônerie clandestine. Aidé par l’abbé Jean Rodhain, l’archevêque de Paris exhorte les évêques français à envoyer des prêtres volontaires en Allemagne pour apporter une assistance spirituelle à ces travailleurs. La Mission saint Paul est née. « Baptisée ainsi en référence aux années de prison de l’apôtre Paul, durant lesquelles il n’eut de cesse d’évangéliser son entourage », explique Mgr de Germiny. Vingt-six prêtres furent ainsi envoyés en différents lieux d’Allemagne pour prêcher clandestinement l’Évangile. L’abbé Pierre de Porcaro fut l’un d’entre eux. Prêtre du diocèse de Versailles, il part travailler dans la région de Dresde. « Si nous avons peu de sources directes concernant les jeunes scouts et jocistes, l’abbé de Porcaro, lui, a laissé pas mal de notes », détaille Brigitte Waché, historienne et universitaire, en charge de la commission chargée d’examiner les documents nécessaires à la cause. « De ces écrits et de ceux que nous avons pu examiner, il ressort que ces hommes ont été portés par leur foi et ont offert leur vie en toute conscience. Pierre de Porcaro, par exemple, savait qu’en retournant en Allemagne – victime d’un accident du travail, il aurait pu rester en France –, il risquait sa vie. Comme Marcel Touquet, marié et père de famille, qui choisit de revenir auprès de ses camarades après la naissance et le baptême de son fils. » Car l’apostolat de la Mission saint Paul n’a pas échappé aux autorités allemandes.

Le 3 décembre 1943, la directive Kaltenbrunner, du nom du chef du service de sécurité SS, vise explicitement les prêtres, les séminaristes et les membres de l’Action catholique dans leur résistance spirituelle, en leur interdisant formellement toute activité religieuse. Les persécutions s’intensifient, beaucoup de Français sont arrêtés, torturés et envoyés en camps de concentration. Pierre de Porcaro décédera en mars 1945 à Dachau, Marcel Touquet à Ravensbrück en février 1945, Jean Bernier à Buchenwald en juin 1945. « Ces jeunes sont morts par fidélité à la parole donnée, souligne Mgr de Germiny. Engagés au sein de la JOC ou des Scouts de France, ils ont voulu rejoindre leurs camarades réquisitionnés. » « Sur place, ils ont constitué de véritables cellules d’églises, en se regroupant autour des prêtres, des séminaristes et des religieux, afin de continuer leur apostolat », poursuit Brigitte Waché. Portés par leur foi donc, mais pour autant martyrs ? « Il faut bien comprendre que pour que le martyre soit reconnu, il faut deux conditions nécessaires : démontrer la haine de la foi de la part du persécuteur, et la persévérance dans la foi et l’acceptation du martyre de la part du persécuté, souligne l’historienne. Or, l’ordonnance Kaltenbrunner visait explicitement l’apostolat catholique au sein du S.T.O. »

« Ils sont morts en haine de leur foi, insiste Mgr de Germiny. Les prêtres qui ont accompagné ces jeunes ont été marqués par leur fidélité à leur engagement et par l’amour qu’ils portaient au Seigneur et à leurs camarades. Leur mort entre en résonance avec les paroles de saint Jean-Paul II qui avait appelé [2] “à ne pas perdre le témoignage de nos pères dans la foi, en rendant celui-ci vivant et actuel”. C’est ce que nous tentons de faire en portant la cause de ces martyrs à Rome. »

Priscilia de Selve

[1Ils furent 51 martyrs, en comptant Marcel Callo, béatifié dès le 4 octobre 1987 lors des JMJ de Toronto (Canada).

[2Jean-Paul II, Lettre apostolique Tertio millenio adveniente, sur la préparation du jubilé de l’an 2000, 10 novembre 1994.

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