« L’art révèle quelque chose de la condition de l’homme »

Le P. Philippe Desgens, ancien curé de St-Roch (1er) et ancien aumônier des artistes du spectacle, vient d’être nommé délégué de l’archevêque en charge de la culture. Une fonction qui, jusque-là, n’existait pas au sein du diocèse de Paris.

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Le P. Philippe Desgens est délégué de l’archevêque, chargé de la culture, conseiller ecclésiastique pour Art, culture et foi/Paris.
© D. R.

Paris Notre-Dame – En quoi consiste cette nouvelle fonction de délégué en charge de la culture ? Pourquoi était-elle nécessaire ?

P. Philippe Desgens – Dans le diocèse de Paris, il existe une mosaïque d’initiatives, petites et grandes, dans le domaine de la culture, mais chacun travaille dans son coin. Je l’avais constaté comme aumônier des artistes. Ici, les acteurs de la culture ne se connaissent pas, ne communiquent pas. Le cardinal Jean-Marie Lustiger avait souhaité la création du Collège des Bernardins comme un pont entre l’Église et la culture contemporaine, et pour ma part, j’ai toujours trouvé dommage qu’il n’existe pas de pastorale de la culture car je suis persuadé – et je ne suis pas seul à le penser ! – que la culture est un vecteur d’évangélisation.

P. N.-D. – Comment comptez-vous fédérer les différents acteurs de la culture au sein du diocèse ?

P. D. – En servant de passerelle entre eux : Collège des Bernardins, Espace Bernanos, Association Art, culture et foi/Paris, etc. Dans un premier temps, je compte les rencontrer ; puis dans un second temps, je souhaiterais pouvoir les réunir. Il ne s’agit pas, bien sûr, de tout unifier et que tous marchent derrière une même bannière. Non. Il s’agit plutôt de rendre la pastorale de la culture lisible et identifiée.

P. N.-D. – Vous présentez la culture comme un vecteur d’évangélisation. Sujet sensible au sein de l’Église !

P. D. – Il est vrai que la notion d’art chrétien ou d’art sacré divise. Pour caricaturer, il existe aujourd’hui deux écoles : les tenants de ceux qui pensent que tant qu’une œuvre ne représente pas le Christ ou la Vierge Marie, elle n’a rien de chrétien. Et d’autres qui pensent que tout ce qui est beau est de l’ordre du divin et dit donc quelque chose de Dieu. Pour ma part, je ne pense pas que prier le Christ avant de peindre une toile en fera un chef-d’œuvre. À contrario, je ne crois pas que Rembrandt ait particulièrement invoqué l’Esprit Saint en peignant Les Pèlerins d’Emmaüs. Et pourtant, ce tableau me bouleverse spirituellement. Le P. Marie-Alain Couturier, dominicain et cofondateur de la revue l’Art Sacré, avait l’habitude de dire : « Il vaut mieux s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent. » Un artiste génial, même sans être un homme de foi, peut susciter chez vous une émotion de l’ordre du spirituel. Il ne faut pas instrumentaliser l’art mais se poser la question : comment, en suscitant de l’intérêt pour l’art, puis-je susciter de l’intérêt pour l’homme ? Car l’art révèle quelque chose de la condition de l’homme. Et la conception que l’homme se fait de lui-même est un des enjeux de notre temps. D’où tous les débats sur l’éthique qui agitent notre société. Je pense que quand on ne sait plus qui est l’homme, on ne sait plus qui est Dieu. Ce qui est vrai dans le domaine éthique est vrai dans le domaine de la culture.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

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